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2019 sera l’année des startups africaines

Philothée
Philothée
21 janvier 2019

Depuis une poignée d’années, les startups du continent africain connaissent un boom qui n’est pas près de ralentir. Quelques clés pour comprendre le paysage startup en Afrique en 2019.

Des levées de fonds multipliées par 14 en cinq ans

2017 avait été un grand cru pour les jeunes pousses africaines : selon une enquête réalisée par le fonds de capital-risque Partech Africa publié en février 2018, elles avaient levé 560 millions de dollars, “soit une progression historique de 53 % en un an”, alors que 2016 était elle-même déjà une année record, comme le soulignait alors Le Monde. “Tous les signaux sont au vert. La croissance des levées de fonds africaines est exponentielle. Si l’on observe la tendance des cinq dernières années, le volume total des levées de fonds réalisées par les start-up africaines a été multiplié par 14 entre 2012 et 2017”, analysait Cyril Collon, l’un des co-rédacteurs du rapport.

Les pays qui mènent la course en tête sont, logiquement, les plus grands marchés : en 2017, Le Cap (Afrique du Sud) et Nairobi (Kenya) ont détrôné Lagos (Nigéria) en attirant respectivement 30% et 20% des investissements. Mais comme le note Partech, l’Égypte tire aussi plutôt bien son épingle du jeu, tout comme les pays francophones (Rwanda, Sénégal, Maroc, Cameroun et Tunisie), qui ont attiré 55 millions de dollars d’investissement, contre 37 millions en 2016 et seulement 6 millions en 2015. Les chiffres 2018 de l’enquête Partech Africa ne sont pas encore connus, mais tout porte à croire que la tendance va se confirmer, notamment à cause de contraintes inhérentes à l’innovation en Afrique. “L’absence de fonds a contraint les startuppeurs à trouver un chemin plus rapide vers la profitabilité, c’est aussi ce qui leur permet de croître très rapidement”, estime ainsi Cyril Collon.

La fintech en tête

L’un des plus forts moteurs de cette folle croissance, c’est la fintech. D’après un rapport de Disrupt Africa, elle a attiré plus de 30% des sommes investies en 2017. Les pionniers du secteur, comme M-Pesa, lancé en 2007 au Kenya et en Tanzanie, se sont vus rejoindre par plus de 300 startups fintech, du Zimbabwe au Ghana en passant par le Nigéria, auxquelles s’ajoutent les services bancaires développés par tous les opérateurs mobiles. Les raisons du succès sont simples : en 2018, 80% des Africains possédaient un téléphone portable et seulement un quart avait un compte en banque. “En Afrique, les fintech se sont développées principalement du fait que le taux de bancarisation est extrêmement faible alors que le mobile est utilisé par tout le monde. Si l’inclusion financière s’était faite normalement, à travers les banques et les établissements financiers, ces solutions n’auraient pas vu le jour”, expliquait Omar Cissé, PDG d’Intouch, lors d’une conférence sur la fintech africaine organisée en mai 2018 par Inspir’Talks au Medef.

Résultat : selon la GSM Association, la moitié des comptes monétaires mobiles dans le monde sont détenus par des Africains. Et le secteur se développe au-delà du transfert d’argent pour inclure des services comme le microcrédit, l’épargne, les emprunts ou le financement participatif. Selon le Massachusetts Institute of Technology (MIT), l’accès à ces services a permis à 2% de la population kényane de sortir de la pauvreté et encouragé la création d’entreprises unipersonnelles, surtout chez les femmes. Début 2018, le secteur de la fintech africaine pesait 200 millions de dollars ; d’après le groupe bancaire panafricain Ecobank, il devrait représenter pas moins de 3 milliards de dollars en 2020. Selon l’organisation Financial Sector Deepening Africa, la fintech contribuera au PIB de l’Afrique à hauteur de 150 milliards de dollars d’ici 2022.

Un écosystème vivace

Ce succès de la fintech ne doit pour autant pas occulter la diversité des champs d’action des startups du continent africain. Comme le montre le palmarès 2018 du prix Startup of the Year Africa, les jeunes pousses les plus prometteuses opèrent dans le tourisme, l’agritech, l’énergie, la télémédecine ou encore l’éducation, du Maroc à la Côte d’Ivoire en passant par le Cameroun et l’Afrique du Sud.

La croissance ultra-rapide des startups africaines a, logiquement, commencé à structurer tout un écosystème. Aujourd’hui, la plupart des capitaux affluent d’Europe et des États-Unis : les fonds d’investissement et accélérateurs Y Combinator, 500 Startups et Techstars sont ainsi très présents, et des institutions comme bpifrance, l’Union européenne et la Banque mondiale investissent par le biais du fonds lancé par Partech Ventures début 2018. “On observe l’émergence de quelques VC locaux, ce qui est une nécessité pour bien comprendre le contexte local”, observe toutefois dans Les Échos Tidjane Deme, General Partner chez Partech Ventures. Disrupt Africa note que les incubateurs et accélérateurs africains ont tendance à se spécialiser dans des niches, plutôt que de mimer l’approche généraliste des géants américains. L’avantage de réunir des entrepreneurs qui opèrent dans le même domaine et font face aux mêmes problématiques, c’est qu’ils peuvent s’aider mutuellement à accélérer plus vite. “Dans toute l’Afrique, les accélérateurs choisissent leurs combats quant aux entreprises qu’ils peuvent soutenir avec des ressources très limitées”, analyse Ahmed Umar, Chief Operations Officer chez Wennovation Hub (Nigéria).

La bonne nouvelle, c’est que ces jeunes pousses à croissance accélérée ont un potentiel énorme à l’export. Comme le dit Tidjane Deme, “certains problèmes attaqués par les start-up du continent sont communs à l’ensemble des pays émergents. Et leur niveau de sophistication devrait leur permettre de s’étendre à ces territoires.” M-Pesa, le roi de la fintech, en est le meilleur exemple : il est aujourd’hui présent dans plusieurs pays d’Asie et en Europe.

Une publicité pour M-Pesa en Roumanie

Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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