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Adieu l’email ?

LD
Lilas
12 mars 2018

En 2020, l’email ne sera plus que rarement utilisé. Quelles conséquences cette disparition annoncée aura-t-elle sur nos vies professionnelles et privées ?

En dix ans, les apps de messagerie éphémères se sont imposées dans nos vies, au bureau comme en famille. Déjà en 2015, les Chinois et les Indiens déclaraient ne plus utiliser l’email pour communiquer. Lentement mais sûrement, la tendance s’est étendue aux États-Unis et à l’Europe.

Deux facteurs majeurs sont responsables de la disparition progressive du courrier électronique : au bureau, la collaboration passe par des messageries instantanées pour gagner en productivité et en privé, la spontanéité comme la volonté de mieux contrôler la confidentialité de ses messages poussent à se tourner vers des apps messageries où les messages s’auto-détruisent au bout d’un laps de temps écoulé.

L’email n’a plus bonne presse

Trop d’e-mail nuirait-il au travail ? En moyenne, les gens vérifient leurs e-mails 77 fois par jour, selon Gloria Mark, une professeure d’informatique à l’université de Californie. Or, “plus les gens envoient d’e-mails, plus ils estiment que leur productivité est faible, et moins bonne sera leur humeur à la fin de la journée”, détaille-t-elle. La chercheuse a également observé que lire des e-mails était généralement associé au stress. Bref, la bonne vieille boîte de réception n’est plus très populaire. À cela s’ajoute un facteur générationnel : en 2020, ce sont les adolescents des années 2010 qui peupleront les bureaux, et ils n’utilisent que très peu les e-mails. Selon une étude Pew menée en 2011, seuls 6% des adolescents en envoient de manière quotidienne. Mais par quoi remplacer ces missives ? Dans le monde professionnel, on a vu arriver des applications de messagerie instantanée conçues pour le travail en groupe, comme Slack, souvent décrit comme un « email slayer », ou « tueur d’e-mail ». Facilitant la collaboration en temps réel, cette messagerie ne propose d’ailleurs qu’un archivage limité des conversations (en version gratuite la plus utilisée), à rebrousse poil de l’email, qui historicise tout.

confide-screenshield

Des messages qui s’auto-détruisent

Côté vie privée, on a recours depuis longtemps à des messageries comme WhatsApp ou Telegram, mais une nouvelle tendance émerge : celles des apps dont les messages s’auto-détruisent au bout de quelques secondes. Une fois le message ouvert par le destinataire, il a à peine 5 secondes pour voir le contenu du message — comme c’est le cas du précurseur Snapchat. Après que les révélations de Snowden ont mis à jour la surveillance massive des services secrets américains et britanniques sur nos interactions du quotidien, d’autres solutions — dont certaines proposent une encryption de bout en bout — ont fleuri sur le marché du message éphémère : Wire, Wickr ou encore Confide. En général, les applications de messagerie instantanée ne permettent pas de conserver les interactions comme un e-mail le fait.

Une partie de notre mémoire en jeu

Dans un article paru dans Wired début février 2018, le journaliste Felix Salmon s’interroge sur la percée des centaines d’apps dont les messages s’auto-détruisent, consacrant l’éphémère. Pour lui, leur utilisation sur le long terme n’est pas sans conséquences. Là où l’email est une preuve archivable, indexable et donc vérifiable, ces apps-là ne possèdent pas cette capacité d’enregistrer nos interactions, en somme d’être notre mémoire. Pour lui, cela peut avoir un impact sociétal non négligeable : quid des preuves à apporter dans une affaire de justice, par exemple ? Et sur le très long terme, quel sens historique cette disparition aura-t-elle ?  Le journaliste conclut : “L’archivage historique est beaucoup plus intéressant et est beaucoup plus percutant si nous avons tout le matériel à disposition, et non pas juste un extrait dont on croyait qu’à l’époque il allait être digne d’intérêt.” À vous donc peut-être de commencer à sauvegarder vos e-mails pour les futurs archéologues de la fin du millénaire, qui enquêteront sur le tournant qu’aura pris l’humanité avec la fin de l’email.


LD
Ecrit par
Lilas D
Journaliste, chercheuse et consultante. Depuis Berlin, j'écris sur les enjeux sociétaux des technologies et questionne le futur que nous sommes en train de construire.
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