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Techcunch

Berlin vue par ses VCs

LD
Lilas
12 décembre 2017

En Europe, Berlin est la scène tech qui talonne Londres et Paris. Comment est-elle perçue par ses VCs ?

Le 5 décembre dernier, TechCrunch Disrupt se déroulait à Berlin. La capitale allemande est souvent présentée comme une terre de cocagne pour les startups : elle fut la place de choix pour le succès allemand de l’e-commerce Rocket Internet, mais aussi le berceau d’histoires à succès comme les startups Researchgate ou Soundcloud. Aujourd’hui, la ville attire des talents du monde entier, souvent de jeunes développeurs attirés par le coût de la vie dans une ville qui reste très peu chère pour une capitale européenne.

Tech Crunch a donc invité des VCs basés dans la ville à nous livrer leurs expériences de la scène start-up autour de la question “Pourquoi Berlin est-elle la capitale de la tech du futur ?”. Tanja Kufner, ex VC et manager de l’accélérateur StartupBootcamp, Christian Meermann (Cherry Ventures) et Christian Nagel (Earlybird Venture Capital) se sont ainsi réunis pour parler des spécificités de la scène berlinoise ? Et de son devenir ? Compte-rendu.

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Berlin, paradis des jeunes startups

Depuis quelques années, la scène startup à Berlin a changé. En effet, après une longue période de domination du e-commerce qui a fait le succès de la galaxie Rocket Internet (propriétaire de Zalando, HelloFresh ou encore Westwing pour n’en citer que quelques-uns), Berlin accueille désormais d’autres acteurs. Parmi eux, on compte des branches des GAFAs (avec des bureaux de Google ou encore d’Amazon) et des entreprises du Mittelstand (soit le tissu allemand des petites et moyennes entreprises). Tanja Kufner souligne que ces dernières années ont également favorisé “l’installation à Berlin de fondateurs de start-ups”. Pourquoi ? Il y plus de capital risques qui se sont installés dans la ville, alors mécaniquement les entrepreneurs y sont attirés comme des abeilles au miel.  En 2017, elle note que “ces startups sont d’ailleurs plus orientées vers des produits, le BtoB ou la deeptech.”  Un autre argument fort en faveur de la ville, c’est son image. Paradis de la jeunesse et des clubs branchés, Berlin n’a pas de pas mal à attirer des jeunes créatifs nomades (développeurs et designers), s’accordent à dire les intervenants.

Infrastructure et volonté politique

Pour autant, est-ce que Berlin peut soutenir cette attractivité sur le long terme ?” demande la journaliste qui modère le débat, citant un article du Wall Street Journal  qui écorne un peu l’image d’Épinal qui nous est dépeinte depuis une dizaine de minutes. En effet, faute d’investissements de la part des politiques locaux dans la fibre optique par exemple, Berlin est l’une des villes d’Europe avec l’internet le plus lent. L’article signale également que pour être une terre attractive pour les startups, il faut avoir des infrastructures publiques digitales : en 2016, seuls 55% des Allemands ont utilisé internet pour contacter les services publics, note le journal économique. En 2016, l’Allemagne a été reléguée à la 17e place d’un classement qui évalue la compétitivité digitale des pays. Passablement irrité, Christian Nagel minimise ces critiques : “Les ingrédients pour construire une bonne startup, ce n’est pas une question d’internet.” Le vrai défi ? “Il s’agit d’attirer les bons talents et d’avoir les fonds disponibles pour accompagner la croissance de l’entreprise”, tranche-t-il. Tanja Kufner tempère : “Il faut une volonté politique qui s’accorde sur ces sujets pour faire avancer l’écosystème. Sans cela, nous serons toujours derrière des villes comme Paris et Londres.” Admirative de la “start-up nation” made in France, elle rêve d’une prise de conscience politique à Berlin et en Allemagne pour faire entrer la ville à pieds joints dans l’ère digitale.

Quel avenir pour la scène tech et pour Berlin ?

L’échange arrive presque à son terme sur la scène. Et on déplore que quelques données de contexte aient été laissées de côté : la transformation de la ville. Car près de 15 ans après que le maire de l’époque, Klaus Wowereit, n’ait affirmé que Berlin était “pauvre mais sexy”, il faut dire que la scène tech a profondément modifié le visage d’une ville qui a toujours été culturelle et alternative : hausse des loyers, internationalisation, gentrification, etc. Enfin, Berlin a une histoire radicalement différente des villes auxquelles on la compare comme Paris et Londres (un mur, ça vous rappelle quelque chose ?) : un bagage qui pèse toujours avec de profondes disparités de revenus économiques entre l’Ouest et l’Est.

En 2016, une étude de l’Institut Économique de Cologne comparait le poids économique, reprise par Quartz, des capitales européennes dans leur pays. Si on enlève Paris ou Londres aux PIB de la France ou de l’Angleterre, leur PIB s’effondre de respectivement 15% et 11.2%. Tandis que si Berlin est enlevé au PIB allemand, celui-ci augmente de 0.2%. Sans volonté politique et sans meilleur accompagnement (des startups d’un côté et des droits de citoyens de l’autre), la scène tech risque de se développer comme une jungle et de faire de Berlin le nouveau San Francisco.


LD
Ecrit par
Lilas D
Journaliste, chercheuse et consultante. Depuis Berlin, j'écris sur les enjeux sociétaux des technologies et questionne le futur que nous sommes en train de construire.
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