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Bienvenue dans l’ère du foot high-tech

Philothée
Philothée
18 juin 2018

Comment le foot est en train de devenir le sport le plus bardé de technologie du monde.

De la préparation des matchs au jeu lui-même et jusqu’à l’expérience dans les gradins du stade, le ballon rond n’a jamais fait l’objet d’autant d’innovations. À l’occasion de la Coupe du monde, Yellow fait le point sur les technologies qui font du foot un sport de plus en plus high-tech.

À l’entraînement

La quête du meilleur joueur du monde ne s’achève pas quand on débusque de prometteurs jeunes talents : elle se poursuit en mettant au point un entraînement ultra-sophistiqué qui permet d’en tirer tout le potentiel. Et sur ce terrain, la data est reine. Comme l’explique le site Slate, si tous les clubs analysent les données de jeux de leurs poulains, le Benfica Lisbonne est l’un des mieux armés en science des données : des petits capteurs collectent des centaines de milliers de données à chaque entraînement, et les joueurs sont constamment observés et analysés. “Combien peuvent-ils manger et dormir, à quelle vitesse peuvent-ils courir, s’user et récupérer, l’état de leur santé mentale : tout est digéré dans grand lac de données”, résume le magazine britannique Ars Technica. Le club portugais envisage aussi de recourir à la “vision par ordinateur”, avec des caméras 3D qui suivent tous les mouvements des joueurs. De son côté, le FC Barcelone a récemment lancé son “Barça Innovation Hub”, un incubateur de start-ups qui permettent d’améliorer constamment le jeu grâce aux données ou à la recherche en nutrition, par exemple.

Pour le conseiller en prospective Philippe Gargov, interrogé par Motherboard, “la data permet juste de continuer à s’étonner du spectacle. Il y a tellement d’incertitude dans le foot qu’on ne peut pas le rationaliser en permanence : on peut uniquement optimiser les choix et les prises de risques. En quoi cela pourrait-il changer la nature du jeu ?” Mais si les clubs investissent autant sur ces technologies, c’est parce que le retour sur investissement est faramineux : le Benfica s’est fait une spécialité de former de jeunes joueurs qu’il “revend” ensuite à prix d’or, comme Jan Oblak, recruté en 2010 pour 1,7 million de dollars et transféré en 2014 à l’Atlético Madrid pour 16 millions de dollars. La maîtrise des technologies d’information est donc un enjeu de taille : “C’est un processus d’apprentissage pour nous. La science des données et le machine learning sont des nouvelles disciplines, et ce n’est pas facile de trouver des gens qui savent comment utiliser ces outils, et comment les intégrer dans notre travail au quotidien”, explique à Slate Joao Copeto, qui en est chargé au sein du club lisboète.

Capture d'écran du film "The Hidden Technology of Football" de la FIFA

Pendant le match

La technologie se répand aussi dans les stades : pendant la Coupe du monde 2018, le controversé arbitrage par assistance vidéo (AAV) sera utilisé sur tous les matchs. “L’AAV tue le spectacle originel (…), déplore dans Motherboard le journaliste Jérôme Latta, co-fondateur des Cahiers du foot. Ça tue l’émotion du but, ça l’amoindrit, ça la congèle, ça la diffère. En compensation, il y a cet espèce de suspense supplémentaire pour les chaînes de télévision, on va attendre la décision de l’arbitre vidéo (…).” Samedi dernier, c’est elle qui a permis aux Français d’obtenir le penalty qui leur a valu de remporter leur match contre l’Australie. www.tf1.fr/tf1/fifa-coupe-du-monde-de-football/videos/france-australie-0-0-arbitrage-video-penalty-bleus.html

Autre technologie, introduite dès le Mondial 2014 et en championnat de France l’an dernier : la goal-line (GLT), qui permet de modéliser la ligne de but en 3D pour savoir si le ballon a bien franchi la ligne. Mais son coût prohibitif (250 à 300 000 euros en Ligue 1 par an et par stade, rappelle Motherboard) la réserve encore aux grandes manifestations.

Certains clubs testent encore d’autres innovations pour renforcer l’expérience des spectateurs. L’année dernière, les stades du FC Barcelone et du Real Madrid ont ainsi été équipés de caméras à prises de vue multiples, grâce auxquelles on peut voir des ralentis sous tous les angles…  et même vivre le match dans la peau d’un joueur. En 2018, les stades de l’Atletico Madrid et du FC Séville en ont également été munis. Le système a pour ambition d’en donner toujours plus aux supporters, sur qui la manne financière du foot repose : “Réfléchissez à ce dont a besoin un supporter de football. Ils ont besoin de discuter de ce qui s’est passé sur le terrain”, explique au Point Emili Planas, directeur des opérations de Mediapro, l’entreprise qui détient les droits de retransmissions de La Liga. “Le supporter qui dispose de plus de connaissances a plus de chances d’avoir raison lorsqu’il débat sur le match de la veille.” Car l’enjeu pour les clubs, c’est de conserver l’attention des supporters entre chaque match. La Liga se penche sur la réalité virtuelle et augmentée avec Samsung Gear, pour offrir aux (télé) spectateurs une expérience toujours plus immersive. “Ce qui devient intéressant, c’est que bientôt, on ira non pas au stade pour voir le match, mais pour mettre un écran sur nos yeux qui nous permettra de voir le match de façon différente”, observe dans Motherboard Boris Helleu, directeur du STAPS de Caen.

Dans les stades

Alexandre Princ, chef de projet chez Openfield Live et auteur d’un mémoire sur les stades connectés, abonde dans le même article : “Je pense que le spectateur ne vient plus au stade uniquement pour voir 11 joueurs fouler la pelouse.” Les stades deviennent de plus en plus connectés, comme le Parc OL, qui a été conçu pour offrir aux fans une expérience totale, dans et hors de l’enceinte. Les stades intelligents permettent en effet à la fois de renforcer l’expérience des spectateurs et, pour les clubs, de récupérer de sacro-saintes données “afin de fluidifier les flux (accessibilité, queues à la buvette ou à la billetterie…), pour optimiser les différents centres de profits, ou fournir plus d’informations aux spectateurs en temps réel (avec les statistiques, etc)”, détaille Anthony Alyce, fondateur d’Ecofoot.fr. Ce mouvement n’a rien d’anodin : il témoigne d’un changement dans la manière dont on appréhende les matchs de foot et, plus largement, les manifestations sportives. “Pour l’instant, ce qui compte, c’est encore le match. L’hypothèse hyper radicale que je pose consiste à dire que finalement, la conversation sur le sport devient plus importante que le sport lui-même”, propose Boris Helleu. Et la technologie, du WiFi dans les stades aux expériences immersives en réalité virtuelle, démultiplie les moyens d’avoir cette conversation.

Le stade du PSG en 2030, imaginé dans le film "Futur Football Club" de Canal +

À l’avenir, on peut imaginer que se tracera une ligne de démarcation nette entre ceux qui auront dompté ces outils et les autres. “Plus on inclut de technologies dans le foot, plus on renforce la différence qui existe entre le professionnel et l’élite et le semi-pro et l’amateur. (…) La technologie renforce le foot à deux vitesses (…) : il y a déjà des règles qui sont expérimentées sur le sport professionnel et qui ne sont pas mises en place pour les ligues inférieures”, commente Philippe Gargov dans Motherboard. Dans les petits stades, on reviendra peut-être à une expérience de puristes, sans écrans, hologrammes ni arbitres vidéo : le foot, rien que le foot.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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