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Ceux qui rendent la tech accessible aux personnes malvoyantes

Philothée
Philothée
25 février 2019

D’un côté des YouTubers aveugles, de l’autre des apps conçues pour les usagers malvoyants : comment les uns et les autres rendent Internet et la technologie accessibles à tous.

La YouTubeuse Casey Greer s’agace. “Chaque fois que je dis que je suis malvoyante, quelqu’un me contredit en disant ‘Eh ben comment t’as fait pour taper ce commentaire ?’. Ça paraît idiot qu’en 2019, je doive encore expliquer que les personnes aveugles utilisent et aiment Internet tout autant que les autres”, explique-t-elle à Wired. Car les technologies de communication en général et les réseaux sociaux en particulier, s’ils n’ont pas été conçus pour intégrer les personnes qui vivent avec certains handicaps, ne sont pas pour autant délaissées par ces populations, qui en usent avec détermination et créativité.

Regarder la télé quand on est aveugle : l'un des sujets abordés par Casey Greer sur sa chaîne YouTube.

Des YouTubers aveugles et malvoyants

C’est ce que raconte ce très intéressant article de Wired, qui se concentre donc sur les YouTubers aveugles et malvoyants. À première vue, choisir une plateforme de vidéos pour s’exprimer sur des sujets liés à la cécité peut paraître contre-intuitif. Mais c’est justement pour faire réfléchir sur le rapport entre son et image que certains s’y sont mis, comme Tommy Edison, aveugle de naissance et aux manettes d’une chaîne de critique ciné. The Blind Film Critic est née après une expérience frustrante pour Tommy Edison, allé voir Tropic Thunder, dont toute la résolution était visuelle : impossible pour lui de savoir ce qui était arrivé aux personnages à la fin du film. Dans ses vidéos, le critique utilise sa perspective avec humour : par exemple, dans The Amazing Spider-Man, il y a toujours de la musique quand Peter Parker est à l’écran, probablement pour compenser la faiblesse de son jeu, mais il n’y en a pas quand Martin Sheen est dans la scène, car “il n’en a pas besoin, il fait tout le travail tout seul.”

D’autres chaînes, comme celle de Casey Greer, ont pour principale raison d’être d’ouvrir une fenêtre sur la vie des personnes malvoyantes : elle y raconte par exemple ce que c’est d’utiliser une app de rencontres, de décrocher un boulot, de contourner le fait de ne pas pouvoir conduire. Pour  Sam Seavey, aux commandes de la chaîne TheBlindLife, l’objectif est surtout d’aider d’autres personnes aveugles ou malvoyantes à mieux vivre avec la technologie : lui-même devenu malvoyant à l’âge adulte, il dit vouloir être “la chaîne de référence sur les technologies qui assistent les personnes malvoyantes (…). Si mes vidéos peuvent leur apprendre comment se brosser les dents et utiliser un lecteur d’écran où leur dire quelles sont les meilleures apps pour avoir une loupe, alors je rends service.” Ses vidéos évoquent ainsi les meilleurs packs d’icônes pour la basse vision, comment facilement retrouver son téléphone, quels raccourcis utiliser quand on dicte du texte, etc.

Sam Seavey teste une canne blanche lumineuse sur sa chaîne YouTube TheBlindLife.

Forcer la technologie à être accessible

En filigrane de ces témoignages, se dessinent des pistes qui permettraient de très facilement rendre des plateformes comme YouTube plus accessibles — si seulement elles s’en préoccupaient. Tommy Edison, le critique ciné, raconte ainsi que quand il s’est lancé, en 2011, son expérience sur YouTube était très silencieuse : il était quasi impossible de trouver les boutons lecture et pause, ou de lire les commentaires avec son lecteur d’écran. Depuis, les choses se sont améliorées, mais comme l’explique le réalisateur James Rath, il manque encore des fonctionnalités pourtant basiques, comme permettre aux YouTubers d’uploader des audio-descriptions, ce qui est déjà possible pour les sous-titres.

Heureusement, les personnes malvoyantes ne sont pas systématiquement obligées de forcer la technologie à s’adapter à elles. Il existe des initiatives qui, à l’inverse, utilisent la tech pour faciliter leur quotidien. C’est le cas de Be My Eyes, une app de visioconférence à la FaceTime, qui permet aux personnes aveugles ou malvoyantes d’appeler un volontaire quand elles ont besoin d’aide pour lire une étiquette, savoir de quelle couleur est un objet, régler le chauffage, allumer un appareil ou encore trouver leur chemin (les exemples collectés par des volontaires sur Reddit sont tous dans la même veine, et les usagers non-malvoyants unanimement enthousiastes).

Des dates d’expiration aux jeux vidéo

Notons aussi l’existence de Mimica, une invention de la Norvégienne Solveiga Pakstaite qui entend résoudre deux problèmes à la fois : d’une part le fait que l’imprécision des dates d’expiration contribue au gaspillage alimentaire plutôt qu’autre chose, et d’autre part l’impossibilité pour les personnes aveugles et malvoyantes de lire ces dates, ce qui les condamne aux produits surgelés ou en conserve pour prendre moins de risques sanitaires. Elle a donc conçu un label tactile, composé de dérivés alimentaires qui, en se dégradant, donnent un aspect bosselé à l’étiquette. Quand l’étiquette n’est plus lisse, cela veut dire que le contenu de l’emballage n’est plus bon. Il y a aussi Blitab, l’”iPad en braille” conçu par la Bulgare Kristina Tsvetanova : une tablette dont la surface s’altère pour afficher du texte mais aussi des cartes ou des graphiques, et qui permet aux utilisateurs d’étudier, travailler, se connecter aux autres, mais aussi de jouer.

En effet, de nombreux jeux vidéo se développent spécifiquement pour les personnes malvoyantes (sur Medium, le gamer Kyle Nuremberg partage aussi son expérience sur des jeux traditionnels). En France, l’éditeur de serious games et jeux inclusifs Dowino a ainsi sorti en 2015 A Blind Legend, “le premier jeu d’action-aventure mobile sans image, où l’ouïe remplace les yeux, grâce à la technologie particulièrement innovante du son binaural.” Une expérience accessible à tous qui montre que pour ne pas faire de la technologie un lieu d’exclusion, il suffit d’avoir un peu d’imagination.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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