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Conquête ou exploration spatiale, choisis ton camp

Philothée
Philothée
10 décembre 2018

Alors que les agences spatiales ont pour objectif d’explorer l’espace, les entrepreneurs de la Silicon Valley, eux, réactivent la notion de conquête spatiale.

Le 28 novembre 2018, InSight a atterri sur Mars après plus de six mois de voyage. La sonde envoyée par la NASA est chargée d’une mission d’exploration de la structure interne de la planète rouge : InSight a déjà commencé à enregistrer les sons et vibrations à la surface et à l’intérieur de Mars, à prendre des photos, à mesurer la pression atmosphérique, etc. Objectif : comprendre la façon dont les planètes rocheuses se sont formées, il y a plus de quatre milliards d’années.

Cette mission est dans la droite ligne des objectifs que se fixent la NASA tout aussi bien que l’Agence spatiale européenne (ESA), Roscomos (l’agence spatiale russe) et la China National Space Administration depuis plus d’une quarantaine d’années : explorer, comprendre et améliorer les connaissances de l’humanité sur l’espace. Mais depuis quelques années, ces agences ne sont plus les seules à envoyer des engins dans le cosmos. Et pour les initiatives privées que sont SpaceX, Blue Origin ou encore Virgin Galactic, il est peut-être plus juste de revenir au terme de conquête spatiale que de parler d’explorateurs.

L'une des premières photos prises par InSight sur Mars

L’espace, un bien commun

Comme l’explique sur son blog l’animatrice et youtubeuse spécialiste de l’exploration spatiale Florence Porcel, on emploie le terme exploration spatiale, et non conquête spatiale, depuis 1975 et l’apaisement de la course à l’espace entre les États-Unis et l’URSS. La nuance est peu connue, mais elle est importante. “Le mot ‘conquête’ avait un sens quand l’accès à l’espace était une arme politique, idéologique, tactique, militaire, et de propagande”, rappelle-t-elle. Le terme “s’inscrit dans un contexte historique, et j’estime donc qu’il n’est absolument plus légitime.”  D’autant que la NASA a entamé, en 1975 donc (avec l’amarrage des vaisseaux Apollo et Soyouz), une politique de collaboration avec les autres agences spatiales. Dès 1967 d’ailleurs, le Traité de l’espace stipule que l’espace est un bien commun qu’il convient d’explorer, et non de conquérir pour le compte d’une nation ou d’une autre.

En bref, les agences spatiales adoptent aujourd’hui une approche purement scientifique, et donc une posture d’humilité, par rapport à l’espace. Mais cela ne veut pas dire que les objectifs sont plus modestes ou moins enthousiasmants que le fait d’envoyer des humains sur la Lune. Comme l’affirme à francetvinfo l’ancien spationaute Jean-François Clervoy, “avant 2030 (…), des Humains tourneront autour de la Lune. Dans les quinze ans qui viennent, des Humains tourneront autour de Mars. Si tout va bien, (…) je pense qu’avant 2050, des Humains auront marché sur Mars. C’est très difficile de se poser sur Mars, mais on ira.” Le succès sans faille de la mission InSight est le premier pas vers cet objectif.

Un patch montrant Spacelab, l'une des collaborations de la NASA et de l'ESA

Un terrain de jeu pour milliardaires

Mais aujourd’hui, quand on parle de voyage dans l’espace, les agences spatiales nationales ou transnationales ne sont plus les seules concernées. Il faut désormais prendre en compte des acteurs privés aussi riches et mégalomanes qu’Elon Musk (SpaceX), Jeff Bezos (Blue Origin) et Richard Branson (Virgin Galactic). Ces trois-là ont choisi l’espace comme terrain de jeux, et c’est à qui y ira le plus vite. SpaceX vise 2022 pour envoyer sa première mission cargo sur la planète rouge, et fera voyager le curateur d’art japonais Yusaku Maezawa autour de la Lune l’année suivante. Elon Musk a par ailleurs annoncé que ses fusées pourraient être utilisées pour des voyages ultra-rapides autour de la Terre. De son côté, Blue Origin commencera par des activités de tourisme suborbital avant d’envoyer des humains vivre dans des stations spatiales : pour Jeff Bezos, c’est un inévitable plan B dont l’humanité aura besoin quand les ressources de la Terre auront été épuisées, explique-t-il dans un long et passionnant article de Wired.

Virgin Galactic a aussi pour objectif de vendre des vols suborbitaux, et Richard Branson assure qu’il y arrivera le premier : son avion sera dans “l’espace pour des vols d’essais d’ici quelques semaines et non des mois”, a-t-il annoncé à la mi-octobre 2018. Mentionnons enfin le projet Mars One, lancé par l’ingénieur néerlandais Bas Lansdorp, dont le but est d’installer la première colonie permanente sur Mars (les cent premiers Martiens ont d’ailleurs déjà été choisis) : “Nous allons sur Mars. Venez avec nous !” vante son site web aux accents de film de science-fiction enthousiaste.

Capitalisme intergalactique

Les projets de ces entrepreneurs ne sont donc pas exploratoires au sens où l’entendent la NASA ou l’ESA. Il s’agit d’abord de tirer profit du voyage dans l’espace, notamment avec le tourisme suborbital, et surtout de s’y installer durablement. C’est-à-dire de le coloniser. Ces entreprises ont, par définition, des objectifs plus économiques — ou à tout le moins plus démiurgiques — que scientifiques. C’est aussi en ce sens qu’elles réactivent l’idée de conquête spatiale : il s’agit de coloniser des territoires vierges grâce à la fortune accumulée sur Terre, d’exporter le capitalisme jusqu’aux confins du monde que nous sommes en mesure de visiter. Pour Musk, Bezos et Branson, la conquête de l’espace est une aventure éminemment personnelle. Rien de très commun avec ce qu’écrit l’astronaute Luca Parmitano, cité par Florence Porcel : “L’espace est une frontière dure, inhospitalière et nous sommes des explorateurs, pas des colonisateurs.” Mais c’est peut-être eux qui nous emmèneront les premiers sur Mars… et au-delà.

L'une des affiches de la NASA pour de faux voyages touristiques dans l'espace

Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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