Simplifiez-vous l'innovation

#astuce
catégories

#astuce
partage

#astuce
liens internes

Google-Wellbeing-Carre

Découvrir Google Wellbeing

LD
Lilas
22 mai 2018

Lancé le 8 Mai, Google Wellbeing souhaite améliorer notre rapport à la technologie : est-ce là la clef de notre bien-être ?

Le 8 mai dernier lors de la conférence Google I/O, Sundar Pichai, actuel CEO de la firme, a annoncé en fanfare le nouveau système d’exploitation d’Android : “Android P”. La démonstration a fait grand bruit puisqu’elle a notamment révélé Google Duplex, une intelligence artificielle qui, à la manière d’un secrétaire particulier, effectue les appels pratiques comme la réservation d’une table au restaurant ou un rendez-vous chez le coiffeur. Ce qui a un peu moins fait sensation mais qui mérite tout autant notre attention est sans doute une autre fonctionnalité introduite par Google, nommée “digital well being”, traduisez “bien-être numérique”.

Devenue depuis Google Wellbeing, la fonctionnalité se présente comme un panneau de contrôle permettant à l’utilisateur d’avoir une vue d’ensemble sur l’utilisation de ses applications d’une part. Mais elle suggère également de faire des pauses (après 1 heure de visionnage de vidéos sur youtube par exemple) et de mieux choisir à quel moment et quelles notifications vous sont envoyées.

Avec Google Wellbeing, le géant de Mountain View entend promouvoir la JOMO (Joy of Missing Out, texto : “la Joie de passer à côté”), une manière de profiter de son temps et des situations sociales autrement qu’avec ses yeux rivés sur son téléphone. S’il est souhaitable que les GAFAs prennent à bras le corps les problèmes réels liés à l’addiction aux nouvelles technologies (qui vont du déficit d’attention à des problèmes plus sérieux comme les maladies mentales), est-ce que Google Wellbeing répond au défi ? Yellow a regardé ce que le produit a sous le capot ?

Du temps qualitatif passé sur l’écran

À première vue, Wellbeing rappellera d’autres applications créées dans le passé comme Moment ou Offtime : leur objectif est de vous permettre de mieux quantifier le temps que vous passez sur votre votre écran sur différentes applications. Comme le rapporte le magazine Wired, dans un article du 8 mai dernier, peu d’études empiriques existent (seule une publication parue en 2015) : les utilisateurs de ces apps découvrent souvent que le temps réel passé sur leurs applications ou leur téléphone dépasse leurs estimations. Le “unfair advantage” de Google Wellbeing est “qu’il collecte des données d’usages plus précises et granulaires que n’importe quelle application tierce”, selon Kevin Holesh, fondateur de Moment, cité par Wired. En effet, embarqué dans le système d’exploitation Android, Wellbeing mesure le temps d’écran utilisé pour chaque application et le partage aux développeurs concernés. En faisant connaître ses habitudes de consommation à l’utilisateur, Google entend lui permettre de changer ses comportements. Et en les partageant aux développeurs, cela permettra d’améliorer le service et de corriger son impact sur l’utilisateur.  Car en effet tous les temps d’écran n’ont pas le même impact sur le bien être individuel : ainsi des études internes commanditées par Facebook ont montré que les utilisateurs adoptant une consommation passive d’information sur les écrans rapportaient ressentir de la négativité alors que celles et ceux qui passent du temps activement à interagir se sentaient positifs.

Réguler l’infobésité

Permettre aux propriétaires de smartphones Android de changer leurs comportements est la principale mission de Wellbeing. C’est pourquoi ce panneau de contrôle ne se contente pas uniquement de permettre à l’utilisateur de prendre conscience de ses usages. Il lui permet aussi de paramétrer des règles d’utilisation pour limiter le temps passé sur chaque application du téléphone. Si vous dépassez la limite d’utilisation fixée, l’application deviendra inutilisable pour un moment. Est-ce que cette option aura l’effet escompté ? Des études plus poussées, une fois qu’Android P sera opérationnel et lancé, devront être commanditées.  Enfin, Wellbeing se dote également d’une ribambelle de fonctionnalités permettant d’imposer vos rythmes aux notifications et non pas l’inverse. En retournant votre téléphone (face contre la table), immédiatement le mode “ne pas déranger” s’active. Comme le note Wired, un nombre important d’études “lient l’anxiété, l’hyperactivité ou encore l’inattention” à un trop plein de notifications. Pour autant, le magazine souligne également que si l’absence de notifications “permet aux propriétaires de smartphones de souvent mieux se concentrer ou d’être plus productif. Certains rapportent souffrir de FOMO (Fear of Missing Out) soit une angoisse lié au fait de manquer des informations. Améliorer le bien être n’est donc pas aussi  binaire que ça…

Vers un design à visage humain ?

En sous mains, Wellbeing est aussi le fruit de Tristan Harris et son mouvement “Time Well Spent”, créé en 2013. Ancien philosophe produit chez Google, Harris est un des principaux pourfendeurs d’un design prédateur de notre attention disponible. Son action de lobbying et son exposition médiatique ces dernières années ont permis d’éveiller le public à ces questions là. Derrière la décision de créer Google Wellbeing, il y a sans aucun doute une volonté de Google de mieux prendre en compte ces enjeux pour son futur. Enfin, le récent scandale mis en avant par l’artiste et activiste James Bridle concernant les manquements de modération de Youtube pour les contenus présumés pour les enfants, a écorné l’intégrité de l’entreprise. C’est pourquoi entre autres Google Wellbeing embarque des fonctionnalités permettant de mieux paramétrer le temps d’accès à un appareil électronique comme le types de contenus visionnés par les enfants. Si certaines mauvaises langues blâmeront Google pour ne pas avoir effectué ce virage éthique plus tôt, on peut saluer l’initiative. Car le colosse de la Silicon Valley est un des seuls GAFAs (suivi légèrement par Apple qui a introduit le mode ‘do not disturb’ dès 2016) qui intégré un changement de stratégie de design. Comme on dit dans la vie, mieux vaut tard que jamais. Reste que pour qu’Android P nous permette de passer moins de temps sur notre téléphone, comme le disait Sundar Pichai, l’intelligence artificielle embarquées serait encore plus gourmande en données personnelles que sur les précédentes versions d’Android, selon Wired UK


LD
Ecrit par
Lilas D
Journaliste, chercheuse et consultante. Depuis Berlin, j'écris sur les enjeux sociétaux des technologies et questionne le futur que nous sommes en train de construire.
Partager
Commentaires (0)

Merci de poster votre commentaires

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

S’inscrire
à la newsletter