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Des utopies pour changer notre vision de l’intelligence artificielle ?

LD
Lilas
5 juin 2017

Quel est le point commun entre Skynet dans Terminator, l’intelligence artificielle HAL 9000 dans 2001, Odyssée de l’Espace ou encore le robot d’Ex Machina ? Ces héros de science fiction veulent tous anéantir les humains. Et si… on changeait notre manière de raconter ces histoires ?

“I will be back” lançait menaçant Arnold Schwarzenegger grimé en robot tueur dans Terminator, comme pour souligner que son créateur démiurge Skynet, l’intelligence artificielle cruelle, hantera à jamais les humains. Dans le film de Stanley Kubrick, HAL 9000 (CARL dans la version française), l’assistant de navigation spatiale si discret se rebelle contre les astronautes du vaisseau et tente de se débarrasser d’eux…

Pour la chercheuse et journaliste Sara Watson, ces exemples issus de la science fiction mainstream, désormais devenus cultes, contribuent à modeler notre vision de l’intelligence artificielle. Or, selon elle, ils reflètent souvent le même arc narratif : celui du conflit entre l’être humain et l’intelligence artificielle. Pour la chercheuse, la récurrence de ces narrations dans la science fiction dominante — à l’exception de Minority Report, qui fait reposer le conflit entre l’Homme et la société — contribue à connoter négativement l’intelligence artificielle dans notre imaginaire collectif. À l’occasion de plusieurs prises de paroles (en mars sur la plateforme Motherboard ou en public au festival Re Publica à Berlin le 7 mai dernier), elle appelle à un renouveau des narrations dominantes. Pourquoi ? Pour que la science fiction reflète au mieux les défis actuels de l’intelligence artificielle et nous aide à mieux anticiper les questions futures. Explications.

Sortir d’une vision conflictuelle de l’intelligence artificielle

Outre les exemples populaires issus de la science-fiction, qui opposent donc intelligence artificielle et être humain, le conflit est aussi un leitmotiv présent dans l’univers de la tech. “Mais il ne s’agit du même type de conflit” souligne Sara Watson. Quelles sont les histoires qui font  la une des journaux ? Les récents faits d’armes d’Alpha Go, l’intelligence artificielle d’Alphabet (holding de Google) qui a battu à deux reprises les meilleur joueurs de go en 2016 et 2017. Ou encore le défi qu’a lancé Google Deepmind à la maison d’édition de jeux vidéos Blizzard : être le vainqueur du jeu massivement multijoueur de stratégie Starcraft. Il s’agit là d’un conflit entre les concepteurs humains de cette intelligence artificielle (les ingénieurs) et d’autres humains. Car comme le remarque Watson,  ce qui intéresse surtout la communauté de l’intelligence artificielle, c’est de savoir qui sera le héros qui programmera une intelligence artificielle imbattable

Changer la perception du public avec des utopies

Pour la chercheuse, il est impératif de renouveler la manière dont on parle de l’intelligence artificielle pour éduquer le public et ouvrir des horizons de réflexion “sur un futur où beaucoup d’entre nous travaillerons en collaboration avec l’intelligence artificielle”. Il est crucial de s’approprier ces enjeux : “Si on continue à s’appuyer sur ces extrêmes de science-fiction, nous allons passer à côté des réalités actuelles de l’intelligence artificielle et détourner notre attention des problèmes présents et futurs auxquels nous sommes et serons confrontés”. Sara Watson invite à créer des utopies comme alternative aux discours dominants, pour s’interroger en profondeur sur la transparence des systèmes d’intelligence artificielle : “Pourquoi ne pas imaginer une histoire racontée à la première personne du point de vue de l’intelligence artificielle ? […] Il faut réinventer nos mythes pour que décideurs et grand public se saisissent des enjeux de lisibilité ou de responsabilité de l’intelligence artificielle” conclut-t-elle.

De l’importance de la science fiction

Dans un billet répondant à l’appel de Sara Watson, le sociologue Nathan Jurgenson étend le domaine de la réflexion en citant le travail de Peter Frase. Ce dernier évoque l’utilité de deux formes de récit pour éclairer notre présent : la “fiction spéculative” – soit la science fiction étendue à toutes formes d’imaginaires – et la “science fiction sociale” – soit les récits ayant trait à la transformation de la société sans spécifiquement parler de la technologie. Même s’il paraît difficile de distinguer les deux approches — l’un et l’autre étant liés —, l’auteur invite tous à se saisir de ces deux formes. Car l’enjeu véritable de la science-fiction n’est pas tant d’imaginer à quoi ressemblera le futur mais plutôt d’explorer les points de tension et projeter les questions actuelles dans un avenir souhaitable ou imaginé.

Actualiser nos mythes

Encore aujourd’hui, les mythes anciens nous aident à penser et à se saisir de questions morales et éthiques. Penser l’intelligence artificielle aujourd’hui passe par l’actualisation de nos mythes : il faut pouvoir créer de nouvelles histoires de science fiction légendaires afin de découvrir de nouvelles manières d’envisager la place de l’intelligence artificielle dans notre société. Il est nécessaire de se saisir de notre imagination pour faire sortir celle-ci des rôles convenus de majordomes virtuels ou de génies malins. Pour changer notre relation à technologie, il faut créer de nouvelles fictions qui nourrissent les imaginaires des designers, des ingénieurs et des générations futures.


LD
Ecrit par
Lilas D
Journaliste, chercheuse et consultante. Depuis Berlin, j'écris sur les enjeux sociétaux des technologies et questionne le futur que nous sommes en train de construire.
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Commentaires (1)

Les commentaires sont fermés.

  1. C A dit :

    Ces visions utopiques sont davantage présentes en littérature et la plus inspirante est peut-être la Culture, de Iain M. Banks : http://www.actusf.com/spip/Interview-Yannick-Rumpala-sur-Iain.html