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© muhammed sajid

Êtes vous licorne ou zèbre ?

LD
Lilas
14 mai 2019

Et si le modèle dominant de la “licorne”, cette startup à la croissance stratosphérique, valorisée plus d’un million de dollars, était  en voie d’extinction ? Bienvenue au zèbre !

Alors qu’Uber, le géant des VTCs, vient tout juste de faire son entrée en bourse la semaine dernière, des voix s’élèvent pour critiquer le modèle des licornes. Les licornes ? Ces startups à la croissance accélérée et dont la valorisation dépasse le milliard de dollars — parmi elles, on compte par exemple AirBnb, WeWork, Uber évidemment ou encore Deliveroo. La ou réside le problème, c’est que pour atteindre une telle croissance en si peu de temps, ces entreprises doivent dépenser des sommes importantes tout en accumulant des pertes substantielles au cours des premières années d’exploitation, alimentant ainsi leur besoin de réunir continuellement de très grosses sommes d’argent, principalement en actions.

Pourtant, il existe d’autres façons de rendre profitable des entreprises, avec des régimes de financement différents et sans cette pression accrue de lever d’énormes quantités de capitaux propres. En effet, il semblerait qu’une alternative à la licorne se dessine. L’animal se nomme le zèbre et désigne des compagnies technologiques qui mettent en adéquation modèle d’affaires et mission. À quoi ressemble cette entreprise alternative ? Yellow vous révèle ce qui se cache derrière les rayures de la compagnie zébrée.

zebra

Résoudre un défi de société

Le modèle d’affaires des licornes, sur lequel s’est construite une grande partie des startups, est simple : en phase de démarrage, les entreprises recueillent beaucoup d’argent auprès des investisseurs, puis utilisent l’argent pour entrer en phase de croissance plus vite que la concurrence, plus vite que les organismes de réglementation, plus vite que la plupart des entreprises normales. L’objectif final est de vendre ou de faire un appel public à l’épargne, produisant des rendements extrêmement profitables pour les premiers investisseurs. Le système a donné naissance à des noms connus comme Facebook, Google et Uber.

Aujourd’hui, un contre-mouvement rejette ce modèle. A son origine, on trouve un petit groupe d’entrepreneures et de fondatrices de start-ups : Mara Zepeda, fondatrice de SwitchBoard, Aniyia Williams, créatrice de la start-up Tinsel, Astrid Scholz, directrice de Sphaera et Jennifer Brandel, créatrice de Hearken, ont ainsi créé le mouvement “Zebras Unite”. Leur objectif ? Changer de paradigme. Comme l’explique dans son manifeste Mara Zepeda, les sociétés zébrées “sont à la fois noires et blanches” : elles sont à but lucratif et elles servent une cause. Ces entreprises sont vues comme ayant un “double résultat net” – elles se concentrent sur l’atténuation des défis sociaux, environnementaux ou médicaux tout en s’occupant de leur propre rentabilité. Là où la licorne promet la lune, le zèbre veut être une entreprise ancrée dans sa réalité économique et sociale. Car pour les zèbres, la technologie n’est pas une solution miracle mais un moyen. Ces entreprises veulent changer le monde en se faisant le véhicule d’un processus (et non d’un produit) pour aider les institutions, les communautés ou la société sur le long terme. Exit donc le court-termisme des licornes.

Ce qui distingue une licorne d'un zèbre - Extrait de "Zebras Fix What Unicorns Break" (Medium)
Ce qui distingue une licorne d'un zèbre - Extrait de "Zebras Fix What Unicorns Break" (Medium)

Mutualiser l’effort

Parmi les compagnies zèbres on compte par exemple Toya, une plateforme de jeu conçue pour motiver et inspirer les jeunes filles à se réaliser. L’industrie du jeu numérique a toujours manqué de contenu pour les femmes et les filles, ou a limité le contenu à une définition très étroite de la féminité fondée sur la beauté. Toya, fondée par Anat Shperling et Yifat Anzelevich, remet en question et modifie ces normes en proposant des jeux qui mettent les filles dans le rôle du héros, et en proposant des jeux non liés au genre (axés sur la nature, les mystères et l’histoire, par exemple). Entité à but lucratif, Toya poursuit toujours un objectif social important : promouvoir l’égalité entre les sexes par le biais de ses produits. Quant à Switchboard, l’entreprise de Zepeda, elle propose une plateforme qui permet aux anciens étudiants d’universités américaines de communiquer entre eux sur leurs possibilités de carrière en utilisant un modèle novateur de “demande/offre”. Elle aide aussi ces mêmes universités à compiler davantage d’informations sur leurs anciens élèves.

Contrairement à l’éthos traditionnel de la startup, qui vise à dominer un marché donné, les zèbres ont vocation à mutualiser leurs efforts pour atteindre leur objectif : faire changer la société. C’est ce que souligne le texte écrit par les quatre fondatrices du mouvement : “En se réunissant en groupes, ils (les zèbres) se protègent et se préservent mutuellement. Leur apport individuel se traduit par une sortie collective plus forte.”

Changer la culture dominante

Les compagnies zèbres ne sont qu’à leur début. Et c’est pour cela que les membres fondateurs de Zebra unite! espèrent que d’autres entrepreneurs mais aussi des chercheurs d’investisseurs et des politiciens les soutiendront pour les aider à développer et populariser ce modèle.

Car pour les jeunes entreprises cherchant à allier profit et objectif social,les structures existantes sont imparfaites et peuvent représenter un coût prohibitif pour une petite structure comme une start-up. “La dépense n’est pas seulement liée aux frais juridiques, mais aussi à la consommation du bien le plus précieux d’un fondateur : le temps” expliquent les fondatrices. La plupart des investisseurs  sont effrayés par des modèles alternatifs non éprouvés, mais les entreprises ne peuvent pas prouver que leurs modèles fonctionnent sans expériences pour les financer. De plus, le système fiscal actuel ne récompense – ou même ne reconnaît rien d’autre que des stratégies à but lucratif ou non lucratif . C’est pour ça qu’à l’avenir il faudrait pouvoir faire en sorte que chaque fonds alloue un petit pourcentage pour des entreprises ou startups zébrées. En attendant que des VCs tentent le pari zèbre, on espère que de futur(e)s entrepreneur(e)s se laisseront tenter par les rayures !


LD
Ecrit par
Lilas D
Journaliste, chercheuse et consultante. Depuis Berlin, j'écris sur les enjeux sociétaux des technologies et questionne le futur que nous sommes en train de construire.
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