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Le mouvement FIRE : millionnaires et retraités à 30 ans

LD
Lilas
29 octobre 2018

Vous voulez prendre votre retraite à 30 ans et des poussières ? Rejoignez le mouvement FIRE.

Il y a comme un changement d’air chez les travailleurs de la tech. Finies les heures passées à carburer non-stop pendant des décennies pour faire plus de profits. Désormais, certains disent stop à la surenchère et adoptent une retraite plus qu’anticipée… à 30 ans. Souvent grassement payés par les start-ups pour lesquelles ils travaillent et rémunérés en stock options, ils ne flambent plus comme les prodiges de la finance des années 1990 que dépeint The Wolf of Wall Street : ils épargnent pour financer leurs vies de jeunes retraités.

Cette idée n’est pas le fait de quelques individus isolés. Depuis quelques années, le mouvement a pris de l’ampleur et s’est même doté d’un nom : FIRE, pour Financial Independence Retire Early (soit Indépendance financière – prendre sa retraite tôt).

Campfire

Retraite de privilégiés

Quand on vous dit “âge de la retraite”, immédiatement vous vous figurez une amplitude allant de la cinquantaine à la soixantaine. Logique, cela correspond à une norme respectée et reconnue par la loi dans la plupart des pays occidentaux. Pour les tenants du mouvement FIRE, l’âge de la retraite avoisine les 30 ou 40 ans voire, pour les plus chanceux, le début de la vingtaine. Pour devenir jeune retraité, c’est simple. Il faut être indépendant financièrement :  selon la règle d’usage, cela veut dire épargner 25 fois le montant nécessaire à vos dépenses annuelles.

C’est simple, mais ce n’est pas forcément accessible à tous. “Le mouvement FIRE concerne des personnes privilégiées. Pour beaucoup de personnes, se poser ces questions est très éloigné de leur quotidien. Il y a un vrai problème de disparité des revenus et certaines personnes ne parviennent même pas à atteindre un revenu suffisant pour survivre. Donc il est certain que la faculté de décorréler salaire et dépenses est souvent un privilège”, explique Liz Thames, auteure du livre Meet the Frugalwood: Achieving Financial Independence Through Simple Living. Si vous avez la chance d’avoir un revenu qui vous permet d’épargner, il y a quelques mesures nécessaires à prendre.

En effet, si l’on parcourt la littérature détaillant les étapes nécessaires à ce changement de vie, il est clair qu’il ne s’agit pas de personnes qui haïssent leur métier, mais plutôt d’individus passionnés, déterminés et qui ont envie de ne plus se soumettre à la pression d’un travail. En effet, il faut faire preuve de détermination pour adapter un style de vie plus frugal : épargner assez pour devenir autosuffisant pendant des années, même quand on gagne bien sa vie, ce n’est pas évident. Il faut tout de même souligner que ce cheminement n’est pas accessible à tous. En plus de ne pas être à la portée de tout le monde, il y a également des règles à suivre pour thésauriser rapidement.

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Du baba-cool à l’optimisation fiscale

Depuis l’émergence du mouvement, plusieurs communautés ont émergé à l’intérieur de la galaxie FIRE. Parmi elles, il y a LeanFIRE, dont les membres prônent une frugalité de vie et un détachement du matériel, les BaristaFIRE, qui choisissent de travailler à temps partiel chez Starbucks pour bénéficier de l’assurance maladie de l’entreprise, ou encore les fatFIRE qui ont un mode de vie moins économe et investissent leurs économies sur les marchés financiers. Ces groupes se retrouvent sur les forums du site Reddit pour échanger des conseils pour économiser rapidement ou optimiser leurs taxes. En un sens, leurs préoccupations font écho avec le mouvement hippie des années 1960 et 1970, dont les adeptes prônaient un retour à la terre et à une vie plus simple. Comme le souligne le New York Times, ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’une des bibles de FIRE, Your Money or Your Life, a été écrit par Vicki Robin, qui a participé à l’âge d’or du summer of love. Le livre enseigne à ses lecteurs comment réduire les dépenses, et les enjoint à donner une priorité au temps plutôt qu’aux gains matériels. “Notre but était à l’époque de faire baisser la consommation pour sauver la planète, il ne s’agissait pas de faire en sorte que quelques personnes quittent leur travail. Les adhérents du FIRE sont beaucoup plus intéressés par les chiffres et fascinés par les différentes manières de maximiser l’optimisation fiscale”, explique-t-elle. Un choc des cultures qui se vérifie quand on épluche les fils de discussions sur Reddit, où chacun parle de niche fiscale et s’échange les meilleures solutions pour réduire ses coûts fixes.

Le travail n’est plus un objectif en soi

Les motivations de celles et ceux qui décident de rejoindre l’aventure FIRE sont très différentes. Mais ce qui les relie ce sont des préoccupations profondément contemporaines : le travail n’est plus une fin en soi. En effet, malgré une situation confortable et une carrière passionnante, celles et ceux qui planifient leur mini-retraite décident de donner priorité à leurs vies ou à leurs projets personnels. Ce changement de paradigme est le croisement de deux causes : la génération millennial a besoin de sens au travail tandis que le type de travail offert devient de plus en plus désincarné dans une économie digitalisée.  L’anthropologue David Graeber a récemment théorisé cette tendance en appelant ces métiers des “bullshit jobs”. FIRE serait alors la réponse des travailleurs privilégiés, qui ont trouvé une manière de plier le système à leurs intérêts personnels. Les autres, moins chanceux, devront peut-être attendre la mise en place du revenu universel pour que le travail devienne non pas une fin en soi, mais un choix.

Pour aller plus loin :

Un article du New York Times qui a interviewé les personnes qui ont sauté le pas
Les questions des lecteurs du New York Times sur les aspects concrets de FIRE


LD
Ecrit par
Lilas D
Journaliste, chercheuse et consultante. Depuis Berlin, j'écris sur les enjeux sociétaux des technologies et questionne le futur que nous sommes en train de construire.
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