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Hacke ta ville

Philothée
Philothée
11 juin 2018

Le mouvement du “bottom-up” cher au monde de l’entreprise se répand dans les villes : un peu partout, des citoyens prennent sur eux de rendre les rues plus sûres, plus belles et plus inclusives. Une forme de prise de pouvoir ultra-locale, à la fois esthétique et politique.

“Le hacking est la seule manière de rendre nos villes circulaires, durables et ouvertes.” Lors d’une conférence pendant l’édition 2018 de re:publica, l’artiste, économiste et activiste allemand Lars Zimmerman défendait ainsi son projet The City is Open Source: “le hacking a pour objectif de donner une toute nouvelle raison d’être à un système en y apportant quelques modifications mineures. En réinventant l’usage de ce qui est déjà là. Cela pourrait être un moyen de transformation durable, à la fois économiquement et écologiquement.” Hacker sa ville, c’est en altérer les composantes pour qu’elle serve mieux ceux qui l’occupent.

Les guérillas du vélo

L’un des domaines dans lequel cette créativité citoyenne s’exprime est celui de la mobilité, et plus précisément des vélos. Comme le rapporte le Guardian, un peu partout dans le monde, des “guérillas” de cyclistes s’attellent à résoudre des problèmes d’infrastructure pour faciliter la pratique du vélo. Parmi les exemples cités par le journal, il y a cette communauté de riverains de San Francisco qui, excédée par deux accidents mortels de cyclistes, a créé ses propres pistes cyclables, démarquées par des cônes de circulation et des fleurs. La municipalité a ensuite choisi d’en transformer quelques-unes en pistes permanentes.

Ailleurs, on crée ses propres passages piétons pour forcer les voitures à ralentir : à Vancouver et à Cysoing (Nord), des passages en 3D ont été mis en place, et au Royaume-Uni, la Environmental Transport Association a mis au point des passages en linoléum recyclé, suite à de nombreuses plaintes de parents qui n’avaient pas été écoutées par les autorités locales. À Berlin, le designer Florian Born a mis au point un système baptisé Auto-Complain : il se compose d’une part d’une app qui détecte les nids-de-poule et envoie leur emplacement aux services de voirie, et d’autre part d’une bombe de peinture attachée à la roue arrière du vélo, qui signale automatiquement les emplacements dangereux aux autres cyclistes.

Fleurir la ville

Historiquement, le hacking citoyen s’est aussi beaucoup déployé autour des espaces verts et des petites friches urbaines. Dès les années 1970, à New York, des mouvements de “guerrilla gardening” se glissaient à la nuit tombée dans des espaces délaissés pour les cultiver. Vers le milieu des années 2010, le mouvement est soudain devenu à la mode. Le créateur de mode Ron Finley se fait connaître en plantant des tournesols et des bananiers devant chez lui, avant d’investir de petites parcelles dans des parcs, écoles et centres d’hébergement de personnes SDF un peu partout dans Los Angeles. La designeuse américaine Vanessa Harden invente des gadgets dignes de James Bond qui, fixés à la cheville, permettent de discrètement creuser un trou et planter une graine dans le sol.

L'un des engins de "High-Tech Guerrilla Gardening" de Vanessa Harden

Et le Britannique Richard Reynolds, auteur de On Guerrilla Gardening, “donne des couleurs à des endroits indésirables”, comme le résume joliment le Guardian, en se levant la nuit pour planter des fleurs sur les ronds-points de Londres.

C’est poétique, mais c’est aussi politique : si Ron Finley plante des bananiers dans son quartier, c’est d’abord pour alerter sur le fait que l’agriculture locale reste encore inaccessible pour beaucoup de monde.

Hacker pour faire société

Car le hacking urbain est aussi un hacktivisme : il s’agit de promouvoir une vision de la ville plus durable, ouverte et circulaire, pour reprendre les mots de Lars Zimmermann, mais aussi parfois de lutter contre certaines formes de développement urbain. Le designer français Geoffrey Dorne, auteur du livre Hacker Citizen, explique ainsi au Monde qu’il préfère la “low city” à la “smart city” : “Je conçois la réappropriation de l’espace urbain dans le temps long et le temps lent, je la vois comme une décélération. Le fait de s’arrêter, déjà, c’est se réapproprier l’espace, c’est regarder. Et si plusieurs personnes s’arrêtent, alors elles sont ensemble.”

Son livre, financé sur Kickstarter en 2016, est une collection d’idées DIY pour encourager les citoyens à “faire société” : le designer y explique comment se  fabriquer un bonnet pour “aveugler” les caméras de surveillance, transformer les paniers de basket en “poubelles sportives” pour encourager à ne pas jeter dans la rue, faire d’un simple banc un véritable abri ou encore confectionner des “bombes de graines” à jeter un peu partout pour revégétaliser la ville. Entre idées ludiques et franchement politiques, il s’agit de “ne pas oublier qu’être citoyen, ce n’est pas seulement voter.”

L'abri-banc de Geoffrey Dorne. Photo Makery.

Et vous, connaissez-vous d’autres initiatives de hacking citoyen ? Ça nous intéresse !

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Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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