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Pour innover, pensez à la science-fiction !

Philothée
Philothée
5 mars 2018

Et si on vous disait que le meilleur moyen pour une entreprise de préparer son avenir était d’écrire de la science-fiction ?

En 2012, Ari Popper lâche son poste de dirigeant dans le marketing internet pour lancer SciFutures, une entreprise qui “utilise le prototypage de science-fiction pour accélérer l’innovation”. Dit plus simplement, SciFutures produit des récits de science-fiction pour le compte d’entreprises qui veulent imaginer le futur de leur industrie pour mieux s’y préparer. Six ans plus tard, elle compte Visa, Ford, Pepsi, Samsung et l’OTAN parmi ses clients.

Les vertus de la science-fiction dans le monde de l’entreprise commencent en effet à être reconnues. Si l’armée américaine y a recours depuis plusieurs décennies, les entreprises plus classiques se sont longtemps montrées timides face à un genre qu’on a tendance à réduire aux engins spatiaux et aux extraterrestres. Mais c’est en train de changer.

Rétroprévision et laboratoire stérile

Pour lancer sa boîte, Ari Popper s’est fondé sur un constat assez limpide : “les entreprises dépensent souvent de l’argent pour prédire comment le monde va changer, et la fiction spéculative se livre déjà à ce genre de prédictions : peut-être que l’une pourrait être mise au service des autres”, résume un article du New Yorker. La fiction spéculative – le fait de tirer les fils du monde d’aujourd’hui pour imaginer celui de demain – permet en effet de remettre en perspective certains enjeux, et à l’entreprise de se positionner par rapport à eux. C’est ce que Robert Suarez, de la Singularity University, appelle “retrocasting”, ou “rétroprévision” : on imagine le monde en 2040, puis en 2035, en 2030, etc. pour comprendre quelles sont les étapes qui mènent à cette transformation. Mais la science-fiction permet aussi de tester des idées. La grande auteure américaine de science-fiction Ursula K. LeGuin dit ainsi joliment au magazine Smithsonian : “le futur est un laboratoire sûr et stérile dans lequel on peut essayer des idées. C’est un moyen de penser la réalité.” Pour le consultant et écrivain de science-fiction Eliot Peper, “en présentant des réalités alternatives plausibles, les histoires de science-fiction (…) révèlent la fragilité du statu quo et la malléabilité du futur.” Au fond, parler du futur, c’est d’abord parler du présent.

Bien sûr, certains auteurs de science-fiction ont devancé la réalité : Tintin a marché sur la Lune seize ans avant Neil Armstrong ; Arthur C. Clarke avait imaginé en 1964 qu’un jour on pourrait communiquer instantanément avec tous nos amis, où qu’ils soient ; William Gibson a inventé le terme “cyberespace” en 1984 ; le Communicateur de Star Trek a inspiré le téléphone portable à son inventeur. Etc., etc., etc. Pourtant, la science-fiction n’est pas de la prédiction, proclament en choeur les experts, d’Eliot Peper à Alvin Toffer. Elle est surtout utile parce qu’elle nous permet de repenser notre perspective sur le monde, de remettre en cause nos présupposés. En ce sens, c’est un outil formidable de créativité. “Source d’inspiration, outil de storytelling, la science-fiction débride les esprits, stimule l’imagination, nourrit la pensée latérale. Les entreprises ont tout à gagner à développer ce type d’approche”, s’enthousiasmait déjà en 2009 une équipe de consultants de Bearing Point dans un article publié dans L’Expansion Management Review.

De l’intérêt de produire ses propres histoires de science-fiction

Reste à savoir comment s’y prendre. Certaines ont recours aux services d’auteurs qui leur produisent des histoires sur mesure, comme SciFutures. Dans ce cas, l’écueil est souvent que les entreprises ne souhaitent que des happy ends, et se préoccupent moins de plausibilité que du fait qu’on leur dise que leur entreprise aura toujours du sens quand on vivra sur Mars. D’autres entreprises, comme Google, Microsoft, Apple, Disney ou Tesco, embauchent des auteurs de science-fiction comme consultants, qui imaginent les usages futurs de certains produits, par exemple. Le romancier Cory Doctorow, qui a aussi travaillé dans l’industrie informatique, estime que c’est la même approche que celle d’“un architecte qui crée une visite virtuelle d’un bâtiment” : “J’ai participé à des discussions d’ingénieurs dans lesquelles on finissait par se demander ce que ça serait d’utiliser le produit, et la fiction peut être un moyen d’avoir cette expérience.”

Mais l’approche la plus fructueuse serait peut-être pour les entreprises d’élaborer elles-mêmes leurs histoires. Avec le projet “Tentation de l’espace”, développé avec le designer Philippe Stark, Vuitton a ainsi imaginé les montres et malles qui pourraient prendre place à bord d’une fusée. Comme le disait Michel Pébereau, alors président de BNP Paribas, dans Les Échos en 2001, “la démarche de l’auteur de science-fiction ressemble vraiment à une démarche entrepreneuriale. Le raisonnement qui consiste à dire ‘où allons-nous nous retrouver si je pose tel postulat’, c’est la question que se pose l’entrepreneur à chaque instant de sa vie professionnelle : ‘où sera l’entreprise dans deux, trois, cinq, dix ans, si je prends une telle décision ?’” Écrire son propre futur permet non seulement de s’y préparer, mais aussi de le façonner. En tant qu’auteur, “vous avez l’occasion d’influencer le développement d’une technologie qui a du sens pour vous. Au minimum, vous savez que votre histoire va être lue par quelqu’un qui a le pouvoir de décider d’investir et de développer un produit”, fait valoir Ken Liu, un auteur à succès qui écrit pour SciFutures. En faisant de la science-fiction, on change vraiment le monde.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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