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Innover pour les personnes sans abri

Philothée
Philothée
15 avril 2019

En Finlande, aux États-Unis et en France, des solutions pour les personnes sans abri mettent l’accent sur le lien social et le logement d’abord.

“Je me suis rendue compte que ma vision du problème des sans-abri était sous-tendue par une espèce d’idéologie qui était un peu fataliste. (…) Pour moi, c’était une sorte de fatalité les sans-abri dans le pays, comme le lierre sur les maisons : on a une société, on a des sans-abri. Cette idéologie est absurde, ce n’est pas une fatalité.” Fin mars 2019, en pleine promotion d’un spectacle qu’elle se préparait à donner au profit de la Fondation Abbé Pierre et de l’association Les Enfants du Canal, l’humoriste Blanche Gardin mettait des mots sur ce qui pèse peut-être le plus sur le problème du mal-logement dans les pays dits développés : une forme de résignation.

Pourtant, il existe des solutions pour aider les personnes SDF à sortir de la rue, qui ont été testées avec succès notamment en Finlande, aux États-Unis et en France. Yellow a donc voulu faire le point sur les innovations à destination des personnes sans-abri.

Recréer du lien dans les situations d’urgence

Comme le dit Blanche Gardin, quand on parle d’aider les personnes qui vivent à la rue, on pense souvent à des solutions d’urgence : fournir une couverture, un repas chaud, une place en foyer, etc. Certaines innovations visent à rendre ces gestes de solidarité plus faciles. C’est le cas notamment de l’application Entourage et du réseau Le Carillon, deux initiatives françaises. La première a pour but d’outiller les riverains pour les aider à créer un lien avec les sans-abri de leur quartier, en complément des travailleurs sociaux et des associations. La deuxième fédère les commerçants disposés à fournir des services aux personnes SDF, comme l’accès à une trousse de secours, un micro-ondes, Internet, un chargeur pour leur portable, un verre d’eau ou un repas, etc. Les membres du réseau affichent dans leur vitrine les pictogrammes correspondant aux services proposés, ce qui permet aux personnes dans le besoin de savoir que l’établissement est bienveillant à leur égard. Une assurance non négligeable : selon une étude menée par BVA et Emmaüs, 83% des personnes sans-abri se sentent rejetés par les commerçants et les passants.

Entourage comme Le Carillon mettent l’accent sur l’importance du lien social, et ce n’est par hasard : “La solution au problème des sans-abri, ce n’est pas uniquement le logement. C’est la communauté”, affirme Jim Greene, directeur de la commission des hébergements d’urgence de Boston. Son organisation est partenaire de la start-up américaine Miracle Messages, qui a une idée aussi simple que belle pour recréer des liens sociaux autour des personnes SDF (et parfois les aider à retrouver un logement) : leur permettre de reprendre contact avec les proches qu’elles ont perdu de vue. Miracle Messages propose aux travailleurs sociaux d’enregistrer un court message vidéo de leurs clients s’adressant à leurs proches, puis de tenter de les retrouver. La start-up, dont le slogan est “Everyone is someone somebody’s”, veut lutter contre ce qu’elle appelle la perte du “foyer social (social home)” : “Sans soutiens particuliers, les personnes sans-abri tendent à le rester.” Elle a déjà aidé plus de 200 personnes à retrouver leur famille, et parfois à s’installer avec elle.

Le logement d’abord

Car évidemment, l’objectif, c’est que ces personnes n’aient plus à vivre dans la rue. Mais cette manière de voir les choses n’est peut-être pas la plus efficace : en réalité, le logement ne doit pas être un but final, mais plutôt la toute première étape sur le chemin de la réinsertion sociale. C’est ce que défend notamment la Finlande, qui a mis en place dès 2007 un programme d’aide aux sans-abri baptisé Housing First. “Il existe toute une série de raisons pour lesquelles une personne peut perdre son logement, comme la perte d’un emploi, une crise familiale, une très grave addiction ou des problèmes de santé mentale. La plupart des politiques d’aide aux sans-abri partent du principe que les personnes doivent résoudre ces problèmes avant de pouvoir obtenir un logement durable”, résume un article du World Economic Forum. “La Finlande fait l’inverse : elle leur donne un logement d’abord.” L’idée, c’est que régler ses problèmes est plus facile quand on a un toit au-dessus de la tête.

Et ça marche : tous les centres d’hébergement d’urgence finlandais, devenus obsolètes, ont été transformés en logements de plus longue durée. Pour parvenir à ce résultat, le pays a construit un partenariat étroit entre l’État, les mairies, les associations et les travailleurs sociaux. Et a acheté des appartements et construit des immeubles. “Tout ça coûte de l’argent. Mais l’expérience d’autres pays montre qu’il coûte toujours moins cher d’essayer d’éradiquer la crise du logement plutôt que de simplement la gérer”, explique Juha Kaakinen, CEO de l’entreprise sociale Y-Foundation.

Les associations à la pointe

En attendant des politiques nationales de cette ampleur, certains s’organisent pour mettre en place le logement d’abord. Là, les associations sont en première ligne. En France, la Fondation Abbé Pierre finance en moyenne 600 logements par an dans le cadre du programme Toits d’abord. L’association Toit à moi, elle, achète carrément des appartements (financés par des donateurs, qui donnent en moyenne 20€ par mois) : elle en a déjà acquis plus d’une vingtaine, et a ainsi pu loger une cinquantaine de personnes. Celles-ci sont ensuite accompagnées par des bénévoles et des travailleurs sociaux afin de retrouver un emploi et de se réintégrer dans la société.

L’approche du Housing First démontre en tous les cas une chose : innover, ce n’est pas forcément mettre au moins une nouvelle solution technologique — quoique plusieurs villes des États-Unis aient réussi à sortir tous leurs SDF de la rue grâce à un logiciel baptisé Built for Zero, qui leur permet d’agréger et d’analyser les données sont elles disposent sur les personnes sans abri afin d’offrir une réponse rapide et adaptée à leurs problèmes. Parfois, innover, c’est revenir aux racines du problème. Et si le problème est l’absence de logement, la première réponse est peut-être d’en fournir un.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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