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Uber-interdiction

Faut-il interdire Uber?

Aymeric Raoult
Aymeric
29 janvier 2016

Faut-il interdire Uber ? Telle est la question posée par Usbek & Rica au cours de son Tribunal pour les générations futures, le 15 décembre dernier.

Avec une mise en scène reprenant les codes d’un jugement, cette conférence-spectacle permet de poser clairement les sujets qui font débat : le statut des chauffeurs, l’optimisation fiscale d’Uber, la disparition programmée des chauffeurs, les “promesses” de la Uber économie. Sur le banc des “accusés”, Grégoire KOPP, directeur de la communication d’Uber France. Sur le banc des “témoins” : Gilles BABINET, Digital Champion pour la France auprès de la Commission européenne, Bruno TEBOUL, auteur d’un livre intitulé « Ubérisation = économie déchirée ? » et Sophie BINET, Secrétaire Générale Adjointe de l’UGICT (les ingés, cadres et techs de la CGT).

Tour à tour, “procureur” et “avocat de la défense” animent la session pour relever les arguments pour et contre. En voici une synthèse augmentée de quelques sources.

10K chauffeurs génèrent des revenus grâce à l’application

Uber, ou “l’organisation décomplexée du travail”

En travaillant avec un pool de chauffeurs au statut d’indépendant, Uber est accusé de salariat déguisé. Derrière la promesse de haut revenu et de flexibilité du travail de ses chauffeurs, Uber crée une relation déséquilibrée avec ses “partenaires” : lien de subordination, pouvoir de “déconnexion” en cas de mauvaise performance, achat et entretien du véhicule à la charge du chauffeur … et diminution des tarifs de manière unilatérale. Un modèle qui favoriserait la précarisation des travailleurs et une remise en cause du système de protection sociale.

Face à ces arguments, la défense met en avant le rôle positif d’Uber pour l’emploi : 10 000 chauffeurs génèrent des revenus grâce à l’application, et 25% d’entre eux seraient d’anciens chômeurs (dont ? de longue durée). Uber donne les moyens à ces personnes de “retrouver une raison d’être, de la fierté”.

uber-kick
Taxis vs Uber : la guerre est déclarée

Sur la diminution de tarif, Uber se défend de vouloir diminuer les revenus de ses chauffeurs. Et pour cause : son revenu y est directement corrélé(1). Derrière cette décision, il faut se référer au concept économique d’élasticité-prix : quand le prix diminue, la demande augmente (à quelques exceptions près). Avec cette diminution, Uber vise à facturer jusqu’à 40 minutes (contre 20 aujourd’hui, et 10 pour les chauffeurs de taxi) : une décision qui augmentera mécaniquement le revenu horaire des chauffeurs(2) (et celui d’Uber).

Uber, ou la technique fiscale du sandwich hollandais

(3) En pratiquant “l’optimisation” fiscale via ses filiales hollandaises, Uber est économiquement parlant un “passager clandestin” : l’entreprise tire parti des infrastructures françaises (les routes notamment) sans contribuer, à hauteur de ses moyens, à leur financement.

Sur ce terrain, la défense souligne qu’il est logique que l’entreprise, en tant qu’entité économique, tire au mieux parti de ce que la législation européenne l’autorise à faire pour diminuer ses charges.

Le procès de la Uber économie

Mai 2014, Travis Kalanick expliquait pourquoi le service Uber coûtait cher : c’est parce que l’on doit payer pour “l’autre gars” dans la voiture (a.k.a “le chauffeur”(4)). En 2020 (plus probablement en 2025/2030), cela ne sera plus qu’un lointain souvenir grâce aux véhicules autonomes. En investissant massivement sur ce sujet, la critique adressée à Uber est qu’après le salariat, c’est désormais le travail lui-même qu’il cherche à faire disparaître(5) !
Doit-on arrêter de créer des emplois aujourd’hui sous prétexte que demain ils pourraient disparaître ? C’est l’esprit de la réponse apportée à cette critique.

uber-voiture-autonome
Quand Uber rencontre la voiture autonome

Notes :
(1)Le modèle économique d’Uber repose sur un pourcentage prélevé sur le montant de la course.
(2)Pour prouver à ses partenaires que la décision leur est bénéfique, Uber a garanti leur chiffre d’affaires pendant 6 semaines
(3)Comprendre le sandwich hollandais.
(4)“The reason Uber could be expensive is you’re paying for the other dude in the car. When there is no other dude in the car, the cost of taking an Uber anywhere is cheaper,” (Source)
(5)En 2025, 3 millions d’emplois sont menacés par l’automatisation (Source).


Aymeric Raoult
Ecrit par
Aymeric Raoult
Responsable innovation pour le Groupe La Poste.

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