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Blockchain

La blockchain sécurise le contenu de vos assiettes

Philothée
Philothée
15 octobre 2018

La technologie blockchain est utilisée par des start-ups comme par les géants de l’agroalimentaire pour garantir la traçabilité du contenu de nos assiettes.

Le 8 octobre 2018, après dix-huit mois de test, IBM lançait en fanfare IBM Food Trust, une plateforme qui utilise la blockchain pour permettre aux consommateurs de connaître l’exacte provenance et toute la chaîne de production des aliments qu’ils achètent. Cette annonce a fait pas mal de bruit en France, où Carrefour a annoncé adhérer à l’initiative, rejoignant ainsi les grands groupes agroalimentaires présents dès la phase de test comme Nestlé, Unilever et Walmart. Carrefour avait déjà, au mois de mars 2018, lancé sa première initiative blockchain avec un poulet d’Auvergne entièrement traçable grâce à un QR code sur l’étiquette.

IBM Food Trust est probablement la plus large initiative basée sur la blockchain lancée à ce jour, en-dehors du champ des crypto-monnaies. Certes, les géants de l’agroalimentaire ne sont pas les premiers à se pencher sur les possibilités offertes par la blockchain en termes de traçabilité, puisque plusieurs start-ups oeuvrent déjà sur ce créneau. Mais leur implication est révélatrice : désormais, les consommateurs exigent une traçabilité parfaite, et Carrefour, Nestlé et tous les autres ne peuvent plus se permettre de ne pas répondre à ces attentes.

ADN numérique et certification du thon

Il n’est pas nécessaire de s’étendre sur les scandales à répétition que l’industrie agroalimentaire a eu à essuyer ces dernières années : les lasagnes au cheval de Findus, le scandale Lactalis, les oeufs européens contaminés au fipronil l’été dernier, les 29 000 tonnes de viande de boeuf rappelées aux États-Unis fin septembre par crainte d’une contamination à la salmonelle… Sans compter les préoccupations liées aux conditions sociales et environnementales de production de la nourriture. Bref, l’industrie agroalimentaire s’est régulièrement trouvée mise en cause, et doit désormais montrer patte blanche.

Or, la blockchain offre des possibilités inédites en termes de traçabilité : elle “permet de construire un écosystème avec de multiples participants, différent d’une base de données partagée. Elle permet aussi l’intégrité de la donnée, personne ne peut la changer dans le temps”, comme l’explique à l’AFP Cosme de Moucheron, vice-président et responsable du partenariat avec Carrefour chez IBM. Ce sont d’abord des start-ups qui se sont engouffrées dans le créneau. La britannique Provenance teste ainsi l’utilisation de la technologie sur le très controversé cycle de vie du thon d’Indonésie : les pêcheurs envoient un SMS à chaque prise, ce qui lui donne une identité numérique qu’il est ensuite possible de suivre jusqu’à l’arrivée du poisson sur les tables japonaises. Arc net, elle aussi britannique, dote chaque produit d’un ADN numérique lié à un QR code présent sur l’emballage, qui permet à l’application mobile d’afficher l’historique complet de l’aliment. En France, mentionnons Connecting Food, qui vérifie que “ce que la marque ou le retailer ont choisi, décidé et déclaré à leurs consommateurs, est exactement ce qu’il y a dans l’emballage ou dans le produit vendu”, explique le cofondateur Stefano Volpi à VoxLog. De son côté, l’organisme de certification Bureau Veritas expérimente un projet autour de la traçabilité du thon avec la start-up Stratumn.

“La traçabilité à la vitesse de la pensée”

Avec le lancement de IBM Food Trust, les multinationales rejoignent donc un secteur certes débutant, mais qui est en train de se structurer. Leur principale préoccupation est la sécurité alimentaire et la restauration de la confiance des consommateurs. En effet, d’après une enquête réalisée par TNS-Sofres, “en 2016, 79 % des Français jugent probable le risque que les aliments nuisent à leur santé.” Et ils n’ont sûrement pas tort : selon l’Organisation Mondiale de la Santé, une personne sur dix dans le monde tombe malade chaque année à cause de produits alimentaires contaminés, et plus de 400 000 personnes en meurent. Or, comme l’explique à Forbes Brigid McDermott, la vice-présidente de IBM Food Trust, “nous utilisons le terme ‘chaîne d’approvisionnement’, mais nous savons tous que ce n’est pas vraiment une chaîne. Il n’y a rien de linéaire dans la manière dont la nourriture nous est fournie — c’est un réseau d’entreprises, revendeurs et fournisseurs qui sont tous interconnectés.” Mieux comprendre ce qui se passe à chaque noeud de ce réseau est le meilleur moyen d’identifier les possibles sources d’erreurs et de contaminations, et de cibler les produits à retirer du marché.

Les membres de IBM Food Trust ne sont pas les seuls à s’intéresser au sujet. Fleury Michon dit y travailler, ainsi que Danone. Dans une interview accordée en juillet 2017 à L’Usine Nouvelle, Emmanuel Faber, PDG de Danone, affirmait ainsi : “Il y a dans la blockchain un potentiel pour aller jusqu’à l’hectare, voire la semence, avec des opportunités évidentes. (….) On pourrait avoir un outil extraordinaire de traçabilité qui rende la question de la transparence quasiment caduque !” Frank Yiannas, vice-président de Walmart en charge de la sécurité alimentaire, s’enthousiasme dans une vidéo promotionnelle : “Nous pouvons retracer l’origine des produits alimentaires jusqu’à la source en 2,2 secondes. C’est la traçabilité alimentaire à la vitesse de la pensée.”

La fin du gaspillage et des silos

Mais le même déclare aussi : “Je pense que les bénéfices en termes de sécurité alimentaire ne sont que la partie émergée de l’iceberg. Un tiers de toute la nourriture produite est gaspillée. IBM Food Trust peut nous permettre d’optimiser l’efficacité de la chaîne d’approvisionnement pour réduire le gaspillage alimentaire dans les magasins comme à la maison.” La lutte contre le gaspillage est en effet l’un des focus de la plateforme, avec le développement durable et la fraîcheur des produits. À terme, la blockchain devrait permettre de garantir que les produits qui se présentent comme bio ou commerce équitable le sont vraiment et, de manière plus large, de s’assurer que la nourriture est produite dans des conditions de travail décentes.

Enfin, l’utilisation de la blockchain dans l’alimentaire promet de réinventer en profondeur la manière dont cette chaîne-qui-n’en-est-pas-une fonctionne : “l’abandon des silos et l’approche collaborative qui sont requis des entreprises participant à ces plateformes donne un aperçu des business models du futur, qui seront distribués et fondés sur des réseaux”, analyse Forbes. Un monde où chacun ne protège plus jalousement les informations de son business : ce temps-là est révolu.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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