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La réalité virtuelle : une nouvelle opportunité pour la presse ?

Deborah Larue
Deborah
19 mai 2017

Presse et Réalité virtuelle ont ils un avenir en commun ? l’évolution des formats numériques laisse à penser que oui, mais que cela peut-il changer pour les médias ?

Dépassée, trop partie prenante, vieillissante… soyons francs, la presse n’a pas vraiment la côte en ce moment. Et la transformation numérique difficile de certains médias ne l’aide pas à redorer son image auprès de lecteurs de plus en plus exigeants et surtout, de mieux en mieux informés grâce à aux réseaux sociaux notamment. Pour certains, la réalité virtuelle pourrait représenter un signal de renouvellement fort pour la presse. Alors demain, tous porteurs d’Oculus ? On fait le point pour vous.

On ne va pas réécrire l’histoire, car depuis qu’en 2015, Frenchweb écrivait “la diffusion papier chute, la progression du numérique ne satisfait personne “, rien n’a vraiment changé. La presse internationale continue sa quête d’audience et – depuis les dernières élections américaines, de légitimité – en se demandant si oui ou non il faut accélérer sur le numérique, si oui ou non il faut passer sur Snapchat ou encore si l’écrit doit disparaître au profit de la vidéo.

La Réalité virtuelle, porteuse d’émotion donc d’engagement

Mais alors que certains sont bloqués sur ces questions, d’autres ont compris que la technologie et plus particulièrement la réalité virtuelle pourrait peut-être les aider à passer un cap et à partir à la conquête du monde moderne. L’une des premières avoir été au bout de sa réflexion est la journaliste Nonny de la Peña, que beaucoup présentent comme la marraine de la réalité virtuelle. Dès 2012, elle utilise cette technologie pour dénoncer les pratiques d’une banque alimentaire à Los Angeles. Pour cette journaliste engagée, la réalité virtuelle “ne représente pas nécessairement l’avenir de la presse, mais représente une véritable nouvelle approche et technique journalistique capable de faire comprendre, appréhender et toucher du doigt un contexte particulier.” C’est dans cette optique qu’elle a réalisé en 2014 Project Syria, une expérience immersive pour faire comprendre aux leaders d’opinion la situation en Syrie.

Nonny de la Peña n’est pas la seule journaliste à avoir utilisé la réalité virtuelle pour dénoncer la guerre. En 2015, avec le projet The Enemy, Karim Ben Khelifa propose une nouvelle conception du journalisme, plus immersive. Il propose en effet  aux spectateurs de s’immerger dans une scène de guerre réelle, afin de mieux en comprendre les enjeux. En ce sens, la réalité virtuelle fait la part belle à l’émotion. Plus que l’information pure, elle tend à instaurer la compréhension voire l’engagement.

Est-ce qu’un parisien confortablement installé sur son canapé réagira de la même manière s’il regarde un reportage TV sur la guerre en Syrie ou s’il se retrouve lui-même entre deux combattants prêts à tuer ? Probablement pas. Et c’est sur cette dimension psychologique de la réalité virtuelle que Karim Ben Khelifa compte pour fédérer le public autour d’une information. Notons que son projet a été adoubé par les médias puisque The Enemy a été soutenu par le CNC Nouveaux médias, le Tribeca Film Institute et la Soros Foundation (plus connue sous le nom “Open Society Foundations”). Il a également été sélectionné au New Frontiers Lab du Sundance Institute.

Pour Bryan Lufkin, journaliste à Gizmodo, “il est difficile de nier l’impact émotionnel” que peut avoir ce mode de traitement de l’information, toujours plus réaliste. Pour Molly Swenson, chief operating officer de RYOT : “La VR nous offre l’opportunité de voir le monde à travers une nouvelle paire d’yeux ; vous voyez, entendez et êtes de manière sensationnelle présents dans un moment, un endroit, une communauté différente de la vôtre. La VR fait tomber les barrières comme rien d’autre.”

Quand les grands médias se mettent à la réalité virtuelle

Grâce à des initiatives comme celles de Nonny de la Peña et de Karim Ben Khelifa, les grands médias ont vite compris que la réalité virtuelle était une opportunité de se renouveler. En 2016, le New York Times a ainsi envoyé à ses abonnés un Cardboard permettant d’accéder à son application nytvr et de pouvoir ainsi bénéficier de contenus exclusifs. L’opération a été une réussite et le journal propose régulièrement des expériences de réalité virtuelle à ses lecteurs. Une manière de ne pas inciter les lecteurs à venir à l‘information, mais de faire venir l’information à eux en les englobant totalement dans un processus. Ainsi, le spectateur fait partie de l’action, dans une nouvelle façon de raconter une histoire. “Vous ne pouvez pas vraiment filmer de manière traditionnelle pour de la réalité virtuelle, explique Graham Roberts du New York Times au site Gizmodo. Les spectateurs ont besoin de s’orienter par eux-mêmes, vous devez leur laisser le temps de regarder tout autour, d’explorer les expressions des gens.”

Même discours du côté du Los Angeles Times, qui  a récemment envoyé les internautes sur Mars avec son site Discovering Gale Crater.

En France, réalité virtuelle est souvent synonyme de vidéo 360°. Ce qui en soit est très différent. En effet, alors que la réalité virtuelle nécessite par exemple le port d’un casque pour être au coeur de l’action, dans une vidéo 360°, le spectateur a juste besoin d’un écran qu’il va orienter pour voir l’intégralité d’une scène. Un dispositif plus simple  mais qui est déjà annonciateur d’une certaine volonté d’innover. Au Monde, on a ainsi pu découvrir l’été dernier “Le Hellfest comme si vous y étiez”.

Chez Euronews, on se calque sur le New York Times pour proposer une élection présidentielle française version Réalité Virtuelle. Et ça change !

La réalité virtuelle, une technologie de riches ?

Quand on sait qu’un casque Oculus compte en moyenne 600 dollars – même si le casque Oculus Gear VR offert avec les portables Samsung et mieux adaptés pour ce type de contenus ne coûtent “que” 100 dollars – et que l’accès à réalité virtuelle passe par ce type d’outils, on peut effectivement se poser la question de l’intérêt de cette technologie pour toucher une audience plus large. Toujours du côté du New York Times, les journalistes ne sont pas trop inquiets puisqu’ils comptent sur l’attrait de la nouveauté, sur le fait que le public soit avide de nouvelles expériences et surtout, sur son Cardboard susmentionné. Ce dernier, en carton, est à monter soi-même pour un coût de (seulement) 23 dollars.

Pourtant, la question est sur toutes les lèvres et comme l’explique Corey Key, vice president of digital, corporate marketing and research de Discovery Communications :  “les gens vont continuer à consommer de l’information, le plus rapidement, efficacement et de la façon la plus accessible (ce qui veut souvent dire la plus abordable) possible. Tant que les reportages VR ne seront pas disponibles facilement, la VR n’est pas prête de remplacer les autres formats.”

Mais alors, nouveau format pour la presse ou pas ?

Je suis allée interroger Stephen Fozard, spécialiste du sujet et directeur de GAMI (Global Alliance for Media Innovation), qui a pour objectif de mettre en réseau les professionnels de l’information, les startups et les responsables de laboratoires de recherche du monde entier, dans le but de faire face au défi des nouveaux médias.

DL : Quelle est actuellement la place de la réalité virtuelle dans la presse ?

Stephen Fozard : La Réalité Virtuelle est une des nouvelles technologies qui apparaît comme une opportunité pour tous ceux qui font ce qu’on appelle du “storytelling”. Comme dans le monde du cinéma, comme dans l’univers des jeux vidéos par exemple, les journalistes racontent d’une certaine manière une histoire et dans certains cas, la technologie peut améliorer l’expérience de l’utilisateur.

De nombreux médias ont déjà commencé à explorer le champ des possibles avec la VR.

Le Monde, New York Times, Associated Press (l’équivalent de l’Agence France Presse aux États Unis), Euronews, etc. Il faut préciser qu’on parle surtout ici de vidéo 360°.

Nous pensons comme de nombreux médias qu’un certain nombre de reportages, de sujets, se prêtent très bien à la vidéo 360° et ajoute une vraie dimension émotionnelle pour celui qui regarde.

DL : La semaine dernière, vous avez co-organisé le ‘VR Journalism Masterclass’ lors du Sommet Mondial de la VR à Crans-Montana, en Suisse. Pourquoi ce type d’événements est important ?

SF : Notre objectif était d’apporter un éclairage particulier sur le journalisme et la réalité virtuelle : quels sont les opportunités, challenges, etc. Et peut-être de contribuer à démocratiser un phénomène encore trop méconnu.

Pour cela, nous nous sommes associés au Forum Mondial de la Réalité Virtuelle et à l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de l’université de Neuchâtel en Suisse.

Un peu comme le fonctionnement d’un hackathon, nous avons invité 3 groupes constitués chacun de 3 journalistes et d’un étudiant en journalisme pour les faire travailler pendant 3 jours sur des sujets prédéfinies. En amont, l’AJM avait fait tout le travail de préparation des sujets (VTT en Montagne autour de Crans Montana par exemple) pour que les groupes puissent se concentrer sur la production d’un reportage en vidéo 360°.

Le but était de pouvoir présenter les 3 productions 360° sur la scène de la conférence à la fin de 3 jours. Le défi était de taille, mais nous avons réussi à obtenir de chaque groupe une excellente production prête à être visionnée.

DL : Alors, la réalité virtuelle va-t-elle contribuer au renouvellement de la presse ? 

SF : Ce que je sais, c’est qu’il y a de plus en plus de prestataires techniques spécialisés en VR qui captent des concerts, des événements sportifs ou des manifestations en tout genre… De mon point de vue, il n’y a aucune raison que la presse ne tire pas son épingle du jeu dans ce domaine.

Je pense en outre que certains sujets s’y prêtent parfaitement. Un reportage sur un lieu géographique, touristique, une visite virtuelle ou un concert, par exemple où le spectateur est en immersion, va être sublimé par la VR.

Certains autres sujets se passent de commentaires, il se vivent. Je pense notamment aux grands conflits mondiaux. Le visionnage d’une zone de guerre sera émotionnellement plus forte grâce à un reportage immersif.

Autre exemple non moins intéressant : un débat politique. La réalité virtuelle a un intérêt limité, sauf quand elle passe par une vidéo 360° grâce à laquelle on peut voir les réactions de tous les intervenant. Ici, c’est le spectateur qui a un contrôle total sur ce qu’il voit et cela change la donne.

En conclusion…

La presse ne va pas connaître un sursaut soudain parce qu’un pourcentage de lecteur a acheté un casque et s’est mis à regarder des reportages en réalité virtuelle. Mais celle-ci peut en effet aider le secteur à poursuivre son processus de renouvellement. Il est plus que jamais nécessaire que la presse s’adapte aux nouveaux usages et aux nouvelles attentes du public.


Deborah Larue
Ecrit par
Deborah Larue
Déborah Larue a 10 ans d'expérience en storytelling de marque. En parallèle, elle écrit des articles prospectifs pour divers médias dont Spanky Few, son propre magazine en ligne lancé en 2011.
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