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La science derrière la science-fiction

Philothée
Philothée
26 novembre 2018

La science et la science-fiction dialoguent de manière plus ou moins réaliste, mais il s’agit toujours de nous faire réfléchir sur le progrès.

Vous êtes-vous déjà demandé s’il était vraiment possible de recréer une atmosphère sur Mars, comme dans Total Recall ? Ou s’il est crédible qu’Ant-Man puisse changer de taille à sa guise ? Est-ce que des monstres de la taille de Godzilla pourraient réellement exister ?

Ces questions, et bien d’autres, ne sont pas que des préoccupations de cinéphiles sceptiques : pour l’astrophysicien Roland Lehoucq et le paléontologue Jean-Sébastien Steyer, elles sont aussi un moyen d’établir un rapport différent aux sciences.

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La Science fait son cinéma (éditions du Bélial’, octobre 2018)

Considérer les films de science-fiction comme des documentaires

Dans un livre récemment publié, La Science fait son cinéma (éditions du Bélial’, octobre 2018), les deux scientifiques compilent des chroniques publiées dans le trimestriel Bifrost, au cours lesquelles ils explorent la science derrière une dizaine de films de science-fiction. L’idée n’est pas de démonter les prémices techniques, physiques ou biologiques des œuvres, mais au contraire de les prendre au sérieux : il s’agit de considérer chaque film “comme une sorte de documentaire, et ses images comme factuelles. Il devient alors l’énoncé d’un exercice intéressant et soulève de nombreuses questions : cette planète est-elle réaliste ? Pourquoi cet extraterrestre possède-t-il trois paires d’yeux ? Comment fonctionne ce vaisseau spatial ?”, expliquent les auteurs dans l’introduction du livre.

Roland Lehoucq est déjà un grand habitué de la vulgarisation scientifique par le prisme de la fiction et de la science-fiction : dès 2003, il publie D’où viennent les pouvoirs de Superman ? Suivront Mais où est donc le temple du soleil ? Enquête scientifique au pays d’Hergé (avec Robert Mochkovitch, 2003), Faire de la science avec Star Wars, (2005), SF : la science mène l’enquête (2007) et La SF sous les feux de la science (2012). Ce nouvel ouvrage s’intéresse plus précisément au cinéma. Gravity, Interstellar, Ant-Man, Seul sur Mars, mais aussi The Thing, Prometheus, Godzilla ou Premier Contact : à partir de ces films, Roland Lehoucq et Jean-Sébastien Steyer abordent des sujets comme la survie sur une autre planète, l’évolution des espèces extraterrestres, les lois de la physique que l’on peut (ou pas) défier, etc. On y apprend par exemple, comme ce journaliste du Monde, que si on accepte “l’idée qu’Ant-Man puisse supprimer une grande partie du vide présent dans la matière et ainsi se contracter jusqu’à atteindre la taille d’un insecte”, il ne pourrait en revanche pas se déplacer avec la légèreté de Paul Rudd dans le film : “ce Lilliputien d’un nouveau genre a en réalité conservé sa masse initiale (…) : 75 kg moins du vide font toujours 75 kg…”

En théorie, Ant-Man pèse bien trop lourd pour cet insecte

“Parler aimablement de choses compliquées”

Certains films en prennent un peu plus pour leur grade, comme Prometheus, de Ridley Scott, qui malmène la science dans tous les sens. Les auteurs critiquent notamment le fait que le réalisateur “soutient tout au long du film la thèse selon laquelle l’évolution des espèces est bien un processus naturel mais régulé ou contrôlé par Dieu”, et l’omniprésence de “références religieuses qui flattent sans doute un public américain très croyant mais qui véhiculent des idées totalement fausses sur l’évolution.”

Car prendre la science-fiction au sérieux, c’est aussi penser les visions du monde qu’elle véhicule. Et pour porter une vision du monde qui tienne la route — même si l’on parle de divertissement dans lequel c’est toujours le spectacle qui prime –, il faut avoir un minimum de rigueur scientifique. Roland Lehoucq a une jolie formule : faire de la science-fiction, qui est une manière de faire de la vulgarisation, c’est “parler aimablement de choses compliquées”.

La SF, un labo de réflexion sur le progrès

Comme il l’expliquait dans une longue et passionnante interview avec Les Arpenteurs, la SF est “une expérience de pensée sociale, un laboratoire de réflexion sur le progrès. C’est tout son intérêt : la SF est la seule littérature qui tient compte du progrès scientifique et technique. Elle parle de science et ses ‘merveilles’, mais aussi, voire surtout, de ses conséquences.” Bien sûr, elle peut parfois inspirer les avancées techniques : l’astrophysicien cite en exemple l’ascenseur spatial, une idée proposée en 1960 par le scientifique russe Youri Artsunatov et rapidement abandonnée, que l’auteur Arthur C. Clarke met en scène dans Les Fontaines du paradis en 1978. “Avec ce roman, l’ascenseur spatial est devenu un sujet de réflexion.” C’est aussi de la science-fiction que proviennent les termes scientifiques de “téléportation” et “terraformation”. La seconde idée est reprise par le scientifique Carl Sagan dans les années 1970. “On sait aujourd’hui penser la terraformation et de nombreux articles ont été publiés au sujet de celle de la planète Mars. La boîte à outils mentale existe” notamment grâce à la science-fiction.

L'ascenseur pour l'espace de Arthur C. Clarke

Mais la science-fiction est la plus utile quand elle “pose des questions sociales et éthiques sur ce qu’impliquent les découvertes.” Elle nous force à interroger la notion de progrès technique : est-il forcément synonyme de progrès humain ? Quelles sont ses conséquences sociales ou environnementales ? Quel monde construit-il ? Pousser à son terme la question “Et si ?” permet d’imaginer l’avenir que l’on est en train de créer — et de savoir si c’est vraiment celui-là qu’on veut. En un sens, voir un film de science-fiction, c’est faire un exercice de prospective. Vous y penserez la prochaine fois que vous irez voir un film sur la conquête spatiale au cinéma.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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