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Licorne

La Silicon Valley, victime de l’emballement ?

LD
Lilas
9 avril 2018

Et si les portefeuilles de la Silicon Valley étaient des proies faciles pour les “fake startups” ?

La Silicon Valley et ses histoires mythiques de startups valorisés en millions de dollars en une journée font tourner les têtes dans le monde entier. Il n’y a pas un entrepreneur qui ne rêve de faire fortune une fois son pied posé dans la Mecque de l’innovation.

Pourtant, là-bas, il n’y a pas que les histoires à succès de Mark Zuckerberg, Peter Thiel ou Larry Page : comme partout dans l’histoire du capitalisme, on trouve aussi des flops, échecs cuisants et arnaques. Mais ces derniers temps, ces échecs cuisants et médiatiques s’accumulent et interrogent : la Valley aurait-elle perdu pied avec la réalité ?

Juicero fait pschitt

On est en 2013 et une entreprise parvient à séduire à tour de bras les investisseurs (dont Alphabet) avec une machine à jus high-tech. Elle lève près de 120 millions de dollars malgré un prix de vente élevé : 400 dollars. Peu après son annonce, la machine est tournée en dérision. Car l’innovation de Juicero est de vendre, en plus de sa machine, des jus en morceaux empaquetés que le consommateur insère dans la machine. Sauf que voilà, ces paquets peuvent sans problème être compressés à la main. 16 mois à peine après le lancement de Juicero, journalistes et vlogueurs YouTube ridiculisent la performance du produit. Le mal est fait : en 2017, le fondateur de Juicero, Doug Evans, qui n’hésitait pas à se comparer à Steve Jobs, est amer (sans mauvais jeu de mot). Il annonce que Juicero met la clef sous la porte.

Juicero

Theranos, l’arnaque

Alors que Juicero ressemble à une campagne Kickstarter qui aurait mal tourné, Theranos est le cas révélateur d’un excès de foi béate de la part des investisseurs. En 2003, Elizabeth Holmes est présentée par les médias américains comme la nouvelle génie des laboratoires. A 19 ans tout juste, elle arrête ses études à Stanford et décide de fonder sa startup : Theranos. En l’espace de 10 ans, accompagnée d’une équipe scientifique, elle conçoit des prototypes de tests sanguins révolutionnaires. L’idée : effectuer une analyse de sang avec une seule goutte prélevée au bout du doigt du patient. En 2013, Theranos lève 400 millions de dollars, s’associe à une chaîne de pharmacies américaines et devient une licorne dont la valorisation avoisine les 9 milliards de dollars. Selon Forbes Magazine, en 2014, Elizabeth Holmes était à la tête d’une fortune de plus de 3,6 milliards de dollars, et la 6e au classement des fortunes de moins de 40 ans aux États-Unis. Sauf que dès 2015, une investigation du Wall Street Journal révèle que la promesse Theranos n’est qu’un mirage. La compagnie n’utilise pas sa propre technologie pour effectuer des tests sanguins, et pire l’entreprise a cherché à masquer les incohérences de ses tests. Début 2018, acculée devant la justice et ayant du se séparer de 340 salariés, Elisabeth Holmes reconnaît être coupable de “fraude massive” et se voit interdite de gestion d’une entreprise pendant 10 ans.

Un paradigme à réinventer

Avant Juicero et Theranos, on pourrait citer d’autres plantages un peu moins célèbres en France, comme celui de Skully, un casque intelligent financé sur la plateforme de crowdfunding américaine Indiegogo par 3000 investisseurs, ce qui avait permis à l’entreprise de lever 3 millions de dollars. En 2016, Skully déclarait être en faillite et l’on découvrait que le CEO avait utilisé tout l’argent pour ses propres besoins.

Au-delà des histoires d’escroquerie, qui n’ont pas été inventées par la Silicon Valley, les montants indécents et la confiance accordés à des projets qui s’avèrent construits sur du sable mettent les investisseurs face à leurs responsabilités. Dans un article d’opinion, le magazine tech américain Wired se demande si l’affaire Theranos n’est pas le signe que les décideurs de la Silicon Valley doivent se livrer à un examen de conscience. Le journaliste s’interroge sur la prégnance de la culture “Fake it till you make it” (“Prétends jusqu’à ce que tu réussisses”). Il rappelle que “quand Theranos fut l’objet des premières salves de critiques, certains leaders tech ont défendu fermement l’entreprise. Puis à mesure que les preuves se sont accumulées sur l’arnaque, ils l’ont présentée comme une exception.” Alors qu’elle est loin de l’être. Par ailleurs, les exemples pullulent d’entreprises qui ont réussi des levées de fonds astronomiques avant de se planter royalement : on peut citer Jawbone, une start-up de bracelets de fitness qui avait levé 900 millions de dollars en capital et a mis la clé sous la porte en 2017, le fabricant de montres connectées Pebble, la plateforme de services domestiques HomeJoy ou encore Beepi, plateforme e-commerce de voitures d’occasion. En 2017, CB Insights comptait 121 ”échecs épiques” de ce type. S’il n’y a pas toujours d’arnaque, ces énormes flops commerciaux font s’interroger sur les sommes qu’ils avaient réussi à lever.

Selon le journaliste de Wired, plus encore que des sous engagés et perdus, l’aveuglement des investisseurs représente un risque réel pour le consommateur :  si les startups se posent en alternative dans des secteurs publics comme dans la santé (comme le faisait Theranos), elles doivent être plus strictement encadrées. C’est en effet ce qui a permis à la fraude de prospérer pendant aussi longtemps : l’absence de règles strictes de contrôle des licornes, contrairement à ce qui se fait pour les entités publiques classiques. Et puisque ces entreprises prétendent changer la vie des citoyens, pourquoi ne pas justement imaginer un contrôle par un comité citoyen ?


LD
Ecrit par
Lilas D
Journaliste, chercheuse et consultante. Depuis Berlin, j'écris sur les enjeux sociétaux des technologies et questionne le futur que nous sommes en train de construire.
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