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Lab Postal 2019 : Ignition vers le futur

Philothée
Philothée
28 juin 2019

Les 19 et 20 juin 2019, le Lab Postal a fêté ses dix ans à Paris, avec près d’une trentaine d’intervenants et le double de projets. Yellow Vision a embarqué dans la capsule et vous livre ses impressions en direct de l’espace.

3…2…1… Ignition ! À l’arrivée à l’Élysée Montmartre, dans le 9e arrondissement de Paris, on est accueilli par des jeunes gens en combinaisons métalliques, nimbés dans une fumée blanche (un reste du décollage ?). En haut de l’escalier, dans la grande salle, des hologrammes bluffants de netteté annoncent les prochaines conférences et diffusent des vraies-fausses pubs du futur. Sur des portants et mannequins, des vêtements munis de LED caméléons ou de délicates constructions en 3D préfigurent la street fashion de demain. High tech et low tech se rencontrent dans un jeu de flipper qui, à la fin de la partie, imprime un dessin en couleurs primaires, à chaque fois différent. Dans le coin Yellow Innovation, un très chic Vélo électrique et connecté fait saliver les cyclistes urbains, tandis que les pixels animés des Monimalz mettent des couleurs plus douces dans cet univers métallique et blanc.

Le cadre est posé : s’il s’agit bien de fêter les dix ans du Lab Postal, rien ici n’est tourné vers le passé. On regarde résolument vers l’avenir. Le thème de l’événement, “Ignition”, est prétexte à une ambiance délicieusement rétro-futuriste, entre fantasmes de science-fiction et innovations résolument ancrées dans le présent. Au centre de la pièce, un catwalk en forme de rampe de lancement fait furieusement penser à l’esthétique d’un 2001 : Odyssée de l’espace.

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Le storytelling, nouvelle pierre angulaire de l’innovation

C’est cette rampe de lancement, justement, qui fait le lien avec la salle attenante du Trianon, toute en moulures dorées et velours rouge (magnifique, mais pas très futuriste) : avant d’entrer sur scène, chaque speaker arpente le podium face caméra. Le public le voit sur l’écran avant de l’applaudir en vrai, accueilli par la présentatrice Carole Tolila et le journaliste Thierry Keller, animateurs de ce Lab Postal 2019.

Ici, la tâche de l’auteure de compte-rendu se complique : on a assisté à une dizaine d’interventions et réalisé presque autant d’interviews — qui donneront lieu à des articles plus approfondis par ici, stay tuned –, et donc emmagasiné un foisonnement d’idées qu’il n’est pas évident de résumer. Quelques points saillants, quand même. D’abord un accent très fort mis sur le storytelling, indispensable en ces temps où innover ne suffit plus : il faut raconter une histoire qui donne du sens à ce que l’on fait, qui embarque les autres avec soi. C’est ce que raconte l’athlète et entrepreneur Taïg Khris qui, après la fin de sa carrière de champion de roller, a redoublé d’ingéniosité pour se reconvertir. Il raconte comment il a convaincu Carrefour de commercialiser une gamme de papeterie à son effigie, puis la Mairie de Paris de le laisser sauter de la Tour Eiffel et du Sacré-Coeur, puis tout son entourage d’investir dans sa dernière aventure, Onoff, une app qui permet de se créer des numéros de téléphone dans le cloud (et dont nous vous parlerons très bientôt). L’architecte Arthur Mamou-Mani, qui a conçu le grand temple du festival Burning Man l’année dernière, livre une vision très humaine et empathique de l’architecture, qu’il souhaite “cyclique et émotionnelle, proche de l’âme et non pas forcément fonctionnelle”. L’écrivain et spécialiste en cyber-sécurité Guy-Philippe Goldstein invente un jeu dans lequel des faux VC choisissent dans quelle start-up de l’espace investir, afin de montrer le pouvoir d’une histoire bien racontée et portée par une équipe petite mais solide.

Gillian Ferrabee, ancienne du Cirque du Soleil dont elle a dirigé le Media Lab, décortique la manière dont on élabore des expériences qui changent réellement la vie des gens, en faisant appel à leur intelligence, leurs émotions, et surtout à tous leurs sens à la fois. Pour elle, le storytelling idéal, c’est une expérience qui engage tout le corps, dans un monde si complet qu’on ne doute pas qu’il existait avant qu’on y pénètre. C’est à peu près mot pour mot ce que dit Anne Blondel-Jouin, VP Open Innovation Accelerator d’Ubisoft, quand elle évoque la nouvelle direction éditoriale du géant breton du jeu vidéo : “les mondes sont autant d’invitations au voyage, ils sont systémiques, ils sont vivants et le joueur a un impact sur eux.” Et ça marche dans les deux sens : “Le jeu vidéo peut aussi enrichir la vie des joueurs.”

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Superposer les mondes

C’est là le deuxième enseignement qu’on tire de ce Lab Postal : les mondes virtuel et physique, la technologie de pointe et la low tech, rien ne s’oppose. Tout se rencontre, dialogue, se superpose. C’est l’un des dadas d’Arthur Mamou-Mani, qui conçoit ses bâtiments grâce à ses propres logiciels d’architecture paramétrique. Un “nouveau courant de pensée” dans lequel il s’agit de “laisser des architectures grandir dans son ordinateur à partir de paramètres structurels, environnementaux, liés aux matériaux, à la robotique, aux systèmes de fabrication”, nous explique-t-il. En clair, une fois ces paramètres entrés dans le logiciel, le “bâtiment se conçoit de lui-même”. Pour l’architecte-développeur fan d’IA et de robotique, son travail est un moyen de “rendre ces technologies plus accessibles et compréhensibles”, de faire voir à chacun que, grâce à elles, on peut influer sur notre environnement et s’y reconnecter.

En duplex de New York, la psychologue Célia Hodent, qui a travaillé sur le blockbuster du jeu vidéo Fortnite, explore aussi cette relation entre virtuel et réel, et la manière dont notre environnement influe sur notre comportement. Elle explique comment les designers de jeux prennent en compte nos limitations cognitives (sur la perception, la mémoire, l’attention) pour atténuer les frictions qui ne sont pas prévues par le jeu. Mais elle s’attarde aussi sur les biais cognitifs et sociaux dont il faut prendre conscience pour “créer un environnement plus équitable et inclusif et améliorer l’UX” pour les utilisateurs. “Si vous souhaitez que les gens changent leur comportement, réfléchissez à comment modifier leur environnement”, invite-t-elle.

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Innover avec bienveillance

Philippe Mihelic, directeur de l’innovation et de la création chez Yellow Innovation, fait un constat assez similaire dans son intervention sur les laboratoires en innovation : le maître-mot de l’innovation, désormais, c’est “bienveillance”. La “recherche de sens et d’authenticité” qui anime la société doit se retrouver dans un design respectueux des gens. Pour Philippe Mihelic, ce principe s’articule en trois piliers : pas de superflu (concevoir des objets utiles, qui s’intègrent dans le quotidien), pas de produits addictifs, et une approche centrée sur les utilisateurs plutôt que sur le marketing. À l’arrivée, des objets et services réellement utiles à la vie des gens : “À quand le label du produit bienveillant ?”, imagine-t-il.

Et puis les deux jours du Lab Postal se finissent avec une surprise, qu’on nous promettait depuis le début : un défilé de mode franchement spectaculaire. Sur la rampe de lancement, une vingtaine de jeunes modèles se succèdent, portant les créations du styliste Jeffrey Duranville, avant de monter sur scène. Des trenchs, des robes fendues, du bleu, du jaune, du vert. En surimpression, sur l’écran du Trianon, un “scan” analyse l’inspiration de ces pièces : ce vestiaire so 2019 est en effet une réinterprétation de 100 ans d’uniformes de postières et postiers. À l’image du Lab Postal, le défilé de mode qui le clôture regarde vers le passé pour nous parler du futur. Et c’est très beau.

Avant de clôturer à notre tour ce compte-rendu, on pourrait encore vous parler de la passionnante master class de l’astrophysicien et philosophe Étienne Klein sur l’origine de l’univers, de la force et de l’émotion de la championne de karaté Laurence Fischer quand elle parle de son travail de reconstruction par le sport avec des femmes victimes de violences sexuelles ou conjugales, de nos conversations sur les mérites respectifs de l’utopie et de la dystopie avec l’écrivain Guy-Philippe Goldstein, de l’enthousiasme d’Arthur Mamou-Mani pour les possibilités ouvertes par la technologie pour le design circulaire et le cradle to cradle. On pourrait, mais on préfère vous donner rendez-vous bientôt sur Yellow Vision, pour tout plein d’articles qui donneront à ces vastes sujets la profondeur qu’ils méritent. En attendant, on espère que vous voici aussi inspirés que nous !

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Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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