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leCupboard : une startup s’attaque à la malbouffe américaine

Sébastien Louradour
Sébastien
18 septembre 2017

Manger sain et équilibré est encore loin d’être une réalité pour la plupart des américains. Une startup française s’est engagée dans la croisade du bien manger à San Francisco.

Mettre des mots sur les raisons qui ont conduit la société américaine à glisser en quelques décennies vers une alimentation dictée par l’industrie alimentaire est toujours passionnant. Comprendre ce qui pourrait la conduire à enfin s’en échapper l’est tout autant. Entretien avec Lamiaa Bounahmidi, CEO de LeCupboard et qui veut rompre pour de bon avec la malbouffe.

Pour leCupboard, mieux manger n’est pas une idéologie, c’est un impératif. Un impératif en matière de santé, car les taux d’obésité et de diabète aux Etats-Unis sont toujours sur une courbe ascendante, et un impératif écologique car notre régime alimentaire basé sur la viande n’est plus durable à l’échelle de la planète.

L’enjeu pour leCupoard est donc de créer des recettes qui permettent de combattre ces deux problématiques. Pour cela, ils ont imaginé des plats complets réalisés sans viande.

Le défi est double : prouver que l’on peut s’alimenter sans carences avec des plats sans protéines animales, et démontrer qu’un repas ainsi préparé peut être bon.

leCupboard, distributeur intelligent de repas frais, installé dans l'espace de co-working Parisoma
leCupboard, distributeur intelligent de repas frais, installé dans l'espace de co-working Parisoma

 S’alimenter : une science… naturelle

Pour Lamiaa Bounahmidi, l’alimentation est un sujet aussi sérieux que la santé. Quant on sait que près de 80% des maladies sont liées à l’alimentation, on peut comprendre. Alors que la santé est bâtie sur une science très précise, l’alimentation est bâtie sur très peu de réflexions sur sur ce que le corps doit assimiler pour bien fonctionner. Pour autant, Lamiaa ne veut pas non plus tomber dans le travers du repas préparé dans un laboratoire et contenu dans une gélule. L’idée est au contraire de respecter les produits et de renforcer leurs propriétés nutritionnelles grâce à des procédés naturels. Les fruits et légumes sont ainsi sélectionnés auprès de fermes ayant mis en place des méthodes de permaculture offrant aux aliments des propriétés nutritionnelles plus riches. Dans le même esprit, les noix utilisées dans les plats sont préalablement macérées afin d’offrir le meilleur de leur qualités nutritionnelles.

Dans l’enfer du Future of Food

Pour autant, leCupboard ne veut pas s’inscrire dans les modes alimentaires locales : veganisme, gluten-free, etc. Il faut dire que dans la ville des champions de la tech, The future of Food, comme on l’appelle ici, commence à prendre de l’ampleur, et ses extrémités également. The Impossible Burger par exemple est un burger fait sans viande mais à base de tissus végétaux issus du soja qui reproduisent l’hémoglobine donnant au final l’impression de vraiment manger de la viande. Apétissant non ? Récemment, ce restaurant de San Francisco a été pointé du doigt par des associations environnementales car il produisit des OGM dont les molécules n’ont pas été validées par les autorités sanitaires. Si le risque sanitaire n’a pas été avéré, il n’en reste pas moins que tout le monde n’a pas nécessairement envie d’avoir des produits de laboratoire dans son assiette.

Dans une autre veine moins saignante, Soylent a pour objectif de proposer dans une bouteille de 33 cl un repas complet. Vous avez bien lu, la nourriture du future est liquide avec un goût unique et se boit fois par jour. Pratique pour les développeurs qui n’ont pas de temps à perdre devant un repas et en ont marre de manger des pizzas midi et soir, mais on a quand même connu plus convivial.

Ces expérimentations alimentaro-environnementalistes ont, vous l’aurez deviné, un peu moins d’avenir au pays des 1 000 fromages, mais dans un pays comme les Etats-Unis où l’alimentation est davantage perçue comme transactionnelle, ces startups arrivent à énormément faire parler d’elles.

L’Amérique peut-elle remonter la pente de la malbouffe ?

Certains chiffres liés à la façon dont les américains s’alimentent peuvent rendre inquiet. Par exemple, un foyer américain passe en moyenne 20 min à préparer un repas : ce chiffre indique qu’un repas n’est presque jamais réalisé sans produits uniquement frais : des aliments surgelés ou en conserve accompagnent généralement les repas apportant leur part de produits trop salés ou trop gras. Le lait consommé aujourd’hui aux Etats-Unis contient généralement un infime pourcentage de graisse. Pour autant, la crème ainsi retirée du lait n’est pas jetée, mais massivement ré-utilisée par la très puissante industrie de la pizza. Les pizzas sont ainsi saturées de fromages ultra gras qui sont présents jusque dans les pâtes elles-mêmes. Dans l’industrie agro-alimentaire américaine, rien ne se perd, et tout finit toujours dans votre assiette.

Pour autant, une prise de conscience commence à se ressentir. Initiée par les grandes villes cosmopolites comme San Francisco, ou une volonté de mieux s’alimenter est très présente par exemple. D’autres facteurs tendent à penser que la mode des fast food commence à perdre en vitesse. MacDonald compense sa perte de vitesse aux Etats-Unis par les pays en développement ou l’enseigne arrive encore à véhiculer une image occidentale branchée.

Cette tendance pourrait laisser penser que dans les années qui vont venir, un mouvement issu des Etats-Unis et orienté vers une alimentation plus saine pourrait arriver à se diffuser à travers le monde, notamment dans les pays sensibles à l’influence culturelle américaine.

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Un distributeur intelligent de repas 

Partant du principe que les plats proposés doivent respecter les ingrédients, les plats de leCupboard sont simples et vont à contre-courant des nouvelles modes alimentaires. Pas de farines à base de maïs (donc gluten-free) car il est trop compliqué de se fournir en farines de maïs sans OGM, apports en protéines limités aux besoins journaliers, graines et noix pour apporter des micro-nutriments qui font défaut dans des produits tels que Soylent.

Les plats préparés le jour même sont proposés à la vente dans un mobile Cupboard, un distributeur automatique de plats testé actuellement dans plusieurs espaces, dont l’espace de co-working Parisoma. Une interface permet de préciser la façon dont on souhaite s’alimenter : perdre du poids, avoir un boost d’énergie, respecter un régime particulier (sans gluten, sans noix, etc.). Une application permet par ailleurs de réserver son plat préféré pour être sûr de l’avoir après son meeting calé à 11h30.

Selon Laamia, si l’on additionne le temps de préparation et la sélection des produits, un plat leCupboard réalisé soi-même peut coûter deux fois plus cher. Il faut dire que tout a été pensé pour réduire les coûts : les repas sont par exemple servis dans des plats en verre que l’on restitue dans la machine. Au final, le prix de 10 dollars en moyenne pour un repas respecte, voire n’atteint pas, les prix moyens constatés à San Francisco pour un plat comparable.

Le choix de San Francisco : pouvoir tester facilement

San Francisco, vous l’aurez compris, est un laboratoire géant pour les expérimentations alimentaires. Cet écosystème mondial de l’innovation n’a en effet pas peur de tester, d’échouer et de réitérer. Pour l’instant, une quinzaine de salariés travaillent à la fois pour développer l’activité de la startup et pour tenir la cuisine et réaliser les plats chaque jour.

A ce stade, la startup qui a été crée en 2013, a levé 2,2 millions de dollars et mise sur un départ réussi aux Etats-Unis pour ensuite se développer dans de nouveaux pays, notamment en France : à suivre donc !


Sébastien Louradour
Ecrit par
Sébastien Louradour
Rédacteur en chef de Yellow Vision, je décrypte les dernières tendances, essaye d'écouter les signaux faibles et de rendre l'ensemble compréhensible pour tous. Contactez-moi, j'échangerai avec plaisir !
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