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L’engagement en entreprise : mode d’emploi

LD
Lilas
10 décembre 2018

Face au “burn out” ou au “bore-out”, les entreprises prennent de plus en plus en compte le bien-être physique et mental de leurs salariés, notamment en accompagnant ceux qui sont en quête de sens dans l’engagement. À quoi ressemble cette nouvelle entreprise ?

Donner du “sens” à son quotidien professionnel serait la grande aspiration des 18-35 ans d’aujourd’hui selon la journaliste Émilie Vidaud, comme elle l’expose dans son livre The Social Calling. Finis les “jobs à la con” décrits par le sociologue britannique David Graeber : aujourd’hui, les jeunes actifs fuient les métiers qui ne riment à rien, ils veulent une activité ou un travail qui a un sens.

Ce nouveau paradigme transforme le rôle de l’entreprise dans la société et dans la vie même de ses salariés. Dans certains cas l’entreprise fait évoluer les conditions de travail des salariés, dans d’autres elle transforme carrément sa mission. Voici quelques exemples.

Quand le bonheur devient une injonction au travail, est-il un vecteur d'émancipation?
Quand le bonheur devient une injonction au travail, est-il un vecteur d'émancipation?

Des employés heureux, vraiment ?

Chez Google comme chez d’autres ténors de la Silicon Valley, comme AirBnb ou Facebook, on mise tout sur la qualité des heures passées au bureau : entre babyfoots, salles de sieste ou massages, tout est fait pour assurer le bien-être des employés. Mais ces programmes de bien-être, si caractéristiques de l’économie start-up, sont pourtant aujourd’hui sujets à controverse. Alors que les grandes entreprises américaines ont massivement investi dans divers équipements et activités — cours de nutrition, de sport, de yoga, jusqu’à l’accompagnement à l’arrêt du tabac — les résultats en sont mitigés. En effet, il semblerait que ce genre de programmes bien-être ne profite qu’aux employés déjà en bonne santé, et pas à ceux qui en auraient le plus besoin. L’impact sur la productivité n’est lui non plus pas toujours confirmé.
Chez les start-ups, le modèle de management “heureux” à tout prix est aussi écorné. Le thème de la “dictature du bonheur” dans l’entreprise a été introduit dernièrement par plusieurs ouvrages, comme Happycratie des chercheurs Eva Illouz et Edgar Cabanas, ou Bienvenue dans le nouveau monde de l’ex-startupeuse Mathilde Ramadier. Des limites et travers qui montrent qu’assurer le bien-être de ses équipes est une entreprise importante et complexe, qui ne peut pas se résumer à l’installation d’espaces de sieste. Il s’agit en fait surtout d’être capable d’identifier les aspirations individuelles et collectives des salariés, et de s’y adapter.

Extrait du site internet de la start-up Vendredi
Extrait du site internet de la start-up Vendredi

L’entreprise à objet social

Pour mieux comprendre les envies de leur salariés, les entreprises peuvent par exemple s’adjoindre les services de start-ups comme Zest Me up. Cette dernière propose une application web et mobile, qui recueille en temps réel les feedbacks des salariés, leur humeur, leurs idées, et les fait remonter aux RH et aux managers. Cela permet de donner des retours concrets sur les directions à prendre pour l’employeur. L’entreprise peut aussi décider d’agir sur sa mission même et sur ses valeurs, éléments indispensables pour susciter l’engagement de ceux qui y travaillent. C’est en partie pour cela que de nombreuses entreprises ont fait des efforts de définition de leur responsabilité sociétale, allant parfois jusqu’à l’inscrire dans leurs statuts. Entre autres, ce qu’on appelle aujourd’hui une Société à Objet Social Étendu (SOSE) définit la recherche d’un impact positif de l’activité de l’entreprise sur les salariés, les fournisseurs, les clients ou une communauté, voire sur l’environnement. Les parties prenantes sont incluses aux processus de décision, et les salariés impliqués dans la gouvernance de l’organisation, ce qui renforce leur sentiment d’appartenance et les rend acteurs des transformations que vit l’entreprise. Cette affirmation du rôle sociétal que joue l’entreprise par la définition de valeurs communes donne aux salariés de nouvelles raisons d’être fiers de leur travail… et plus motivés.

S’engager pour une cause


Parce que tout ne se joue pas dans l’enceinte de l’entreprise, de telles aspirations peuvent également être soutenues par un engagement en dehors du travail quotidien. Ainsi, certains salariés qui en font la demande auprès de leur comité d’entreprise peuvent effectuer des missions en “pro bono” pour certaines associations, ou même dédier un jour par semaine à une association, comme le propose la startup Vendredi. Aux Etats-Unis, la jeune pousse américaine Loqules s’est spécialisée dans l’organisation d’expériences / programmes en mettant en relation communautés et entreprises. Par son intermédiaire, les comités d’entreprise de Salesforce, Uber, Citibank et Facebook ont tous décidé de nouer un partenariat avec une association humanitaire locale, répondant aux demandes de leurs salariés.

En bref, bye bye le modèle de l’entreprise qui ne fait valoir qu’un montant sur une fiche de paie pour attirer les talents. Aujourd’hui, les nouvelles recrues attendent davantage de l’entreprise et de leur employeur, sans que cela n’étouffe complètement leur vie personnelle. En cela, une entreprise qui comprend, soutient et intègre les modes d’engagement auxquels aspirent ses salariés devient plus attractive : parce qu’elle est capable, au sein même du travail, de leur permettre de répondre à leur quête de sens, et d’équilibrer vie professionnelle et aspirations personnelles.


LD
Ecrit par
Lilas D
Journaliste, chercheuse et consultante. Depuis Berlin, j'écris sur les enjeux sociétaux des technologies et questionne le futur que nous sommes en train de construire.
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