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Les animaux qui détectent des maladies

Philothée
Philothée
19 février 2019

Pour détecter les cancers, le diabète, la tuberculose ou encore la maladie d’Alzheimer, les animaux sont peut-être plus efficaces que tous nos tests médicaux.

Des États-Unis au Zimbabwe en passant par la France et la Tanzanie, des animaux au flair ultra-développé sont dressés pour détecter toute une série de maladies humaines : cancers du sein, des ovaires, du poumon ou de la prostate, maladies de Parkinson et d’Alzheimer, tuberculose, malaria…

Ces animaux ne sont ni des mutants ni des organismes génétiquement modifiés. Ce sont le plus souvent des chiens, parfois des rats, voire des moucherons. Certaines études montrent que des lamas ou des pigeons pourraient aussi être mis à contribution pour détecter des maladies, mais ce n’est pas à leur odorat qu’on fait appel. Tout ça semble un peu fou ? C’est au contraire aussi raisonnable qu’efficace. On vous explique.

L’odeur des maladies

Au commencement, il y a une réalité biologique assez simple : certains animaux ont un odorat beaucoup plus développé que le nôtre. Un humain moyen possède 6 millions de récepteurs olfactifs ; un limier en a plus de 300 millions. Et le pourcentage du cerveau du chien qui est dédié à l’analyse des odeurs est 40 fois plus important que celui du cerveau humain. Les rats et souris, eux aussi, sont dotés d’un odorat très développé, tout comme les truies et les moucherons.

Autre fait peu connu : beaucoup de maladies ont des odeurs. Ou plutôt, elles altèrent l’odeur de notre sueur, de notre peau, de notre haleine. Des différences qu’un animal entraîné peut détecter bien plus facilement et rapidement que nos nez humains, ou même que nos tests médicaux. Dès 2002, des chercheurs du Monell Chemical Senses Center ont entraîné des souris à reconnaître l’odeur d’un virus responsable de tumeurs mammaires chez leurs congénères. En 2010, ils leur ont appris à distinguer la présence de la grippe aviaire dans des excréments de canards. En 2016, enfin, un groupe de chercheurs (dont un de Monell) a entraîné des souris à reconnaître l’urine de rongeurs porteurs de gènes qui favorisent l’apparition de la maladie d’Alzheimer.

Des rats dépisteurs de tuberculose

En parallèle, des chiens et des rats sont déjà utilisés pour détecter certaines maladies directement chez les humains. C’est ce que fait notamment l’ONG Apopo, fondée il y a 20 ans par le Belge Bart Weetjens : passionné de rongeurs, il savait que ces animaux étaient faciles à dresser et doués d’un odorat très développé. Après un séjour professionnel en Afrique, il s’est demandé si ces légers animaux ne pourraient pas être utilisés pour détecter la présence de mines antipersonnel. Avec un premier financement de l’université d’Anvers, il a lancé une opération de dressage de “rats démineurs” en Tanzanie.

En 2002, Apopo a étendu son activité à la tuberculose, une maladie infectieuse qui tue plus d’un personnes par an dans le monde : “En Tanzanie, la tuberculose est un très gros problème, et c’est une maladie très difficilement détectable. Or, il est possible de dresser des rats géants d’Afrique, qui sont une ressource locale, pour la détecter dans le sputum (crachat, ndlr) des patients”, nous explique Anna Bouchier, directrice exécutive d’Apopo en Suisse. Depuis, l’activité s’est étendue à l’Éthiopie et au Zimbabwe. Dans chacun des trois pays, Apopo a un partenariat avec les centres nationaux de la tuberculose : l’ONG récupère les échantillons de sputum auprès de cliniques locales et les soumet à ses rats, qui sont capables d’analyser 100 échantillons en 20 minutes. “Cela prendrait quatre jours de travail à un technicien de laboratoire”, précise Anna Bouchier. “Grâce aux rats, on arrive à trouver jusqu’à 40% de cas additionnels” qui n’avaient pas été détectés à la microscopie. “On envoie les résultats aux cliniques en 24 heures, ce qui permet de mettre les patients sous traitement le plus rapidement possible. C’est important parce que la tuberculose est très contagieuse.” En plus du déminage et de la tuberculose, les rats de l’ONG devraient prochainement être utilisés pour détecter le passage aux douanes de bois exotique et d’écailles de pangolin, l’animal le plus braconné au monde.

Un rat d'Apopo

Des chiens contre la malaria, la maladie de Parkinson et le cancer du sein

Mais dans la course au dépistage, c’est clairement le chien qui tient la corde. Comme le liste cet article du Guardian, le meilleur ami de l’homme peut savoir si quelqu’un a la malaria en reniflant ses chaussettes, détecter le cancer de la prostate dans l’urine, prévenir les pics ou les chutes de sucre dans le sang chez les personnes diabétiques, détecter la maladie de Parkinson des années même avant l’apparition des symptômes, ou encore dépister le cancer du sein dans l’haleine des femmes. En France, depuis 2016, l’Institut Curie mène le projet KDOG, dans lequel des chiens sont mis en présence de sueur humaine recueillie sur une lingette, pour apprendre à reconnaître l’odeur du cancer du sein. Au cours des six premiers mois de test, les deux chiens détecteurs en formation ont atteint plus de 90% de réussite au premier passage, et 100% au second. En 2018 se sont ouverts les essais cliniques, qui devraient durer trois ans et porter sur un panel de 1000 femmes volontaires. “La grande avancée si l’expérience est couronnée de succès, c’est que l’on pourra dépister de façon précoce une tumeur avant même de pouvoir la palper. La prochaine étape concernera le cancer des ovaires, souvent détecté trop tardivement car les signes précurseurs (saignements, douleurs au ventre) sont difficiles à repérer”, explique dans 20 Minutes Aurélie Thuleau, biologiste à l’institut Curie et chef du projet KDOG. En tous les cas, cette technique de dépistage précoce, non invasive et à très bas coût ouvre des possibilités à la fois pour les personnes en situation de handicap moteur, pour qui l’accès aux examens peut être compliqué, et pour les populations des pays en voie de développement.

Un chien entraîné à reconnaître l'odeur du cancer du sein dans le cadre du projet KDOG

Les insectes, les pigeons et les lamas en renfort

Et pour finir, un petit florilège des animaux-dépisteurs à poils, à plumes et à ailes :

  • Les abeilles : “Aujourd’hui, on utilise des abeilles pour détecter des mines”, explique à 20 Minutes Yves Le Conte, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) à Avignon. “Si un corps émet des substances chimiques détectables par l’antenne de l’abeille, il est possible, en tous cas sur le papier, d’imaginer qu’elle puisse repérer une maladie.” Une piste également évoquée par la Société américaine de chimie, selon laquelle les abeilles pourraient détecter des cancers, la tuberculose et le diabète.
  • Les moucherons : Eux aussi sont dotés d’un odorat très performant qui leur permet non seulement de détecter le cancer, mais aussi d’identifier de quel type de cancer il s’agit. Des chercheurs romains ont ainsi génétiquement modifié des moucherons pour que leurs récepteurs olfactifs s’allument quand ils sont activés, et ont observé qu’à chaque type de cancer correspond un “motif d’allumage” spécifique.
  • Les pigeons : Une récente étude de l’Université de l’Iowa montre que les pigeons peuvent être efficacement entraînés à reconnaître des cellules cancéreuses. Les chercheurs leur ont appris à faire la distinction entre des images de cellules bénignes et malignes, une compétence que les humains mettent longtemps à acquérir. Le premier jour du test, les pigeons ont eu raison dans 50% des cas. Au bout de 15 jours, ils avaient atteint les 85% d’exactitude.
  • Les lamas : Pas d’odorat cette fois, mais des anticorps présents dans le sang des lamas qui peuvent pénétrer dans le cerveau et être utilisés pour repérer si des plaques séniles (les protéines qui détruisent les neurones dans la maladie d’Alzheimer) y sont présentes. Selon une étude publiée en 2018 dans la revue Journal of Controlled Release, des tests concluant ont été déjà menés sur des souris : “L’idée, c’est d’injecter à des souris ces anticorps de lama, qui viennent se fixer sur les plaques séniles et les rendent visibles par fluorescence”, explique Pierre Lahaye, chercheur à l’Institut Pasteur, dans 20 Minutes. Cette méthode permettrait de diagnostiquer la maladie d’Alzheimer de manière beaucoup plus précoce.

Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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