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Les applis de notation font changer les industriels

Philothée
Philothée
15 juillet 2019

Les applis de notation comme Yuka ou Quelcomestic forcent les industriels à changer la composition de leurs produits et à la partager en toute transparence.

Comme plus de 8 millions de Français, vous l’utilisez déjà peut-être tous les jours : l’application Yuka qui, d’un coup de scanner, vous permet de savoir si le produit que vous vous apprêtez à mettre dans votre panier est vraiment bon pour votre santé. Celle-là ou une autre, d’ailleurs : Open Food Facts (le “Wikipédia de l’alimentation”), Quelcosmetic ou INCI Beauty pour les produits cosmétiques, Good On You (bientôt suivi par la française Clothparency) pour la mode… Les applis de notation des produits de grande consommation se multiplient, répondant aux exigences de transparence des consommateurs. Leurs critères varient, de la nutrition et la santé à l’impact environnemental, en passant par la dimension sociale de la fabrication des produits.

Selon l’institut d’études IRI France, en octobre 2018, 15 % des Français utilisaient ces applications lors de leurs courses (contre 5 % en mars 2018). Nombreux sont ceux qui y ont recours pour trouver des alternatives plus saines à leurs produits préférés qui seraient mal notés. Signe du pouvoir de prescription croissant de ces outils, les industriels commencent à s’adapter.

La transparence, nouveau “prérequis de la consommation”

“Notre objectif, c’est d’être irréprochable sur Yuka. Pour nous c’est une bonne chose car ça nous force à nous interroger, nous bouger. C’est un benchmark”, explique ainsi au Télégramme Vincent Miginiac, le directeur de l’offre chez Cofigeo, propriétaire notamment des conserves William Saurin et Raynal Roquelaure. Car l’heure est à une transparence bien plus grande que celle à laquelle les industriels nous ont habitués. Les scandales sanitaires à répétition ont créé une grande défiance de la part des consommateurs, dont l’une des conséquences directes est que la “conformité réglementaire” ne suffit plus. “Je pense que ce n’est pas en précisant que les produits cosmétiques mis sur le marché sont sûrs et que la réglementation européenne cosmétique est la plus stricte au monde que l’industrie va sortir de cette tendance qui bouleverse le marché”, écrit ainsi Céline Abad, fondatrice de l’agence de consulting CSR, dans une réponse à un commentaire sur son post LinkedIn consacré aux applis de notation des cosmétiques.

Par ailleurs les informations, quand elles sont accessibles, restent difficiles à comprendre. C’est notamment l’illisibilité des étiquettes qui a incité les co-fondateurs de Yuka à se lancer en 2017 : leur succès montre que l’appétit pour une information claire était bel et bien là. Dans Le Monde, Nathalie Damery, présidente et cofondatrice de l’Observatoire société et consommation (ObSoCo), confirme : “La transparence est en train de devenir un prérequis de la consommation, une recherche qui s’apparente à une sorte de travail d’Hercule et ne sera jamais satisfaite.”

Donner l’information soi-même

Jamais entièrement satisfaite, peut-être, mais ce n’est pas pour autant qu’il ne faut pas essayer. Les industriels ne s’y trompent pas. La première étape, pour eux, a été de s’adapter aux nouvelles demandes du public en bannissant certains produits pourtant pas illégaux : “tous les produits ‘sans’ (sans additifs, sans pesticides, sans paraben, etc.) progressent, confirmant un appétit pour le bio et le naturel. (…) Et la valse des changements de recettes et formulations s’accélère chez les grands labels comme chez les distributeurs. Suppression d’additifs et de l’huile de palme dans l’alimentaire, remplacement progressif du paraben par de l’acide lactique en cosmétique…”, retrace Le Monde. L’étape d’après, c’est de communiquer ces changements auprès du grand public. Par l’emballage et l’étiquetage, bien sûr, par la pub également, mais aussi par le biais des applications à la Yuka, qui reçoivent des mises à jour quand la composition d’un produit change.

Car après avoir vu d’un mauvais œil l’arrivée de ces applis de notation (Céline Abad écrit que certains pensent qu’elles ont pour but ultime de favoriser de nouveaux marchés, comme la cosmétique bio ou végane), les industriels veulent désormais contribuer à l’élaboration des notes. “Avec internet, le consommateur aura l’information quoi qu’il arrive. Si ce n’est pas l’industriel qui la donne lui-même, il sera contourné par d’autres moyens”, rappelle au Télégramme Eline Maurel, directrice d’étude chez Xerfi. Autant donc transmettre les informations — d’autant que certains estiment que les notes actuelles ne sont pas assez fiables.

Demain, la mode

Céline Abad déplore ainsi que l’utilisation de certains ingrédients entraîne une baisse de la note, quelle que soit la quantité employée. Du côté de l’Association nationale des industries alimentaires (Ania), on estime qu’“il faut être très vigilants sur la fiabilité des données sur lesquelles les applications mobiles se basent. Il faut avant tout se fonder sur des bases scientifiques et réglementaires. Or ce n’est pas forcément toujours le cas”, comme le déclare au Télégramme sa directrice générale, Catherine Chapalain.

Leur solution : alimenter les applications en données fiables et à jour. En novembre 2018, l’Ania, la Fondation Avril, le Fonds français pour l’alimentation et la santé (FFAS), GS1, un spécialiste du stockage de données, et la Fédération du commerce et de la distribution (FCD) ont ainsi lancé le projet Num-Alim, une super-base de données qui sera opérationnelle dans les deux ans. Son ambition : fournir aux applications une “source fiable avec des informations vérifiées et validées”. Comme le rapporte Le Monde, selon l’Ania, Num-Alim apportera même de nouveaux contenus : “Demain, vous pourrez savoir où ont été cultivés les petits pois de votre boîte, par exemple.”

La vague est désormais bien lancée dans le domaine agroalimentaire ainsi que dans les cosmétiques et, bientôt, les produits d’entretien, prochain grand chantier de Yuka. Dans les mois et les années à venir, elle gagnera très certainement la mode, vaste chantier environnemental et éthique s’il en est. Avec quelques difficultés supplémentaires, notamment le fait que de nombreux vêtements ne portent pas de code-barres et que les données sont plus difficiles à récolter qu’en lisant une liste d’ingrédients sur une bouteille de shampooing. Ce sera le grand défi de la start-up Clothparency, qui pour l’instant répertorie environ 5000 marques.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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