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Les GAFA sont-ils en train de devenir des Etats ?

Sébastien Louradour
Sébastien
3 mars 2017

Le Danemark a décidé de nommer un ambassadeur pour dialoguer avec les géants de la Tech. Et si ces derniers n’étaient finalement pas en train de devenir de véritables États ?

Sheryl Sandberg, VP de Facebook, se comporte presque en cheffe d’Etat lorsqu’elle réalise une visite en France. Mark Zuckerberg écrit un manifeste aux airs de candidature à la présidence du monde, Apple se paye la tête de l’Union européenne lorsqu’il s’agit de payer ses impôts… Que ce soit en matière de fiscalité, d’influence culturelle ou de projet d’infrastructures, les géants de la tech sont désormais des interlocuteurs incontournables de tout Etat, au point d’en devenir eux-mêmes ?

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Une quasi-souveraineté fiscale

Les géants de la Tech sont réputés mauvais contribuables, est-ce parce qu’ils considèrent n’appartenir qu’à une seule terre, celle de la Silicon Valley ? Pourtant même aux Etats-Unis, ces derniers appliquent globalement la même stratégie qu’en Europe : délocaliser les adresses dans des zones à fiscalité peu regardante. Prenons l’exemple d’Apple, l’entreprise la mieux valorisée au monde (711 Md$). Selon Business Insider, celle-ci dispose de 214 Md$ de cash reposant à l’étranger contre 16.6Md$ aux Etats-Unis. Parmi ces pays : l’Irlande.

Dans ce pays, l’Union Européenne a fait son calcul, et en août 2016 a réclamé à Apple 13 milliards de dollars. Depuis, un bras de fer s’est engagé avec la Commission européenne toujours non résolu à ce stade. Tim Cook qui essaye actuellement de négocier sa contribution à la réforme fiscale de D. Trump expliquait en octobre que la Commission européenne se comportait comme un ” total political crap” comprendre “une m***e politique complète. Côté diplomatie en revanche, on peut éventuellement considérer que la firme à la pomme a encore quelques progrès à faire…

Une influence politique et sociale globalisée

Comme le soulignait avec propos Tristan Harris dans son rapport adressé à Google sur l’influence de ses applications, les géants de la tech doivent prendre la mesure de l’influence qu’ils peuvent avoir dans la société mondialisée. Il semble que la polémique autour des fake news (les fausses informations circulant sur les réseaux sociaux) ait en particulier réveillé le CEO de Facebook, Mark Zuckerberg.

Celui-ci, a non seulement enfin pris la mesure des conséquences des fake news dans l’élection présidentielle mais a également décidé de contribuer à faire de son réseau social un espace pour aider à “bâtir une communauté globale”. Honnêtement, on en voulait pas tant.

Dans un long manifeste publié sur Facebook, le célèbre CEO n’a pas eu peur des superlatifs. Il faut selon lui dépasser les nations pour construire une communauté mondiale dont Facebook doit être “l’infrastructure sociale”. Si le terme “infrastructure”, qui est généralement de la responsabilité des Etats, est cité 24 fois dans son texte, cela ne tient pas du hasard. En outre, il appelle dans son texte à “un nouveau processus pour qu’à travers le monde, les citoyens participent à la construction collective de décisions”. Il lance d’ailleurs une petite pierre dans la marre en glissant que Facebook pourrait explorer des exemples de façons dont une gouvernance de cette communauté pourrait se constituer à grande échelle. Dans un autre contexte, cela aurait pu s’appeler une constituante.

Une vision sur le futur de l’humanité

Les géants de la tech contribuent également à construire une vision sur ce que pourrait être le monde de demain. A l’inverse, la classe politique est de plus en plus dépassée par la rapidité de l’actualité comme le souligne Yuval Noah Harari, dans un entretien donné à Wired (numéro de février). Ce dernier vient de publier un ouvrage intitulé Homo Deus: a brief hisory of tomorrow. Celui-ci s’interroge sur l’avenir de l’homme face à des machines qui seront à terme plus intelligentes que nous. Selon lui, le seul endroit où en entend parler du futur de l’humanité est dans la Silicon Valley de la part d’individus tels qu’Elon Musk et Mark Zuckerberg.

Des projets d’infrastructures à vocation mondiale

S’impatientant de voir les pays en développement toujours occupés à construire leurs routes, les GAFA ont décidé de prendre les choses en main et de se charger de diffuser eux-mêmes internet dans les zones isolées. Car aux yeux de Mark Zuckerberg, par exemple, l’accès à internet est une ressource aussi précieuse que peut être l’eau potable ou l’accès aux soins. Pour cela, Facebook et Google ont engagé d’ambitieux programmes pour s’adresser à la moitié de la population qui n’y a pas accès.

Prenons l’exemple d’Alphabet (la maison mère de Google), celle-ci a lancé il y a quatre ans le programme Loon visant à déployer des ballons capables de diffuser internet. Alphabet annonçait il y a quelques jours que grâce à des progrès dans le domaine de l’intelligence artificielle, la technologie pourrait être déployée plus tôt que prévu.

Facebook a pour sa part lancé internet.org, un programme visant à diffuser internet grâce à des drones (Aquila) volant à très haute altitude et capables de transmettre un signal internet par laser.

Mais ce n’est pas tout. Facebook vient d’annoncer qu’il allait participer au déploiement de 800 km de câbles de fibre optique en Ouganda. Cette nouvelle approche rompt quelque peu avec celle consistant à rester dans les airs et ne pas se confronter aux difficultés associées aux travaux publics. Cela démontre en outre que les GAFA n’ont désormais plus peur de s’engager dans des travaux généralement menés par les Etats eux-mêmes.

Les flux ont-ils dépassé les frontières ?

Finalement, s’il manque bien quelque chose aux géants de la tech pour ressembler à de véritable Etats, ce sont des territoire et des frontières. Mais là encore, vouloir un territoire et des frontières, c’est quand même devenu très XXème siècle. Les dirigeants des nouveaux géants de la tech n’ont pour certains pas connu la chute du mur de Berlin, et la mondialisation qui s’est construite sur les ruines de l’affrontement des blocs a été rendue possible grâce à l’avènement d’internet. Pour le reste, la troisième révolution industrielle que nous vivons, et qui pourrait se cristalliser autour de l’intelligence artificielle, donne aux géants de la tech un avantage compétitif inégalable. Au delà de l’avance technologique qu’ils ont emmagasiné depuis des années dans ce domaine, ils sont également les mieux armés pour diffuser ce nouvel or. Pour cela, ils ont ont su construire les plateformes et infrastructures indispensables pour accéder à n’importe quel service sans jamais être bloqué par une frontière (à l’exception notoire de la Chine).

Jusqu’à présent aucun grand acteur de la tech n’a affirmé vouloir concurrencer un État encore moins en devenir un. Pourtant, les indices ne cessent de s’accumuler : autonomie fiscale, infrastructures matérielles et immatérielles, volonté de rassembler les individus dans des communautés dépassant les Etats, volonté d’influencer le cours de l’histoire à travers des plans stratégiques dépassant largement le périmètre de leurs entreprises… Si le Danemark a choisi de nommer un ambassadeur dédié à ces acteurs, ce n’est certainement pas seulement parce que son PIB équivaut à la moitié de la valorisation boursière d’Apple…


Sébastien Louradour
Ecrit par
Sébastien Louradour
Analyste en stratégie pour Le Groupe La Poste à San Francisco, je suis et décrypte les dernières tendances dans la baie, du presse orange connecté à la dernière app de Google. Mes sujets du moment : intelligence artificielle, objets connectés et fintech. Mon défi à court terme : tester la Tesla model X.
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