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Utopie

Les utopies à la rescousse du futur

Philothée
Philothée
4 mars 2019

Better Worlds et Bright Mirror, ou comment les utopies nous guident pour construire un futur où on a envie de vivre.

“Un projet de science-fiction sur l’espoir” : c’est ainsi que se présente Better Worlds, un site lancé en janvier 2019 par le magazine américain The Verge pour publier une collection de nouvelles de science-fiction, ainsi que leurs adaptations audio ou vidéo. Le point commun de ces histoires : elles proposent une vision positive de l’avenir.

En France, en février 2018, Bluenove et The Future Society ont lancé une initiative similaire, mais collaborative cette fois. Sur une plateforme baptisée Bright Mirror (en contrepoint à la géniale mais flippante série d’anticipation britannique Black Mirror), les participants étaient invités à proposer des micro-nouvelles de science-fiction, avec un mot d’ordre : imaginer un “futur lumineux”. Les meilleures histoires des trois saisons (respectivement sur l’IA, les villes et territoires de demain et la démocratie) ont été publiées chez Usbek & Rica.

Chacun à leur manière, ces projets soulignent à quel point nous avons besoin de recommencer à nous raconter des histoires qui ne font pas peur.

Faire de la fiction spéculative

“La science-fiction contemporaine donne souvent l’impression d’être obsédée par une sorte de pessimisme”, écrit Laura Hudson, rédactrice en chef culture chez The Verge. “À une époque où le simple fait de lire les nouvelles est une épreuve épuisante, angoissante et effrayante, il n’est pas étonnant que la plupart de nos récits du futur soient de sombres amplifications des plus grandes terreurs de notre présent. Mais maintenant plus que jamais, nous avons aussi besoin de l’inverse : des histoires qui donnent de l’espoir.”

Si ces récits sont nécessaires, ce n’est pas seulement pour nous offrir une respiration bienvenue en ces temps angoissés. En effet, il ne s’agit pas tant de s’évader du réel que d’y aménager des espaces dans lesquels un futur meilleur pourra s’ancrer. Laura Hudson explique que Better Worlds s’inspire notamment des anthologies Hieroglyph: Stories and Visions for a Better Future et Octavia’s Brood: Science Fiction Stories from Social Justice Movements. Pour une raison : “Leur point de départ est simple : à chaque fois que nous imaginons un monde plus équitable, durable ou humain, nous faisons de la fiction spéculative, et cela crée un ‘espace vital’ qui est essentiel pour nous faire progresser.” Comme l’écrit chez Usbek & Rica Antoine Brachet, initiateur de Bright Mirror : “Nous considérons que le narratif positif doit être envisagé comme une ‘arme de construction massive’.”

Une “arme de construction massive”

La manière dont la science-fiction influence la réalité n’est plus à prouver. Comme nous l’écrivions ici, certains auteurs ont en effet devancé la marche du monde : Tintin est allé sur la Lune seize ans avant Neil Armstrong ; Arthur C. Clarke avait imaginé en 1964 qu’un jour on pourrait communiquer instantanément avec nos amis, où qu’ils soient ; William Gibson a inventé le terme “cyberespace” en 1984 ; le Communicateur de Star Trek a inspiré le téléphone portable à son inventeur. Ces histoires n’étaient pas des prédictions. Mais en donnant à voir un monde dans lequel ces innovations existaient, il est possible qu’elles aient donné envie de le construire. C’est un peu le postulat de Bright Mirror et de Better Worlds : pour faire advenir un monde meilleur, il faut d’abord l’imaginer.

Que voit-on, alors, dans ces histoires qui nous donnent de bonnes nouvelles du futur ? Chez Bright Mirror, on explore des futurs proches et des vies à hauteur d’homme. Les personnes “mal-sensitives”, qui ont du mal à déchiffrer les émotions humaines, y ont désormais accès à une tablette sensorielle qui les lit pour eux. Les chiens peuvent se promener tout seuls en ville et pisser contre des arbres connectés auto-nettoyants. Les relations à distance se passent désormais entre la Terre et Mars. L’intelligence artificielle sonde les administrés en un temps record pour évaluer le bien-fondé d’une réforme.

Un futur où l’espoir est permis

Du côté de Better Worlds, les histoires sont sensiblement plus longues. Elles ont été écrites par des auteurs de science-fiction qui, non contents d’imaginer un monde, y font vivre des humains complexes, avec leurs joies, leurs peines, leurs peurs et leurs espoirs. On rencontre ainsi Carlinda Winstead, une ingénieure qui lance un projet de construction de fusées en open source, pour permettre à tous — et pas seulement aux plus riches — de rejoindre une planète à l’air plus respirable.

On lit aussi une histoire d’amour qui commence dans un jardin-décharge, où des champignons dévorent tous les déchets pour nourrir le monde. On se prend d’affection pour Ami, une intelligence artificielle chargée de modérer les jeux vidéo en ligne qui se désespère de ne pouvoir aider ceux qui souffrent. Bref, on explore des futurs qui ne sont pas toujours parfaitement roses — sinon il n’y aurait pas d’histoire –, mais où la technologie parvient à rendre le monde un peu meilleur. Et, surtout, ce sont des futurs dans lesquels l’espoir est permis. Après tout, c’est certainement tout ce qui nous manque pour avoir hâte de l’avenir.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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