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Les vélos en libre service ont-ils de l’avenir ?

Philothée
Philothée
20 avril 2018

Les vélos sans bornes suscitent autant d’enthousiasme qu’ils ne rencontrent de difficultés : vols et vandalismes sont encore plus répandus que pour leurs “ancêtres” comme le Vélib’. Et si l’avenir du libre service sans bornes d’attache, c’était la trottinette ?

Début 2018, la start-up hongkongaise de partage de vélos sans bornes d’attache Gobee Bike annonçait la fin de son activité en Europe : “le très grand nombre de vols et de dégradations nous ont forcé à fermer nos portes en Europe”, peut-on désormais lire sur son site. La déferlante des vélos verts (ceux de Gobee Bike), jaunes (ceux de Ofo, leader du marché en Chine) et orange et gris (Obike) dans les rues des métropoles françaises laissait pourtant présager d’une nouvelle ère pour les vélos en libre service. Alors qu’à Paris Vélib’ entamait une douloureuse transition entre JCDecaux et Smoov, les vélos en “free-floating”, c’est-à-dire sans bornes d’attache, promettaient une expérience plus fluide et flexible : plus besoin de trouver un vélo libre ou une place dans une station, plus besoin non plus d’abonnement. Un smartphone pour géolocaliser la bécane la plus proche et la déverrouiller, et c’est parti.

Mais Gobee Bike s’est vite retrouvé face à des problèmes insurmontables : vandalisme (à certains moments, jusqu’à 90% de la flotte lilloise de l’entreprise était en réparation), vols et privatisations (le fait de garer son vélo dans un lieu inaccessible aux autres, comme une cour privée) se sont avérés impossibles à endiguer. L’absence de bornes, comme le relèvent Les Échos, signifie aussi qu’on ne peut “réaliser une maintenance correcte et adaptée à l’usage des vélos par le public : leur répartition est telle qu’il est impossible d’assurer une révision régulière de chaque vélo et leur mise à disposition dans les conditions optimales de sécurité.” Les vélos verts ont donc plié bagage, au bout de quelques semaines à peine.

Le free-floating roi en Chine et aux États-Unis

Pourtant, le concept de free-floating continue de mobiliser toutes sortes d’initiatives. En avril 2018, Uber a annoncé son intention d’acheter la start-up JUMP, qui possède plus de 500 vélos électriques à San Francisco et Washington D.C. (le montant de la transaction n’est pas connu, mais le magazine TechCrunch rapporte qu’il pourrait avoisiner les 200 millions de dollars). En Chine, où le concept est véritablement né, 70 start-up ont à ce jour déployé 16 millions de vélos en free-floating, et Ofo a levé plus de 2,2 milliards de dollars. Aux États-Unis, la tendance semble être partie pour s’installer : les principaux concurrents de JUMP s’appellent Motivate (le leader du vélo en libre service, qui se lance aussi dans l’aventure “dockless”), Mobike et LimeBike. Sur le papier, ces vélos ont en effet tout pour plaire aux usagers comme aux villes : pas de stations, cela veut dire pas d’infrastructures à construire, donc des coûts plus faibles. “LimeBike a révolutionné la facilité avec laquelle les villes peuvent déployer des systèmes de partage de vélos haut de gamme sans que cela ne coûte quoi que ce soit aux contribuables”, s’enthousiasme ainsi Michael Nutter, l’ancien maire de Philadelphie, sur le site de la start-up.

Mais (même si l’honnêteté oblige à se demander si les Français sont vraiment capables de profiter d’un service de free-floating sans en abuser), les problèmes de vandalisme et de maintenance ne sont pas limités à la France et à l’Europe : en Chine, de véritables cimetières de vélos à ciel ouvert se sont multipliés, poussant les autorités locales à réglementer le marché et les entreprises à mettre en place des filières pour la fin de vie de leurs vélos. Pour faire face à l’accumulation de vélos sur les trottoirs, la mairie de Paris envisage de “financer des emplacements dédiés grâce à une redevance imposée aux opérateurs”, rapporte Sciences et Avenir. “La ville a aussi demandé au gouvernement d’instaurer ‘une licence d’exploitation’, définissant des obligations en matière de maintenance, transparence, ou qualité de service.” Bref, le temps de l’innovation sans entraves semble terminé.

Crédits Photos : https://www.instagram.com/alexattebery/
Crédits Photos : https://www.instagram.com/alexattebery/

La trottinette, engin du futur ?

Face aux difficultés rencontrées par le vélo, on se demande si l’avenir du free-floating ne passera pas par… la trottinette. Aux États-Unis, LimeBike en propose déjà, tout comme les start-up Bird et Spin. Électriques ou pas, ces petites machines ont déjà envahi les rues de villes comme San Francisco (où elles ont tout de même rencontré quelques résistances, comme le rapporte Le Monde). Et en France, le cuisant échec de Gobee Bike ne décourage pas : à l’été 2017, la start-up strasbourgeoise Knot, après avoir remporté un appel à projets, a commencé à tester son service de trottinettes en libre-service à Montrouge, Saint-Denis et Colmar — et vise un lancement prochain en Allemagne et aux États-Unis. Pour le moment garées dans des bornes, les trottinettes seront à terme disponibles partout et accessibles via une app. Pour Polina Mikhaylova, co-fondatrice de Knot, elles présentent un avantage certain sur le vélo : “vous pouvez rouler sur les trottoirs avec votre trottinette — tant que celle-ci n’a pas de moteur”, explique-t-elle à Business Insider France. Elles sont aussi plus faciles à garer et prennent moins de place sur les trottoirs, ce qui risque de plaire aux riverains. Preuve de leur popularité, en France, il s’en vend entre 800 000 et un million par an. Et si l’on ne voit pas bien comment le vol et la privatisation pourront être complètement évités, le vandalisme posera peut-être moins de problèmes que pour les vélos. Après tout, une trottinette, c’est plus facile à réparer.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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