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Dans les coulisses du Liberté Living Lab

LD
Lilas
1 mars 2018

Au cœur du Sentier à Paris, le Liberté Living Lab est un lieu d’accélération dédié aux projets d’impact sociétal. Yellow a rencontré Rudy Cambier, co-dirigeant de l’espace, qui explique l’approche singulière du lieu.

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Qu’est-ce que le Liberté Living Lab ?

C’est un lieu dédié à l’innovation tech civique et sociale et qui est sorti de terre en octobre 2016. Il occupe une surface de 1600 m2, répartie sur cinq niveaux. Le rez-de-chaussée et le premier étage sont des espaces événementiels, avec un espace de restauration assuré par United Kitchen, à la fois ouvert au public et aux résidents. Puis, dans les étages, il y a des espaces collaboratifs de travail pour nos résidents. Nous en avons à peu près 150, essentiellement des startups et des équipes de grandes entreprises qui détachent une partie de leurs équipes (datalab ou innovation) en résidence, pour qu’elles soient en prise directe avec notre écosystème. Nous accueillons également le programme d’entrepreneuriat général d’Etalab ou encore le M2 d’innovation de Polytechnique. Nous avons des passerelles avec le monde académique, un écosystème “hors les murs” constitué d’experts et de chercheurs attentifs à l’existence même d’un objet comme le Liberté Living Lab.

Ces passerelles avec le monde de la recherche sont l’une des singularités du lieu. Comment s’articule cette dimension “pensante” ?

Il y a peu de lieux d’innovations mais aussi peu d’entreprises qui s’entourent des ressources offertes par le monde académique. Au Liberté Living Lab, nous avons voulu mettre la pluridisciplinarité au coeur du projet : à l’ère des plateformes, on ne peut plus travailler dans son coin. Ensuite, concernant les enjeux qui sont les nôtres, c’est-à-dire l’innovation technologique civique et sociale, il est beaucoup plus constructif de créer des passerelles avec le monde de la recherche car il est composé d’acteurs (sociologues, urbanistes, designers, etc.) qui ont des propositions à faire et des expertises qui peuvent nous apporter beaucoup. Notre modèle conjugue création de valeur économique et création d’utilité sociétale avec de la technologie, de l’intelligence artificielle pour répondre à d’épineuses questions comme le futur du travail, la transition énergétique, etc. Pour l’ensemble de ces thématiques, il y a des chercheurs qui sont clés pour apporter de l’intelligence, pour créer des ponts avec des institutions, des startups ou des grands groupes. Mais cette collaboration est également un objet d’études à part entière pour eux. Le Liberté Living Lab est un lieu d’expérimentation ; il s’y passe des choses que l’on ne voit pas ailleurs, notamment cette transdisciplinarité entre des acteurs qui a priori n’ont pas l’habitude de travailler ensemble.

Qui sont les start-ups résidentes ?

Nous sommes sélectifs à l’entrée pour garder une cohérence d’ensemble. Nous comptons aujourd’hui plusieurs startups dont Bayes Impact, la start-up de Paul Duan (interviewé ici), mais aussi le collectif Hello Tomorrow, Open Source Politics, Fluicity ou encore Get Wiser, une start-up qui souhait contrecarrer les fake news. Et nous avons également à la fois une start-up et un fonds qui s’appelle Future Positive Capital, et dont l’objectif est de financer l’entrepreuneriat tech d’intérêt général.
Ces structures sont emblématiques parce qu’elles résument notre objectif : se concentrer sur de l’innovation technologique à impact positif, qui puisse apporter des réponses à des gros enjeux de société. Ici, on n’essaie pas de créer un open space et un “lieu cool” : l’idée, c’est de contribuer à la structuration d’une filière d’entrepreneuriat d’intérêt général. En cela, il n’y a pas de procédure d’accélération standard (ce n’est ni un tiers-lieu, ni un incubateur). On veut d’ailleurs maintenir Liberté Living Lab comme un écosystème ouvert. Par exemple, La li Lo, une startup qui a séjourné ici, est en pleine phase de croissance et a désormais quitté les lieux, mais elle fait toujours partie de la communauté hors les murs.

Quel est votre prochain projet ?

Dans les modèles classiques d’accélération et d’incubation venus de la Silicon Valley, il y a automatiquement une prise de participation qui se fait pour le lieu hébergeur. Or nous ne souhaitons pas faire cela. En parallèle de notre activité commerciale du Liberté Living Lab, nous avons créé une fondation pour structurer un programme d’accélération sans avoir à prendre de parts dans ces startups. C’est un programme totalement différent : on ne cherche pas de prise de participation mais on doit au moins être rémunérés sur la mobilisation d’une équipe. Car cette dernière fait du sur-mesure et s’engage à les aider à se développer. Notre autre priorité sera de créer des programmes verticaux qui ont trait à des problématiques données : le futur du travail, la transformation des territoires, le futur de l’éducation ou encore la finance positive, et d’y réunir des chercheurs, des startups, des grands groupes. Par ailleurs, nous réfléchissons aussi à la diffusion de nos méthodologies.

Quels sont les défis que vous identifiez pour le Liberté Living Lab ?

À terme, nous souhaitons élargir le rayonnement de Liberté Living Lab en établissant des partenariats nationaux et internationaux, avec des villes ou des institutions. Ces collaborations porteuses permettront d’attirer également de nouveaux talents. Nous voulons aussi continuer à renforcer l’animation du lieu, qui doit être un agitateur et porter un regard critique sur les mutation sociétales et technologiques. C’est pour cela que nous devons l’ouvrir pour en faire une enceinte de débats, qui ne soit pas dans une approche béate de l’innovation ou du “tout business”.


LD
Ecrit par
Lilas D
Journaliste, chercheuse et consultante. Depuis Berlin, j'écris sur les enjeux sociétaux des technologies et questionne le futur que nous sommes en train de construire.
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