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Fashion Tech : La mode du futur

Philothée
Philothée
11 février 2019

À côté des incontournables mais peu populaires vêtements connectés, la mode explore des innovations qui interrogent notre rapport au corps, à la technologie et au monde.

Quand on pense à la mode et la technologie, la première image qui vient en tête est souvent celle d’un vêtement connecté : un t-shirt à message avec écran LED, des baskets à podomètre intégré, une veste munie de petits panneaux solaires pour charger son téléphone. En 2017, Google et Levis ont lancé leur version du vêtement connecté : la “Trucker”, une veste en denim équipée de la technologie Jacquard qui permet, d’un geste sur la manche, de répondre à un appel, enregistrer l’adresse d’un lieu devant lequel on passe, activer le guidage GPS, écouter de la musique ou encore recevoir un signal haptique quand son Uber est à l’approche. Mais ce n’est rien de dire que le concept a suscité plus de scepticisme qu’autre chose : la veste coûte 350 dollars, ne peut être lavée qu’une dizaine de fois et fait à peu près la même chose qu’une montre connectée.

Les wearables… et au-delà

Depuis, certaines innovations dans le domaine des wearables se sont avérées plus pertinentes : en janvier 2019, WIRED s’extasiait ainsi sur les nouvelles baskets auto-laçantes de Nike. En fait dépourvues de lacets, ces chaussures sont faites d’un matériau semblable à de la toile de parachute qui, commandé par une app ou par les boutons sur la semelle, se resserre autour du pied pour le tenir parfaitement en place. L’engin a été conçu pour les basketteurs professionnels, dont les pieds et les articulations sont soumis à rude épreuve ; pour le designer de Nike Tinker Hatfield, la technologie pourrait être utile à d’autres sportifs, mais aussi à ceux qui ne le sont pas du tout. “Les gens manquent de dextérité dans les doigts pour tout un tas de raisons”, comme la vieillesse, certains handicaps ou certaines blessures. “Mais cette technologie peut être adaptée à des produits plus vieux, à d’autres designs. Cela veut dire que les gens accèderont à cette technologie même s’ils ne sont pas basketteurs de haut niveau — et même s’ils n’arrivent pas à lacer leurs propres chaussures.” En plus de cette fonctionnalité mécanique, l’Adapt BB (c’est son nom) est connectée, en faisant un objet à mi-chemin “entre un FitBit de luxe et une Apple Watch”, estime Jordan Rice, directeur de l’ingénierie chez Nike.

Photo par Ian Allen et animation par Phuc Pham, pour WIRED

Reste que pour le moment, le marché des wearables dans la mode a du mal à décoller : il ne pèse “que” 2 milliards d’euros, soit 0,2 % du marché mondial du textile. Mais aujourd’hui, la fusion entre mode et technologie s’oriente dans une multitude de directions différentes et passionnantes, bien au-delà des simples vêtements connectés. Chacun à leur manière, ces projets questionnent notre rapport à la mode et à la technologie mais aussi au corps, à l’intime, à la nature… À ce que nous sommes et ce qui nous entoure.

Fashion geeks

À l’automne 2017, Arte lançait la série documentaire “Fashion Geek”. En dix épisodes d’environ cinq minutes chacun, les créatrices de la série, Sidonie Garnier et Maryam Goormaghtigh, explorent un dialogue entre mode et technologie qui prend parfois des formes surprenantes. Il y a des tatouages et manucures connectés créés par Cindy Hsin-Liu Kao, chercheuse au MIT Media Lab, pour qui la prochaine étape est de mettre au point des crèmes et des poudres, sans composants électroniques, afin de rendre la fusion entre notre peau et le numérique encore plus intime. Il y a les vêtements imprimés en 3D et cousus à la main du label threeASFOUR, qui reproduisent les mouvements des peaux ou des écailles d’animaux. Il y a du cuir fabriqué à partir d’ADN humain et dont la créatrice, Tina Gorjanc, veut nous faire réfléchir sur le rapport que l’industrie de la mode entretient avec les animaux. Il y a des hackers de tissus, des robes équipés de poétiques circuits lumineux qui rendent visibles les battements du coeur, des teintures écolos fabriquées grâce à des bactéries.

Tous ces créateurs “portent un regard sur la manière dont la technologie transforme nos modes de vie et c’est ce qui nous permet de montrer qu’un simple t-shirt n’est pas un objet si anodin. Qu’il soit connecté, ou teint grâce à des bactéries, il raconte et questionne la place que la technologie occupe désormais dans nos vies”, explique Sidonie Garnier à Cheek Magazine. “Leurs créations sont des manifestes : ils nous invitent à repenser le rôle du vêtement.” Une démarche présente aussi chez les anciens du MIT à l’origine de Ministry of Supply, une marque de vêtements pour le bureau conçus dans des textiles aussi flexibles et confortables que ceux employés pour les vêtements de sport. L’idée : enterrer les tenues chic mais rigides, et leur préférer des looks qui “se synchronisent avec le corps humain.”

Capture d'écran de "Fashion Geek" sur Arte

Le vêtement comme interface

Moins pratique et plus expérimental, le parti pris du Look Forward Fashion Festival, organisé à Paris chaque année depuis 2016, est de consacrer la mode en tant qu’“incroyable moyen d’expression sociale, sociétale et esthétique.” Sa philosophie est de défendre “l’imaginaire, la poésie et l’expérimentation plutôt que la tendance, le gadget et la rentabilité”, et de livrer aux visiteurs “des clefs de lecture personnelles et/ou collectives, pour comprendre le monde qui les entoure.” Il ne s’agit pas tant de découvrir les vêtements qu’on portera demain que d’interroger le sens de ces carapaces de tissu que l’on place entre nous et le monde, et qui sont par essence notre première interface avec lui.

Le Look Forward Fashion Festival à la Gaîté lyrique à Paris

À mesure qu’elles s’augmentent grâce à la technologie, ces interfaces prennent leur sens contemporain : elles deviennent un dispositif qui permet l’interaction entre le corps et la machine. Mais certains, pour répondre aux craintes créées par l’omniprésence de la technologie dans nos vies, décident à l’inverse de couper les ponts. C’est le cas du CHBL Jammer Coat, développé par le bureau Coop Himmelb(l)au, et qui fonctionne comme une “cape d’invisibilité” numérique. Le manteau brouille les fréquences radio émises par les téléphones portables ou les objets connectés ; dès qu’on le met, on disparaît des réseaux et on ne peut plus être tracké. Dans le même esprit, le projet KOVR propose des manteaux “anti-surveillance” : “Les vêtements ont toujours été un moyen de nous protéger contre d’éventuelles menaces de la biosphère, comme le froid ou la chaleur extrême. Project KOVR vous protège contre l’infosphère.”

Un incubateur pour la mode du futur

Mais que l’on conçoive le vêtement comme une membrane perméable qui permet au corps et à la technique de se toucher, ou au contraire comme une armure qui nous soustrait à l’hégémonie du numérique, une chose est sûre : la mode est au début d’une phase de réinvention quasi-philosophique… avec des répercussions économiques bien réelles. À côté de son festival qui célèbre l’“imaginaire”, Look Forward est aussi un incubateur (lancé par Showroomprivé) tout ce qu’il y a de plus classique, qui soutient chaque année 15 projets innovants dans le secteur de la fashion tech, de la beauty tech et du retail. L’idée étant de dénicher les startups qui “changent la manière dont nous produisons, distribuons et consommons la mode et la beauté”. La mode du futur est certes un passionnant champ d’innovation et de réflexion, mais aussi une industrie qui a de beaux jours devant elle.

Article mis à jour le 11 février 2019.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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