Simplifiez-vous l'innovation

#astuce
catégories

#astuce
partage

#astuce
liens internes

carre

Oceanix : la ville du futur est flottante et écolo

Philothée
Philothée
7 mai 2019

Le projet Oceanix, soutenu par les Nations Unies, ambitionne de construire des villes flottantes qui répondent aux objectifs de développement durable.

Meet Oceanix : une ville flottante où vivent 100 000 personnes en harmonie avec la nature. On s’y déplace en vélo, pédalo ou bateau électrique. On y suit un régime strictement sans viande, composé de plantes cultivées dans la ville elle-même. On en a éradiqué les déchets et l’économie circulaire est reine.

Mais attention, ce paradis pour urbains écolos n’est pas conçu pour les classes les plus aisées de la population. Au contraire, il s’agit de proposer une solution de logement à la fois accessible et innovante pour les populations de mégalopoles menacées par la montée des eaux — dont beaucoup se trouvent dans des pays en voie de développement. Oceanix est en effet développée par l’entreprise du même nom qui, avec le soutien des Nations Unies, veut concevoir des villes flottantes pour tous.

Légende de l'image

La ville parfaite du XXIe siècle

Il y a quelques années encore, les villes flottantes pouvaient sembler être un fantasme futuriste pour citoyens privilégiés — on pense à celles de Dubaï, par exemple. Mais aujourd’hui, les Nations Unies et son Programme pour les établissements humains (PNUEH, également appelé ONU-Habitat) s’y intéressent de très près pour résoudre deux problèmes : le manque de logement accessible dans les grandes villes, et la montée des eaux auxquelles se trouvent confrontées les cités côtières. Deux problèmes de taille, si l’on rappelle que d’ici 2050, 68% de la population mondiale vivra dans des villes, et que 50% de l’humanité habite d’ores et déjà près du littoral.

Début avril 2019 s’est donc tenue au siège de l’ONU la toute première table ronde sur les villes flottantes. “Les villes flottantes durables nous donnent l’opportunité de ré-imaginer comment nous construisons, vivons, travaillons et jouons”, a déclaré la secrétaire générale des Nations Unies Amina Mohammed à l’issue des échanges. Elle a notamment souligné que, puisque ces villes sont construites de zéro, elles peuvent être by design neutres en carbone (notamment grâce à l’énergie solaire, éolienne et marine) et autonomes sur le plan alimentaire. Et puis, parce qu’elles flottent sur les océans quel que soit leur niveau, elles sont par définition résilientes face aux changements climatiques. En résumé, la ville flottante nous donne la possibilité de construire la ville parfaite, celle qui répond à la fois aux crises du XXIe siècle et aux aspirations de l’humanité citadine.

Les Objectifs de développement durable comme principe directeur

C’est en effet l’ambition d’Oceanix. Comme l’a expliqué lors de la table ronde de l’ONU Bjarke Ingels, l’architecte qui dirige le projet, “nous essayons d’imaginer un pays fondé sur les 17 objectifs de développement durable” fixés par les Nations Unies. Dans le détail, cela donne une ville modulable et “scalable”, organisée en communautés de 300 résidents, elles-mêmes rassemblées six par six au sein de villages qui, agrégés par six également, forment une ville de 100 000 habitants.

Elle est pensée en fonction de six grands principes, qui chacun génèrent leur lot de solutions et d’innovations. D’abord la neutralité carbone grâce aux énergies renouvelables et à l’efficacité énergétique. Ensuite l’autonomie en eau douce, avec des technologies pour distiller la vapeur d’eau, capter celle qui est présente dans l’air et collecter l’eau de pluie. Un habitant d’Oceanix utiliserait 580 litres d’eau par an, contre 1 360 pour un Congolais et 6 803 pour un Américain. L’eau est traitée en circuit fermé, donc aucune pollution n’est déversée dans l’océan. Le troisième principe, c’est l’alimentation à base de plantes, bien moins génératrice de gaz à effet de serre : pas de viande sur Oceanix, mais des plantes cultivées dans des fermes, des serres, des systèmes d’aréoponie et d’aquaponie, et une ferme océanique pour les algues. Ensuite vient le “zero waste” : l’abandon des produits à usage unique au profit d’alternatives réutilisables, le compostage des déchets organiques pour fertiliser fermes et jardins, le recyclage (à 90%) de tout le reste. Quant à la mobilité, elle est partagée et douce. Comme dans nos villes terrestres, la multimodalité est reine : une offre pléthorique de véhicules partagés et/ou électriques (vélos, pédalos, bateaux, voitures) est envisagée, et les communautés et villages sont conçus pour être arpentés à pied. Enfin, Oceanix veut contribuer à la régénération de l’habitat marin grâce au matériau de construction Biorock, une sorte de pierre ultra-résistante aux ouragans qui fournit un environnement stable et sécurisé pour que se recréent des colonies de coraux, huîtres, algues et que s’épanouisse tout un écosystème côtier menacé par la pollution.

Utopie pour tous

Tout cela est donc très écolo, mais cela veut aussi être accessible. Comme le dit la directrice exécutive de ONU Habitat Maimunah Mohd Sharif, “nous devons nous assurer de ce que les bénéfices des avancées technologiques soient un droit fondamental, et non un privilège réservé à une poignée de gens.” Dans cette optique, la ville Oceanix est construite en matériaux disponibles localement, renouvelables et à faible empreinte carbone, comme le bambou. Elle est fabriquée au sol puis assemblée en mer. Et, le prix du foncier au mètre carré d’eau étant ce qu’il est, tous ces facteurs permettent de proposer des logements à la fois durables et peu chers. Cela signifie que “des logements accessibles peuvent être rapidement déployés auprès de méga-villes côtières qui en ont cruellement besoin”, promet le site de l’entreprise.

Car au-delà de la vision utopique d’une cité du futur idéal, les villes flottantes en général seront appelées à répondre à des problèmes franchement dystopiques — à Bangkok, certaines parties de la ville s’enfoncent de deux centimètres chaque année. Et elles devront le faire, bien sûr, sans contribuer à aggraver les problèmes qui les ont rendues nécessaires. En attendant qu’elles soient déployées un peu partout sur la planète, ces villes du futur servent déjà de laboratoires pour inventer des solutions pour les cités terrestres que nous habitons déjà. C’est ce qu’a notamment souligné le prix Nobel d’économie Joseph Stiglitz lors de la table ronde qui s’est tenue au siège des Nations Unies : “certains des bénéfices les plus importants ne se trouveront pas dans les villes flottantes mais sur la terre ferme, si l’on pense au recyclage, aux déchets et à l’eau.” Inventer la ville écolo et inclusive du futur, c’est aussi réfléchir à améliorer celles que nous avons déjà.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
Partager
Commentaires (0)
S’inscrire
à la newsletter