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Parlez-vous avec votre voiture ?

Philothée
Philothée
2 juillet 2018

Un jour, les voitures seront certainement toutes des robots qui conduisent tout seuls et dialoguent entre eux. Mais en attendant, les voitures autonomes doivent apprendre à communiquer avec le monde qui les entoure.

Les voitures sans conducteurs sont la prochaine révolution de la mobilité. On nous promet un futur dans lequel les voitures sont toutes des robots qui communiqueront entre elles et avec leur environnement : plus d’accidents, d’embouteillages ni de problèmes de parking, mais une circulation fluide, sûre et résolument futuriste. Mais ce futur radieux, ce n’est pas exactement pour tout de suite. Selon une étude de McKinsey, en 2030, les véhicules 100% autonomes devraient représenter 15% des véhicules vendus. En 2015, d’après l’Observatoire Cetelem de l’automobile, 55 % des Européens se disaient intéressés par l’utilisation d’une voiture autonome. C’est beaucoup, mais ce n’est pas un raz-de-marée.

En réalité, voitures autonomes et voitures “classiques” vont devoir apprendre à cohabiter pendant un certain temps. “Une meilleure communication entre les véhicules et les personnes va s’avérer cruciale, puisque la plupart des experts prédisent une durée assez longue — voire des décennies — de circulation mixte, où les voitures-robots partageront la route avec des voitures conduites par des humains. Et même quand toutes les voitures seront des robots et pourront communiquer entre elles, elles devront ‘parler’ aux piétons et aux cyclistes”, résume le San Francisco Chronicle dans un très complet article sur le dialogue voitures-humains.

La vie dans une voiture sans conducteur Volvo

Construire la confiance en communiquant

Pour le moment, on ne peut pas dire que la cohabitation se passe à merveille. En mars 2018, une voiture autonome exploitée par Uber a tué une femme dans l’Arizona. En Californie, un tiers des collisions impliquant des voitures sans chauffeur en 2018 ont été causées par des humains attaquant physiquement la voiture. La confiance n’est clairement pas là. Or, comme le souligne Jack Weast, l’architecte en chef des systèmes du Autonomous Driving Group d’Intel, dans San Francisco Chronicle : “Nous devons nous assurer non seulement que les voitures fonctionnent techniquement, mais qu’elles sont adoptées psychologiquement. Le chemin vers la confiance, c’est la relation à la machine.” Et, comme tout conseiller conjugal vous le dirait, la clé de la confiance, c’est la communication.

Le champ de la relation humain-machine est en pleine ébullition. Aux États-Unis notamment, des chercheurs en sciences sociales (principalement en anthropologie, sociologie et psychologie) travaillent main dans la main avec des roboticiens, des ingénieurs, des designers et des programmeurs pour trouver les moyens les plus intuitifs d’établir cette communication. La première étape, c’est de tester la réaction des gens à des voitures sans conducteurs. Aujourd’hui, toutes celles qui ont l’autorisation de circuler doivent avoir à bord un opérateur humain assis dans le siège conducteur. Le Center for Design Research de Stanford a donc mis au point une sorte de costume “siège de voiture” qui rend le conducteur invisible. “Nos techniques sont une manière théâtrale de simuler le futur (…). Il y a un côté comique, mais nous sommes très sérieusement à la recherche de vraies réponses comportementales”, explique au San Francisco Chronicle Wendy Ju, qui a dirigé cette initiative dont les résultats ne sont pas encore connus.

Le "chauffeur fantôme" de Stanford. Photo Santiago Mejia pour le San Francisco Chronicle

Vers un nouveau code de la route ?

Côté constructeur, on se préoccupe déjà de savoir comment la voiture va communiquer avec son environnement. La start-up de voitures autonomes Drive.ai teste des signaux lumineux sur le toit de la voiture pour signaler son intention. Chez Nissan, l’anthropologue Melissa Cefkin travaille aussi sur des “indicateurs d’intention”, sous forme d’arc de LED blanches situées sur le toit : elle fabrique des vidéos montrant des voitures équipées de ces arcs arrivant à une intersection, puis les fait voir à des sujets mis “en conditions réelles” avec un volant et des pédales d’accélération et de frein, et des lunettes qui suivent les mouvements de leurs yeux, pour voir s’ils comprennent intuitivement ce que les voitures indiquent.

Ailleurs, on teste des méthodes comme des “signaux sonores (peut-être un poli ‘Traversez maintenant’ ou une mélodie comme certains feux de signalisation ; des affichages de mots ou de symboles sur le toit ; des lasers qui projettent des messages, comme un passage piéton, sur la route pour indiquer qu’il est sûr de traverser ; et des voitures qui transmettent leurs intentions aux autres véhicules par Bluetooth”, détaille l’article du San Francisco Chronicle. Pour l’heure, les constructeurs inventent donc chacun leurs propres solutions de communication. L’étape d’après, ce sera d’établir des méthodes standardisées, qui seront à même de modifier le code de la route.

Capture d'écran du film "Enfer mécanique" (1977), dans lequel la voiture sans conducteur n'est pas franchement sympathique.

Le deep learning pour aider les voitures à s’adapter

Au coeur de tous ces changements, il y a le fait que les voitures deviendront de véritables intelligences artificielles capables non seulement de reconnaître ce qui se passe autour d’elles, mais d’y réagir et de prendre des décisions clairement signalées. Les mini-vans de Waymo sont déjà capables de “lire” les signaux des mains employés par les cyclistes, tandis que Google s’est rendu compte que ses voitures étaient tellement “polies” qu’elles se retrouvaient indéfiniment coincées aux carrefours, en laissant tout monde passer. Une voiture programmée pour s’arrêter devant le moindre obstacle deviendrait vite responsable d’embouteillages à chaque prétexte. “Si vous programmez une règle pour chaque cas, vous avez un arbre de décisions tellement compliqué que personne ne pourrait le gérer. À la place, on utilise le deep learning pour créer un processus plus fluide. Nous voulons que nos véhicules apprennent des données le plus possible”, dit Sameep Tandon, le CEO de Drive.ai.

L’idée à partir de laquelle travaillent les architectes de la voiture autonome, c’est que pendant une période de temps qui s’annonce assez longue, ces engins vont devoir s’adapter à leur environnement, plutôt que l’inverse. “Nous n’allons pas pouvoir modifier le monde qui nous entoure. Nous allons devoir être capable de gérer le monde tel qu’il est”, dit ainsi aux journalistes du San Francisco Chronicle James Stout, ingénieur chez Waymo. Certes, dans le futur, on aura certainement des feux de signalisation connectés aux voitures, qui géreront le trafic en temps réel (c’est la solution développée par une équipe internationale de chercheurs du MIT, de l’Institut Suisse de Technologie et du Conseil National Italien de la Recherche ; le système s’appelle Light Traffic) et, des infrastructures au mobilier urbain, tout sera adapté à nos engins sans conducteurs. Mais en attendant, les voitures autonomes doivent apprendre à nous parler.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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