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Philanthropes

Pourquoi les ténors de la tech s’intéressent-ils à la philanthropie ?

LD
Lilas
26 novembre 2018

Les puissants du monde de la tech tels que Bill Gates, le patron d’Alibaba Jack Ma ou encore Jeff Bezos, fondateur d’Amazon, sont nombreux à se tourner vers des causes sociales. À quoi ressemble au juste cette “philanthropie tech” ?

Souvent comparés à des golden boys égoïstes, les millionnaires de la tech seraient-ils plus altruistes qu’on veut le croire ? Dans le sillage de leurs quasi ancêtres Pierre Omidyar ou encore Bill Gates, fondateur de Microsoft et qui a lancé avec sa femme Melinda, une fondation humanitaire dès 2000, il n’est pas rare de voir les patrons de la high tech s’engager pour des causes sociétales.

Ces fortunes créent leur propre fondation ou sponsorisent des initiatives à fort impact, consistant à enraciner le projet auprès de communautés locales pour qu’il touche un plus large nombre de personnes. Effet de mode ou tendance de long-terme ? Yellow s’est intéressé de près à ce que recouvre ce business philanthropique.

Dans le sillage de la tech

En 1998, après être devenu multimillionnaire grâce à la création d’Ebay, l’homme d’affaires franco-américain Pierre Omidiyar crée Omidyar Foundation, pour financer des organisations non gouvernementales. Deux ans après, c’est autour d’un des hommes les plus riches de la planète Bill Gates de lancer (lui aussi avec sa femme) une fondation, la bien nommée “Bill & Melinda Gates Fondation”, dotée de 50.7 milliards dès sa création. Les deux organisations ont été à l’avant garde de la philanthropie issue de la tech. Désormais en 2018, la relève semble assurée. Puisque davantage d’entrepreneurs multimillionnaires ont sauté le pas de  En effet, Jan Kou, fondateur de Whatsapp, Nicholas Woodman, fondateur de GoPro ou encore Sean Parker, ancien président de Facebook, ont un point commun : ils sont tous des donateurs de la Silicon Community Foundation. Cette organisation, appelée DAF (pour Donor Advised Fund) coordonne les donations de l’élite de la tech afin de les attribuer à des des projets ou organisations non gouvernementales choisies. En retour, ces entrepreneurs bénéficient de dispositions fiscales avantageuses. Ce qui rend le don un moyen attractif pour ces start-upeurs.

PeterSinger

Peter Singer, philosophe australien et père de “l’altruisme efficace”

L’altruisme efficace

Alors qu’en France, en philosophie, le don est un acte considéré désintéressé. Il faut que Marcel Mauss étudie le don comme objet sociologique pour voir émerger d’autres significations, où il apparaît comme une monnaie d’échange (don-contre don) dans certaines sociétés pratiquant le troc notamment. Chez les anglo-saxons, le don est un concept économique et dont le philosophe contemporain Peter Singer s’est emparé. Et depuis la parution de ses ouvrages, il est devenu une référence pour penser le don aujourd’hui. En effet, ce professeur de bioéthique à Princeton, envisage le don comme une manière d’exprimer ce qu’il nomme un “altruisme efficace”. Le don doit être vu comme un mécanisme d’impact où le donateur applique un raisonnement économique, Dans une interview donnée au journal la Tribune, il explicite son raisonnement “supposons que je veuille donner 1.000 euros pour aider les plus démunis. L’acte perd-il son caractère désintéressé si je prends le temps de réfléchir à une utilisation qui serait la plus efficace possible, qui aiderait le maximum de personnes dans le besoin ?” À l’occasion de son intervention à la conférence TED, il explique que si le concept d’altruisme efficace séduit les entrepreneurs de la high-tech, c’est parce qu’ils sont devenus soudainement riches, et ce jeunes (entre 25 et 40 ans) et veulent continuer de donner un sens à la suite de leur vie.

Nicholas Woodman

Nicholas Woodman, CEO de GoPro sur la scène du Tech Crunch Disrupt à San Francisco

Le défi du XXIèmesiècle

Pour autant, il ne faut pas non plus tomber dans l’angélisme. Le fondateur de GoPro Nicholas Woodman a doté la “Woodman Foundation” de 500 millions de dollars, bénéficiant de crédit d’impôts. Quatre ans plus tard, le New York Times note que la Woodman Foundation a disparu laissant planer un doute sur l’intention louable de son créateur.

N’en déplaise à Peter Singer, certains de ces nouveaux philanthropes abusent de ce dispositif pour bénéficier de niches fiscales, comme le rapporte l’article. Ce qui doit entre autre forcer les législateurs à être plus vigilants sur l’approche long-terme de ces projet et éviter d’autres scandales. Cependant cette affaire ne doit pas faire de l’ombre à l’engagement d’autres d’entrepreneurs. Croyant à la supériorité des initiatives privées sur l’intervention publique, la majorité d’entre eux est persuadée que c’est en donnant à des causes d’avenir que l’humanité pourra faire face aux grands défis environnementaux ou encore pour transformer l’éducation. La création d’une fondation par Jeff Bezos à la fois en faveur de l’éducation et pour le soutien d’enfants sans domicile fixe envoie un signal fort partout dans le monde. Pareil pour Jack Ma, le fondateur et PDG d’Alibaba, qui s’est depuis longtemps engagé en faveur de l’éducation, l’environnement en Chine et qui souhaite continuer ses oeuvres caritatives désormais sa retraite prise.

Pour en savoir plus :

– Un article de Fast Company sur la percée des fortunes tech dans les actions philantropiques
– Une enquête du New York Times sur les niches fiscales liées aux DAF


LD
Ecrit par
Lilas D
Journaliste, chercheuse et consultante. Depuis Berlin, j'écris sur les enjeux sociétaux des technologies et questionne le futur que nous sommes en train de construire.
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