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Pourquoi la Lune redevient à la mode dans l’exploration spatiale

Philothée
Philothée
23 mai 2019

Depuis 1972, pas un humain n’a marché sur la Lune. Mais ça devrait changer très bientôt : la mission Artemis compte y envoyer le prochain homme et la première femme d’ici 2024.

En juillet 1969, c’est bien connu, les États-Unis envoient les tout premiers humains sur la Lune. Au cours des trois années suivantes, douze personnes au total marchent sur la surface de la Lune. Et, en 1972, tout s’arrête. Depuis, personne n’est allé sur notre satellite. Mais alors que Mars est depuis quelques années présenté comme la nouvelle frontière en termes d’exploration spatiale, la Lune est en train de revenir sur le devant de la scène. Yellow vous explique pourquoi.

La Lune, sujet d’ambition politique

Si les États-Unis sont les seuls à avoir mis des humains sur notre satellite, la Russie et la Chine y ont envoyé des atterrisseurs avec succès. Cette dernière y est d’ailleurs parvenue très récemment, lorsque son vaisseau, baptisé Chang’e-4, a touché le sol du bassin Pôle Sud-Aitken le 3 janvier 2019. La Chine est ainsi devenue le premier pays à se poser sur la face cachée de la Lune, dont Chang’e-4 explorera le terrain et analysera la composition.

Mais les Américains ne sont pas en reste : alors que la NASA prévoyait depuis un certain temps d’envoyer à nouveau des humains sur la Lune d’ici 2028, le calendrier s’est brutalement accéléré. Et les raisons en sont politiques. En effet, fin mars 2019, le vice-président américain Mike Pence a officiellement demandé à la NASA de viser 2024 pour sa prochaine mission lunaire habitée. Alors que l’administration américaine, depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, a toujours proclamé son ambition de réitérer l’exploit de 1969, elle estime dorénavant le sujet prioritaire : “L’urgence doit être notre maître mot”, a déclaré Mike Pence, affirmant que le gouvernement était prêt à atteindre cet objectif en mettant en œuvre “tous les moyens nécessaires.”

Peut-être cette précipitation tient-elle à la perspective d’un éventuel changement d’administration, les prochaines élections présidentielles se tenant en 2020 et celles d’après… en 2024. Quoi qu’il en soit, comme l’explique à The Verge Jim Bridenstine, l’administrateur de la NASA, maintenant que la volonté politique est là, il faut en profiter. Pour lui, si personne n’est retourné sur la Lune depuis 1972, c’est d’abord et avant tout “à cause des budgets fantaisistes qui viennent des politiciens. C’est l’une des raisons pour lesquelles il est important d’accélérer ce programme. À mesure que le programme s’allonge, les priorités changent, les budgets changent, les administrations changent, et chacun de ces éléments devient un risque politique supplémentaire.” 2024 est donc la nouvelle deadline, et la NASA entend bien la tenir.

Pourquoi la Lune ?

Reste la question : pourquoi la Lune ? Une partie de la réponse est peut-être circonstancielle. Cette année marque le 50e anniversaire de la mission Apollo, qui a envoyé Neil Armstrong et Buzz Aldrin faire un grand pas pour l’humanité. En termes de communication, relancer (ou plutôt accélérer) la machine en 2019 n’est pas anodin. D’autant qu’après la tentative ratée de première sortie spatiale 100 % féminine fin mars 2019, la NASA a un autre plan de com : envoyer la toute première femme sur la Lune en 2024. Pour l’occasion, la mission a été officiellement baptisée Artemis, du nom de la sœur jumelle d’Apollon. “Je trouve ça très beau que cinquante ans après Apollo, le programme Artemis emmène le prochain homme et la première femme sur la Lune”, s’est félicité Jim Bridenstine.

Mais il existe aussi, bien sûr, des raisons plus pragmatiques. Car la mission d’exploration que se sont fixée la NASA et les autres agences spatiales est ambitieuse : il s’agit d’abord d’aller sur Mars, et puis au-delà. Or, la Lune constituerait un avant-poste stratégique. Elle contient des milliers de tonnes d’eau glacée, qui pourrait être transformée en eau, en oxygène pour respirer ou en hydrogène pour alimenter les fusées. Elle pourrait également servir de base de lancement pour des missions au-delà du système solaire. L’objectif est donc, comme l’explique une vidéo promotionnelle de la NASA, d’aller sur la Lune “pour y rester”. Et, si ça marche, de répliquer cette approche ailleurs dans notre système solaire. “Nous courons vers la Lune non pas comme vers une conclusion, mais une préparation.” 

En quête de partenaires commerciaux

Dans cette course contre la montre, la NASA a déjà annoncé qu’elle aurait besoin d’1,6 milliard de dollars supplémentaires de budget l’année prochaine, et probablement plus les suivantes. Elle a également lancé un appel à projets de la part de partenaires commerciaux, c’est-à-dire d’entreprises privées, pour mettre au point certains des modules de la mission.

Pour résumer, le programme Artemis se décomposera en trois grandes étapes : d’abord, une fusée baptisée  SLS et une capsule appelée Orion, déjà développées avec Boeing, emmèneront les astronautes jusqu’à une toute nouvelle station spatiale, Gateway. Gateway, dont la NASA veut lancer la construction en 2022, orbitera autour de la Lune et servira de point relais, en quelque sorte. De là partiront de petits atterrisseurs pour emmener des humains sur Mars, puis les ramener à bord de Gateway. C’est pour cette dernière partie du trajet que la NASA a sollicité des entreprises privées : construire ces atterrisseurs, qui doivent être réutilisables.

La proposition de Lockheed Martin

Pour le moment, deux prétendants se sont déclarés. D’abord Lockheed Martin, partenaire historique de la NASA, qui a présenté en avril son concept : deux engins différents, un atterrisseur pour aller sur la Lune et un “véhicule ascendant” pour remonter sur Gateway. Pour Lisa Callahan, directrice générale de Lockheed Martin, la deadline est ambitieuse mais “faisable”. L’autre candidat est plus connu du grand public : il s’agit de Blue Origin, l’entreprise fondée par Jeff Bezos (on vous en parlait un peu ici), qui a récemment dévoilé son Blue Moon, un engin capable de déposer 3,6 tonnes (humains et équipements) à la surface de la Lune. “Sa capacité à réaliser des atterrissages précis et en douceur permettront d’établir une présence humaine durable sur la Lune”, affirme-t-on chez Blue Origin.

Prochaines étapes, donc, dans la course à la Lune : le choix de l’heureux élu et le vote du budget alloué à Artemis par le Congrès américain. Car en fin de compte, quand il s’agit d’exploration spatiale, on en revient toujours à la même chose : l’argent et la volonté politique.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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