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La Silicon Valley doit-elle arrêter de compter sur les hommes providentiels ?

LD
Lilas
18 septembre 2018

En 2018, le mythe des entrepreneurs génies made in Silicon Valley, ces hommes providentiels multimillionnaires a pris un sacré coup. Et c’est sans doute pour le mieux.

L’été et les vacances se terminent, et vous êtes peut-être passé à côté de la dégringolade de l’action Facebook : fin juillet 2018, la capitalisation de la firme a baissé de 110 milliards de dollars en un jour, l’action a perdu 19%. Cet épisode vient clore une année particulièrement difficile pour Facebook et son dirigeant Mark Zuckerberg, sous les feux médiatiques après le scandale Cambridge Analytica.

Le 17 août, à la Bourse de New York, c’est l’action Tesla qui finit en baisse de 8,93 %, en raison des enquêtes de la Securities and Exchange Commission (SEC), mais aussi parce que les marchés remettent sérieusement en question la capacité d’Elon Musk à diriger l’entreprise. Entre ces deux crises qu’a vécu la Silicon Valley se profile le renouvellement d’une forme de leadership personnel et ultra-médiatique. En creux, c’est une mythologie de l’entrepreneur qui doit se réinventer.

Capture d'écran d'Elon Musk interviewé en 2016 par Y Combinator
Capture d'écran d'Elon Musk interviewé en 2016 par Y Combinator

Tourmente pour Tesla

Si vous avez passé cet été dans un bunker ou en pleine déconnexion, peut-être que la tourmente dans laquelle a été plongée Elon Musk, directeur de Tesla, vous a échappé. Outre les sorties du PDG de Tesla peu élégantes sur Twitter, Elon Musk est dans le collimateur du gendarme financier américain depuis quelques mois. Selon les règles boursières, Tesla pourrait avoir enfreint la réglementation s’il s’avérait que le groupe avait trompé les investisseurs sur l’origine ou l’ampleur de ses retards de production. Car Musk avait affirmé que Tesla produirait 200 000 véhicules pour la fin 2017 ; une estimation révisée plus tard à 20 000. Selon le Wall Street Journal, le groupe n’en a, finalement, produit que 2 700 l’an dernier. Pour autant, cela n’a pas empêché Elon Musk de prendre le monde de court en annonçant le 7 août qu’il souhaitait faire de Tesla une entreprise privée, en annonçant un prix des actions à 420 dollars dans un tweet. Cette annonce a immédiatement jeté le discrédit sur l’entrepreneur. Une semaine après, Elon Musk, interviewé par le New York Times, confiait être “à bout”. “L’année écoulée a été l’année la plus difficile et la plus douloureuse de ma carrière. (…) C’était atroce, confiait-il. Il y a eu des périodes où je n’ai pas quitté l’entreprise pendant trois ou quatre jours, des jours où je ne sortais pas.”  Pour l’entrepreneur, actionnaire et fondateur de Tesla, difficile pour autant de faire preuve de la distance nécessaire pour protéger l’entreprise de la tourmente.

Mark Zuckerberg a son audition au Sénat Américain en avril 2018
Mark Zuckerberg a son audition au Sénat Américain en avril 2018

Robot Zuck

Ce n’est pas la première fois que la personnalité d’un dirigeant fait douter de sa capacité à mener sa barque. Créateur de “The Facebook” à 20 ans, multimilliardaire à 26 ans : de l’extérieur, impossible de douter du fait que Mark Zuckerberg réussit tout ce qu’il touche. Pourtant, quand le scandale Cambridge Analytica (du nom de la firme qui a exploité les données de millions d’utilisateurs de Facebook à des fins politiques) éclate en mars 2018, Zuckerberg déçoit le grand public et les investisseurs. Déjà réputé peu doué pour les interactions sociales dites “normales”, Mark Zuckerberg sort de son silence tardivement et peine à convaincre l’opinion. Un mois après les révélations faites par The Guardian, la tête déconfite d’un Mark Zuckerberg auditionné par une commission spéciale des députés américains fait le tour de la planète. L’audition, retransmise en direct, avait pour objectif de comprendre comment une telle faille avait été rendue possible par le réseau social. Mais elle a surtout été l’occasion pour les internautes de questionner le manque d’empathie montré par Mark Zuckerberg. Rapidement, des memes ont vu le jour et des commentaires sarcastiques se sont succédé, doutant de l’humanité du patron de Facebook. En juillet 2018, la sanction des marchés tombe. Malgré des efforts en relations publiques, Zuckerberg n’a pas réussi à rassurer les investisseurs : la perte de l’entreprise est estimée à 15 milliards de dollars.

Un tweet comparant Mark Zuckerberg à un lézard et à un robot
Un tweet comparant Mark Zuckerberg à un lézard et à un robot

La fin du mythe de l’entrepreneur génie ?

Si Zuckerberg semble avoir réussi limiter les dégâts pour son entreprise, il semblerait qu’Elon Musk soit toujours en chute libre. Récemment, lors d’une interview de plus de 2h30, il apparaissait éreinté, à bout. Ces deux crises consécutives des ténors de la Silicon Valley sont des avertissements. D’abord, elles écornent la mythologie messianique de l’entrepreneur génie capable d’être à la fois un fondateur-créateur, un leader et un bon gestionnaire. Elles sont le signe que même dans la Silicon Valley, les épaules d’un seul Homme — aussi doué soit-il — ne sont pas assez grandes pour porter les colosses que sont devenues des entreprises comme Facebook ou Tesla. Surtout, ces affaires ouvrent une brèche, en appelant à un autre type de management, à une forme d’incarnation du leadership qui soit plus collective. Car qu’on se le dise : nous ne condamnons pas le génie des entrepreneurs, bien au contraire. Nous appelons à questionner la forme de leadership qui semble en découler “naturellement”. Sur son blog d’entreprise Alexandre Pachulski, CEO de TalentSoft, spécialiste des solutions RH, appelle ainsi à la fin de l’homme providentiel en entreprise. Le monde étant devenu de plus en plus complexe, il est désormais indispensable d’adopter un leadership partagé, pour pouvoir mobiliser différentes expertises selon les situations. Pachulski écrit ainsi : “De la Communauté de l’anneau décrite dans les livres de Tolkien jusqu’aux films d’Hollywood (Avengers Age of Ultron, X-Men Apocalypse ou encore Justice League), le leadership se partage. C’est une condition sine qua non à la réussite de l’entreprise.” Espérons que la Silicon Valley entende et adopte ces conseils très bientôt.

Pour aller plus loin :


LD
Ecrit par
Lilas D
Journaliste, chercheuse et consultante. Depuis Berlin, j'écris sur les enjeux sociétaux des technologies et questionne le futur que nous sommes en train de construire.
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