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Quand la tech veut aider les réfugiés

Philothée
Philothée
29 octobre 2018

Le Techfugees Global Summit 2018 s’est tenu à Paris les 25 et 26 octobre 2018 : deux jours pendant lesquels plus de 500 personnes du monde de la tech se sont rassemblées pour déterminer comment l’innovation peut aider à répondre aux besoins spécifiques des personnes réfugiées.

En septembre 2015, des personnalités de l’industrie de la tech, emmenées par Mike Butcher, éditorialiste pour le magazine TechCrunch, lançaient Techfugees : c’était au moment de “l’émotion qui a parcouru l’Europe à la vue de la photo du petit Alan, et des preuves spontanées de générosité et d’accueil qu’on a vues dans les gares”, se souvient Joséphine Goube, l’une de ses directrices. “Nous avons voulu poser la question : qu’est-ce que l’on peut faire, au-delà d’envoyer de l’argent à des ONG ? On est dans une industrie de la tech qui dit changer le monde, et 95% des réfugiés ont des smartphones. Donc on a voulu poser la question à l’industrie, et voir sa réponse.”  Trois ans plus tard, les 25 et 26 octobre 2018, Techfugees a tenu à Station F à Paris son second Global Summit. L’occasion pour Yellow Vision d’en apprendre un peu plus sur la manière dont la tech peut et doit aider les populations réfugiées, déplacées ou vulnérables.

Un sommet pour abolir les barrières

Le sommet n’est pas un événement dédié au grand public mais avant tout “un moment de travail”, durant lequel plus de 500 personnes se réunissent pour “réfléchir ensemble, évaluer nos échecs et nos réussites de l’année et fixer des axes pour 2019”, détaille Joséphine Goube. Le thème des travaux cette année : “Let’s tech the borders down, breaking barriers and building bridges”. Il s’agit donc d’explorer les manières dont la technologie est utilisée pour abolir les barrières linguistiques, administratives, culturelles, sociales, économiques ou financières que rencontrent les personnes réfugiées dans les pays d’accueil.

Yellow a pu assister à certains des panels qui creusaient ces questions. Le sujet de la bureaucratie a par exemple été abordé : comment aider les réfugiés à connaître leurs droits et à accéder à l’information qui les concerne ? Comment favoriser leur autonomie face aux démarches administratives ? On a aussi parlé d’identité numérique, puisque 1,1 milliard de personnes dans le monde vivent aujourd’hui sans documents et donc sans identité légale. Or, la technologie peut apporter des solutions pour construire une identité numérique. Mais il est alors indispensable de s’assurer que ces plateformes respectent la vie privée et la sécurité des personnes qui les utilisent. “C’est presque la question essentielle quand on fait de la tech pour des réfugiés, puisque l’on s’adresse à des gens qui sont persécutés pour leur identité”, souligne Joséphine Goube. Les discussions du sommet ont en effet longuement porté sur l’éthique des données et la protection de la vie privée. À une époque où les populismes font de nouveau des personnes déplacées des boucs émissaires, on ne peut se permettre de construire des outils qui risqueraient de faciliter le ciblage de ces populations.

Le sommet a également été l’occasion d’aborder les migrations climatiques : d’après une récente étude de la Banque mondiale, les conséquences du changement climatique causeront la migration de 143 millions de personnes d’ici 2050, ce qui laisse redouter une crise humanitaire de grande ampleur. George Papandreou, ancien Premier ministre grec, a ainsi déclaré pendant la conférence inaugurale : “La tech est une opportunité. Le changement climatique est le défi.”

Techfugees-group-shot

Cinq défis prioritaires pour les réfugiés du monde

Enfin, le sommet a été l’occasion d’annoncer les cinq projets lauréats de la compétition Techfugees Global Challenges. Les projets concouraient dans cinq catégories, qui sont les domaines prioritaires d’action définis par Techfugees, les “5T” : l’accès aux droits et à l’information (Integreat), la santé (Shifra), l’éducation (Antura and the Letters), l’emploi (TaQadam) et l’inclusion sociale (Refugees Are). “Ces cinq focus ont été définis d’une part en fonction de ce qui était faisable par notre secteur : on n’engage pas la tech et l’innovation sur des questions d’urgence et de vie ou de mort, que nous laissons aux organisations humanitaires. D’autre part, nous avons mené des focus groups avec des réfugiés. Ce sont les cinq domaines qu’ils ont jugé les plus cruciaux pour se remettre debout et retrouver une certaine autonomie dans la vie”, explique Joséphine Goube.

La directrice se félicite d’ailleurs que plus de la moitié des “pitcheurs” de cette édition 2018 aient eux-mêmes été des réfugiés — ce qui reste le meilleur moyen de s’assurer que les innovations répondent à leurs besoins. “Nous ne sommes pas solutionnistes : ce n’est pas la tech qui vient en premier, mais le besoin. Il ne s’agit pas d’imposer des technologies.” Bien souvent, les innovations elles-mêmes existent d’ailleurs déjà, et il s’agit “simplement” d’en adapter le design aux usages spécifiques des populations réfugiées (en fonction de leurs contraintes économiques ou de leur langue, par exemple).

 

Des investisseurs encore trop frileux

Reste la question, chaque jour plus pressante, du financement de ces innovations. Depuis son lancement, Techfugees a réussi à s’attacher de grands noms de la philanthropie, comme l’Open Society Foundation de George Soros, qui a promis il y a deux ans 500 millions de dollars dans les startups, entreprises et initiatives sociales fondées par des migrants et réfugiés. Mais les promesses ont du mal à se traduire en investissements sonnants et trébuchants. “Tous ces innovateurs ont un besoin criant d’argent, et aujourd’hui les gens qui investissent (les impact investors ou les fondations) ne savent pas financer ces projets”, regrette Joséphine Goube. “Il n’y a pas de transparence sur où va l’argent, et il existe des biais énormes : on reproduit les élites en donnant toujours aux mêmes, et pas aux projets OVNI qui sont pourtant bons et solides sur le fond.” Pour elle, il est urgent que les impact investors sortent d’une approche qu’elle juge encore trop classique et “apprennent à penser autrement”. L’enjeu d’éducation et de communication est énorme : “Nous allons approfondir nos relations avec les investisseurs et leur poser des questions, leur demander d’être transparents. On devra certainement avoir des conversations difficiles, mais ce sera productif pour tout le monde”, veut-elle croire.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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