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Quand les médias s’inspirent des méthodes de la Silicon Valley

Sébastien Louradour
Sébastien
6 avril 2017

La presse est en crise depuis de nombreuses années. Le numérique a désorganisé les modèles économiques historiques de la presse écrite, les revenus publicitaires sont désormais avant tout réalisés grâce aux contenus en ligne.

Ces revenus sont néanmoins loin d’être suffisants et plus grave, ils ont poussé les médias traditionnels à proposer des contenus publicitaires déguisés en articles sous la mention “contenu sponsorisé” dont la qualité et la probité sont généralement très discutables. Cela n’est satisfaisant ni pour les lecteurs ni pour les médias qui se doivent de conserver l’image d’excellence qu’ils ont su construire pendant des décennies.

Un média traditionnel doit donc désormais s’investir de façon aussi importante sur son contenu imprimé que sur son contenu en ligne et doit imaginer de nouveaux modèles pour générer des revenus grâce aux abonnements en ligne.

L’industrie de la musique et du cinéma ont prouvé avec des plateformes telles que Netflix et Spotify qu’un tel chemin était possible, la presse doit pouvoir s’y engager et réussir ce pari avec le même succès sans perdre en qualité pour autant.

netflix

La recette Amazon appliquée au Washington Post

En 2013, Jeff Bezos (CEO d’Amazon) rachète à titre personnel le Washington Post (WP) pour 250 M$. En 2015, il investissait 50 millions de dollars. Fin 2016, le journal pouvait annoncer être à la fois en croissance et rentable. Pour cela, le CEO a engagé un tournant dans ce journal créé il y a 140 ans en le transformant en entreprise de médias et de nouvelles technologies. Parmi les actions prises : totalement repenser le contenu web et son application.

Le journal a également crée Arc (voir plus bas) une plateforme éditoriale permettant d’analyser l’ensemble des données du site et d’organiser ainsi l’information de façon à mettre en avant les contenus ayant le plus de succès. Il applique pour cela des méthodes telles que le A/B testing pour valider la performance des contenus. Pour assurer cette nouvelle stratégie, l’équipe de développeurs a triplé en deux ans. Grâce à ces transformations, les revenus du WP ont fini par dépasser ceux du New York Times (NYT) en octobre 2015, pourtant lui même en croissance.

Arc, la future plateforme de la presse en ligne ?

Jeff Bezos excelle dans la conception de plateformes qui grignotent tout le marché : Amazon et Amazon Web Services (AWS) en sont deux exemples les plus notables. Il semble que l’homme d’affaires ai décidé de faire sienne cette stratégie pour tous les business où il investit, même le journalisme. Il y a quelques jours, on apprenait qu’Arc, l’outil de publication utilisé et conçu par le WP allait être commercialisé à d’autres journaux. L’objectif : battre les concurrents de la place tels que Tronc ou WordPress mais surtout délivrer un outil de publication bien plus adapté à la valorisation des contenus sur le web.

Un outil d’analyse des vidéos permet de recommander celles qui vont avoir le plus de succès. D’autres outils permettent d’identifier les audiences non adressées, et de mettre en avant les contenus qui attirent le plus de lecteurs notamment en fonction des zones géographiques. L’outil permet en outre de savoir précisément jusqu’où un article est lu, etc.

Le WP espère générer avec Arc 100 M$ de revenus cette année, notamment en proposant pour 150 000 $/mois la plateforme aux grands médias. Pour donner un ordre d’idée, les revenus générés par les souscriptions en ligne du NYT représentent 200 M$.

Le NYT met en place des “task forces” pour transformer ses métiers

Dans son numéro de mars, le magazine Wired revient sur le succès retrouvé du NYT. Il présente notamment les travaux menés par le journal pour y parvenir. Le journal a créé plusieurs Task force dans le but de repenser son modèle économique et la façon dont il peut pleinement tirer partie du basculement vers le numérique.

Le 2020 Group a pour cela étudié pendant un an le fonctionnement de la Newsroom du NYT et a publié un rapport en janvier proposant une feuille de route pour les 3 prochaines années. Un autre groupe de travail Story[X] travaille sur les apports potentiels du machine learning et des nouveaux outils de traduction.

Le Beta group enfin a testé dès 2010 un modèle de paiement pour accéder aux articles en ligne. A ce stade, le NYT a réussi à abonner 1,5 million de personnes à ses contenus en ligne. Mais cela va encore plus loin. L’objectif du Beta group est de regrouper des offres de services via des abonnements. Par exemple, l’idée est de rassembler dans une même suite de produits éditoriaux applications, blogs et sujets thématiques (immobilier, santé, cinéma, télévision, etc.). Pour cela, le NYT a construit des équipes pluridisciplinaires rassemblant sur le modèle des startups designers, développeurs, product managers et journalistes. Cela semble simple sur le papier mais il s’agit en réalité pour le NYT d’une profonde transformation organisationnelle.

Il a en effet fallu convaincre éditeurs et journalistes de complètement réimaginer le coeur métier du NYT, un point clé pour une organisation, et en particulier pour cette institution créé en 1851.

En transformant ses méthodes de travail et en arrivant à convaincre méticuleusement l’ensemble de ses 1 300 journalistes à appliquer les méthodes de la Silicon Valley, le journal espère bien basculer pleinement dans l’ère du numérique. Pour illustrer ce changement, au cours des dernières élections présidentielles, le NYT a même créé un chatbot sur Facebook Messenger en se frottant au brûlant sujet de l’intelligence artificielle…

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Un secteur toujours très fragile

Si ces deux exemples illustrent à propos les stratégies qui fonctionnent pour apporter un second souffle à la presse écrite, il n’en reste pas moins qu’ils concernent certainement les journaux parmi les mieux dotés au monde. Pour les autres, le match est loin d’être gagné. L’investissement à consentir pour réussir cette transition numérique n’est en effet pas mince et recruter des développeurs n’est pas chose aisée lorsqu’un journal arrive à peine à payer ses journalistes…

Parmi les pure-players, c’est à dire les médias qui ont choisi d’avoir leur contenus exclusivement sur le web, la situation n’est pas toujours meilleure. Si le site Buzzfeed remonte peu à peu la chaîne de valeur des contenus journalistiques en se positionnant désormais peu à peu sur les sujets politiques en plus que des contenus viraux pour les réseaux sociaux, il n’en reste pas moins que les revenus ne sont pas au rendez-vous. Il en est de même pour Medium qui a du se séparer en début d’année du tiers de ses effectifs.

Et pourtant la presse reste un quatrième pouvoir dont les démocraties ont plus que jamais besoin, source intarissable de contenus et d’informations, internet doit désormais permettre à la presse de regagner son influence et son prestige.


Sébastien Louradour
Ecrit par
Sébastien Louradour
Rédacteur en chef de Yellow Vision, je décrypte les dernières tendances, essaye d'écouter les signaux faibles et de rendre l'ensemble compréhensible pour tous. Contactez-moi, j'échangerai avec plaisir !

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