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Quand l’informatique se met au vert

Philothée
Philothée
3 décembre 2018

Le streaming, la blockchain, les calculs informatiques et l’utilisation d’Internet en général ont des impacts environnementaux bien réels. Heureusement, il existe des solutions pour les réduire.

Quand on parle de l’impact environnemental de l’informatique, on a souvent tendance à se concentrer sur ce que chacun d’entre nous peut faire pour le réduire : regarder les vidéos en basse définition, envoyer ses mails de préférence depuis son téléphone, envoyer carrément moins de mails, vider sa boîte de réception, etc. C’est très bien, mais Yellow s’est aussi demandé comment les start-ups et les grands groupes innovent pour améliorer l’empreinte carbone d’Internet. Voici quelques pistes.

Un radiateur pour réduire l’impact des calculs informatiques

Et si la chaleur émise par nos ordinateurs (et par tous les data centers du monde) servait à quelque chose ? C’est l’idée de l’entrepreneur Paul Benoit, qui dès 2003 observe que les data centers produisent énormément de chaleur et qu’il faut réduire à coups de climatisation. Comme l’explique un article très complet d’Actu Environnement, l’énergie représente en effet 50% des coûts d’exploitation d’un data center et la climatisation justifie 40% à 55% de cette consommation. Résultat : au niveau mondial, les data centers sont responsables de 1,5% de la consommation énergétique (c’est plus que celle de la Russie ou du Japon) et de 2% des émissions carbone (autant que l’aviation civile !). Cette proportion est appelée à augmenter, puisque les data centers sont de plus en plus sollicités par l’explosion du nombre de données que nous stockons collectivement sur Internet et dans le cloud.

Source : Greenpeace

Paul Benoit raconte donc à Shy Robotics : “Je me suis aperçu qu’il était possible de se chauffer en faisant faire des calculs à des ordinateurs. Et si, comme un data center, je revendais la puissance de calcul de mes ordinateurs-radiateurs ? Je pourrais alors gagner de l’argent et la chaleur produite deviendrait utile !” En 2009, Paul Benoit fait breveter son idée et en 2010 il fonde Qarnot Computing, dont les premiers produits sont ces fameux “ordinateurs-radiateurs”. Le QH•1 est un très chic “radiateur numérique” qui allie le noir et le bois ; Sa source de chaleur, ce sont des microprocesseurs qui réalisent des calculs pour des entreprises tierces. Qarnot rembourse la consommation d’électricité du QH•1, ce qui veut dire que l’engin permet de se chauffer gratuitement, en même temps qu’il réduit l’impact carbone des calculs informatiques.

Le QH-1 de Qarnot Computing

Rendre la blockchain durable

L’autre produit phare de Qarnot est un “crypto-radiateur”, QC•1, qui mine des crypto-monnaies et permet ainsi à l’utilisateur de générer des “crypto-revenus” tout en se chauffant. Il répond à une problématique qui est appelée à devenir franchement préoccupante : le coût environnemental astronomique de la blockchain, technologie sur laquelle reposent les crypto-monnaies (et une foule d’autres choses). En effet, pour créer et ajouter chacun des blocs d’une blockchain, un réseau de “mineurs” mettent à disposition la puissance de calcul de leurs machines pour “trouver la solution d’un problème mathématique très coûteux en ressources”, explique Romain Gaborieau, de SQLI Nantes. C’est ce qu’on appelle le “proof of work”. Aujourd’hui, le seul réseau Bitcoin — qui ne représente qu’une fraction des usages de la blockchain — “consommerait entre 300 MW et 10 GW, soit plus ou moins la consommation d’électricité de l’Irlande (3 GW). (….) La blockchain Bitcoin consommerait à elle seule 100 fois la puissance utilisée par l’ensemble des serveurs de Google”, rappelle Usbek & Rica.

Bien sûr, des solutions alternatives se développent, comme le recours à la “proof of authority” (le fait de se reposer sur un réseau de mineurs vérifiés, appelés “validators”), qui requiert une puissance de calcul relativement faible. D’autres, comme la société autrichienne Hydrominer, proposent un “minage vert” grâce à une ferme de minage hydroélectrique, qui est donc exclusivement alimentée par une énergie renouvelable. Qarnot, on l’a dit, veut utiliser la chaleur produite par ces très lourds calculs pour nous aider à chauffer nos maisons. Bitcoin Magazine liste toute une série d’initiatives dont l’objectif est le même : l’entreprise canadienne Myera Group utilise la chaleur générée par le minage bitcoin pour alimenter une serre durable et une ferme à poissons. L’entreprise tchèque d’échanges de crypto-monnaies NakamotoX fait la même chose pour faire pousser des tomates. Dans l’Arizona, NastyMining alimente ses activités de minage avec l’énergie solaire et éolienne.

“Renouveler Internet”

Ces initiatives sont à comprendre dans un contexte plus large de prise de conscience des impacts très réels sur l’environnement. Selon le rapport Click Clean 2017 de Greenpeace, le secteur informatique représente aujourd’hui rien de moins que 7% de la consommation mondiale d’électricité. Depuis 2009, l’organisation demande aux géants du web et de l’informatique de s’engager pour un approvisionnement basé à 100 % sur des énergies renouvelables. Chaque année, elle publie son rapport Click Clean, qui distingue les bons et les mauvais élèves, pour encourager les poids lourds du secteur à “renouveler Internet”.

Greenpeace se félicite du fait qu’aux États-Unis, “l’achat direct d’énergie renouvelable par les entreprises a augmenté de façon spectaculaire depuis 2010 pour atteindre plus de 3,4 GW en 2015. Plus des deux tiers de ces achats sont attribuables aux géants du web.” En novembre 2017, Microsoft a aussi affirmé sa volonté de réduire de 75% ses émissions de CO2 d’ici 2030 (par rapport aux niveaux de 2013), notamment en alimentant ses data centers en énergie renouvelable. Ceux qui veulent s’assurer que leur site Internet a un impact carbone neutre ou s’alimenter grâce aux énergies renouvelables, peuvent avoir recours à la certification de l’entreprise américaine Web Neutral Project.

Restent certains géants, comme Netflix, qui ont toujours recours à des énergies fossiles comme le charbon. Or, le streaming vidéo en général a capté 63% du trafic mondial en 2015 ; selon Greenpeace, ce chiffre devrait atteindre 80% en 2020. L’impact environnemental du streaming est donc loin d’être anodin. À l’aide d’une campagne vidéo bien troussée, l’organisation environnementale milite aujourd’hui pour que Netflix alimente enfin ses gigantesques serveurs en énergies renouvelables. “Netflix a révolutionné la télévision ; maintenant aidons-les à changer le monde”… un data center à la fois.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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