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Qui viendra à bout de l’open space ?

LD
Lilas
11 juin 2019

L’open space est régulièrement critiqué pour ses atteintes à la productivité, au bien-être et même à la collaboration entre les salariés. Pourtant, c’est toujours le roi incontesté de l’architecture de bureau. Mais pour combien de temps ?

L’ouverture est un principe très valorisé dans nos sociétés avides de collaboration et de transparence ; alors forcément, en théorie, l’open space, c’est génial. Travailler dans un vaste espace partagé permettrait davantage d’interactions informelles et horizontales, facilitant ainsi la circulation d’idées, davantage de productivité et des modes de travail collégiaux devenus quasi-instinctifs. En 2012, quand Mark Zuckerberg a dévoilé le design de ce qui deviendrait le siège social de Facebook, conçu par Frank Gehry et inauguré en 2015, il expliquait : “L’idée est de faire l’espace d’ingénierie parfait : une gigantesque salle dans laquelle des milliers de personnes sont si proches qu’elles peuvent collaborer ensemble.”

Le succès de l’open space est tel que selon une étude menée par la International Facility Management Association, en 2010, 68 % des salariés travaillaient dans un bureau sans murs ou avec des cloisons très basses. Depuis, on ne peut qu’imaginer que cette proportion a encore augmenté. Pourtant, dans la vraie vie, tout tend à montrer que l’open space n’a quasiment aucune des vertus qu’il nous promet.

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Le problème avec l’open space

Premier cliché pulvérisé, celui de la collaboration. Selon une étude menée en 2018 par la Harvard Business School, l’installation d’une entreprise dans un open space a tendance à faire augmenter de 67 % le nombre d’e-mails et de messages instantanés envoyés au sein même de l’équipe. Dans le même temps, les interactions en face à face diminuent de 73 %. Fast Company rapporte que des chercheurs ont montré que les personnes qui travaillent en open space prennent ? de congés maladie de plus que ceux qui bénéficient d’une plus grande intimité, et qu’ils sont moins heureux, plus stressés et moins productifs.

Ce dernier point — la baisse de productivité — est particulièrement vrai pour les salariés dont les tâches ont trait à l’exécution. Selon une autre enquête menée en 2018, auprès de créatifs cette fois, 65 % des répondants ont besoin de travailler dans un silence relatif ou absolu : impossible quand son voisin d’open space est au téléphone ou qu’un coin de la salle est occupé par une réunion impromptue. “La saturation sensorielle qui existe dans les open spaces est telle que je peux à peine fonctionner. J’ai déjà dû quitter un emploi à cause de ça”, explique un graphiste à Fast Company. Or, ce qui est mauvais pour l’individu est mauvais pour l’équipe, comme l’explique un article publié par The Conversation : “La recherche montre que quand les salariés ne peuvent pas se concentrer, ils ont tendance à moins communiquer. Ils peuvent même devenir indifférents envers leurs collègues.”

Enfin, comme l’a montré une enquête menée auprès de deux services gouvernementaux britanniques, le culte de la transparence (incarné par les parois en verre) peut avoir des effets pervers — surtout sur les femmes. En effet, les salariées de ces services ont déclaré se sentir beaucoup plus observées qu’auparavant par leurs collègues, certaines changeant même de façon de se vêtir. Pire, cette visibilité permanente “a permis à ces hommes de juger et de classer les femmes en fonction de leur attirance sexuelle”, écrivent les auteurs de l’étude.

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Pourquoi continue-t-on de l’utiliser ?

Pourquoi, alors, l’open space est-il toujours le maître incontesté de l’architecture de bureau ? D’abord parce que c’est une esthétique tellement ancrée qu’on ne la remet plus en question. Popularisée par des géants comme Google et Facebook, cette manière d’organiser l’espace est en quelque sorte devenue le synonyme visuel d’une nouvelle manière de faire, qui laisse le vieux monde et ses “cubicles” à la traîne. Comme l’explique à Fast Company Calvin Newport, un professeur de Georgetown University spécialisé dans les modes de travail, l’open space est devenu un marqueur de valeur auprès des investisseurs et des potentielles recrues. L’objectif “n’est pas d’améliorer la productivité et la collaboration, mais de signaler que l’entreprise fait quelque chose d’intéressant”, estime-t-il.

Autre argument de poids en faveur de l’open space : son prix. Selon l’association immobilière, l’espace alloué à chaque employé aux États-Unis est passé de 20 m2 en 2010 à 16 m2 en 2013, et il ne cesse de décroître. WeWork, qui règne en maître sur le monde du coworking aux beaux espaces ouverts, s’est lancé dans la conception de bureaux pour d’autres entreprises : récemment, ils ont permis aux bureaux d’Expedia à Chicago de passer de trois étages à deux, en conservant le même nombre de salariés.

Et puis il y a tout simplement le fait que, maintenant que ces open spaces sont là, il faut bien faire avec, puisque les entreprises ne refont pas leurs bureaux tous les quatre matins. Heureusement, il existe quelques pistes pour améliorer le quotidien de ceux qui y travaillent.

“Make Open Space Great Again”

Car il ne s’agit pas non plus de revenir aux espaces saucissonnés de cubicles ou aux cloisons hermétiquement fermées : l’idée, c’est d’adapter l’espace aux différentes tâches qui doivent s’y dérouler. Comme l’explique à Fast Company Liz Burow, la directrice de la stratégie des lieux de travail de WeWork, “les gens ont des besoins différents au cours de la journée et de leur vie. Ils peuvent avoir besoin de se concentrer à un certain moment, et de parler à quelqu’un à un autre.” Pour l’architecte Janet Pogue McLaurin, les open spaces les plus efficaces sont ceux qui sont flanqués de nombreuses salles de réunions et d’espaces privés favorisant la concentration. “Les entreprises innovantes utilisent davantage d’espaces différents au sein du bureau”, estime-t-elle.

L’article de The Conversation, lui, insiste sur des aspects esthétiques qui ne sauraient être sous-estimés. Ainsi, même quand on est souvent interrompu, avoir accès à la lumière du jour et à une vue de la nature régénère les ressources cognitives. Les espaces de travail considérés comme jolis et agréables entretiennent également la confiance au sein des entreprises. Voilà qui donne une idée du bureau idéal : de la lumière, des plantes, des espaces partagés, mais aussi des salles où pouvoir s’isoler.


LD
Ecrit par
Lilas D
Journaliste, chercheuse et consultante. Depuis Berlin, j'écris sur les enjeux sociétaux des technologies et questionne le futur que nous sommes en train de construire.
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