Simplifiez-vous l'innovation

#astuce
catégories

#astuce
partage

#astuce
liens internes

Screen Shot 2018-10-23 at 12.06.35

Comment réinventer notre rapport aux réseaux sociaux

Philothée
Philothée
17 septembre 2018

L’utilisation immodérée des réseaux sociaux nous ferait plus de mal que de bien. Mais ça n’est pas une fatalité.

Au cœur de l’été, un “nouveau” réseau social est apparu qui est censé apporter une solution aux mauvaises habitudes qu’on a prises avec Facebook, Instagram, Twitter, Snapchat et tous les autres. Brizzly, c’est son nom, est une simple boîte de saisie de texte : “Écrivez ce que vous voulez dire dans la boîte, et cela disparaît instantanément quand vous l’envoyez. Ce n’est ni sauvegardé ni publié nulle part !”, explique un encadré sur le site. “Enfin ! Il existe un moyen de s’assurer que vos publications sur les réseaux sociaux accomplissent leur merveilleux destin : terminer directement à la poubelle”, se réjouit notamment Slate.

Brizzly a été créé en 2009 par un certain Jason Shellen comme interface de Twitter et Facebook ; il a ensuite été racheté par AOL mais était dormant depuis 2012. Sa réactivation en 2018 montre qu’on a peut-être atteint une certaine limite dans l’utilisation des réseaux sociaux, et qu’il est temps de réinventer notre rapport à ce que l’on publie en ligne.

Ultra-moderne solitude

En effet, au-delà du côté gadget de Brizzly se pose une vraie question : qu’est devenue notre relation aux réseaux sociaux ? La promesse initiale était de nous offrir toujours plus d’opportunités de connexion avec les gens que l’on aime ou qui nous intéressent mais, en réalité, les réseaux sociaux nous rendent plus seuls qu’autre chose. Et ce sont des anciens de Facebook qui le disent. En novembre 2017, devant des étudiants de l’université de Stanford, l’ex vice-président de Facebook, Chamath Palihapitiya, confessait son “immense sentiment de culpabilité”, déclarant : “nous avons créé des boucles déclenchant des réactions de court terme nourries à la dopamine qui sont en train de détruire le fonctionnement de la société.”

À peu près au même moment, le tout premier président du réseau social, Sean Parker, faisait lui aussi son mea culpa : “Le processus de décision derrière la construction de ces applications (…) c’était surtout : ‘Comment est ce qu’on absorbe le plus possible de votre temps et de votre attention consciente?’ Et cela veut dire que nous avons besoin de vous donner une dose de dopamine une fois de temps en temps, parce que quelqu’un a aimé ou commenté une photo ou une publication. (…) Exactement le genre de choses qu’un hacker comme moi imaginerait, parce que ça exploite une vulnérabilité de la psychologie humaine.” Le designer Loren Brichter, qui a créé le mécanisme de tirer vers le bas pour actualiser, dit s’être inspiré du fonctionnement des machines à sous : on a perpétuellement envie de continuer pour voir si une récompense ne va pas finir par tomber. “Tirer pour actualiser est addictif. Twitter est addictif. Ce ne sont pas de bonnes choses”, cite Business Insider.

Dopamine vs. sérotonine

Ce que ces repentis décrivent, c’est l’exploitation par les réseaux sociaux des mécanismes du plaisir et de la récompense. Pour faire simple, à chaque interaction, l’utilisateur reçoit un shot de dopamine, un puissant neurotransmetteur associé au plaisir mais aussi à la dépendance : plus il est libéré, plus on a envie d’en retrouver la saveur. Avec le temps, le seuil de tolérance baisse, et il faut toujours plus de stimulations pour retrouver le même plaisir. Comme le racontent Les Échos, le professeur Ofir Turel, qui travaille sur les systèmes d’information à l’université de Californie, a prouvé que “l’usage excessif de Facebook est associé à des changements dans le circuit de la récompense”, car ces récompenses sont variables et imprévisibles. “C’est comme si on plaçait des gourmandises différentes chaque jour dans votre frigo : vous auriez beaucoup de mal à résister à l’envie de l’ouvrir.”

Pour le pédopsychiatre et neuroendocrinologue américain Robert Lustig, cette quête du plaisir peut même devenir l’ennemie du bonheur, qui lui dépend de la sérotonine : “non seulement le bonheur n’est pas la conséquence naturelle de l’accumulation du plaisir, explique-t-il, mais la recherche effrénée de celui-ci pourrait au contraire inhiber le sentiment de plénitude et de contentement”, résume Le Monde.

Reprendre le contrôle

Alors que faire ? Éradiquer les réseaux sociaux hors de nos vies ? C’est le parti pris par Chamath Palihapitiya et de nombreux autres de la Silicon Valley. Mais si cela vous paraît trop dur ou impossible, il existe des solutions. Certaines prennent la forme… de réseaux sociaux. Vous pouvez utiliser Brizzly, qui vous procurera la satisfaction d’avoir “posté” du contenu sans aucune des conséquences négatives qui y sont associées. Mastodon, créé en 2016, veut de son côté être une réponse à Twitter : c’est un réseau décentralisé et open source, garanti sans publicité et sans surveillance. Son fondateur, Eugen Rochko, un Allemand de 25 ans, explique au Monde : “Pour les citoyens de tous les pays, la communication mondiale instantanée offerte par les réseaux sociaux est devenue très importante, à tous égards. Elle devrait être gérée collectivement, comme un service public démocratique.” Ça ne règle pas tous les problèmes, mais pas de surveillance ni de publicités ciblées, ça veut dire moins de chances de tomber sur des récompenses aléatoires qui alimentent la dépendance. Pour une alternative à Facebook sans pubs mais aussi sans algorithmes et réellement fondée sur vos relations avec les autres membres, il y a Vero : un peu comme Google+, Vero vous propose de classer vos amis selon votre degré de proximité et de choisir qui exactement peut voir chacune de vos publications, comme dans la vraie vie. Son slogan : True Social.

Mais surtout, la dépendance aux réseaux sociaux n’est pas une fatalité. Comme n’importe quelle activité qui procure du plaisir mais risque aussi de faire naître une dépendance, il faut apprendre à la contrôler. On peut laisser le plus souvent possible son téléphone dans une autre pièce, voire désinstaller les applications pour ne plus consulter les réseaux que sur ordinateur. On peut désactiver toutes les notifications qui ne sont pas provoquées par de vraies personnes et reprendre l’habitude de se parler au téléphone. Si on a du mal avec le self control, on peut utiliser l’application du même nom, qui bloque pendant un temps déterminé l’accès aux sites et applications qu’on n’arrive pas à s’empêcher de visiter. Surtout, on peut choisir la manière dont on se sert des réseaux sociaux. Selon des travaux menés pour Facebook par Moira Burke, une chercheuse de Carnegie Mellon, la consommation passive de contenus et le scroll incessant ont des effets négatifs, mais les interactions avec des proches et le fait de se rappeler des souvenirs grâce au réseau “améliorent le bien-être”. En somme, il faut apprendre à domestiquer nos réseaux sociaux pour revenir aux fondamentaux : se connecter avec ceux qu’on aime. Et accepter qu’on peut facilement se passer du reste.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
Partager
Commentaires (0)
S’inscrire
à la newsletter