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Robin hood, l’app qui veut rendre la bourse accessible à tous

LD
Lilas
12 mai 2017

Oudelali, oudelali, Robin des Bois est parmi nous ! Non, il ne s’agit pas d’un néo Jérôme Kerviel au programme altruiste, mais du nouveau venu de la fintech : Robin Hood (Robin des Bois en anglais). Voilà une app qui propose un service inédit : démocratiser la bourse en supprimant les barrières payantes à l’entrée. La spéculation financière sera-t-elle ouverte à tous grâce aux bandits de grands chemins Robin hood?

Dans la sillage de la fintech, qui désigne l’ensemble des start-ups, entreprises et services qui entendent transformer la finance par l’intermédiaire des nouvelles technologies, on connaissait les banques mobiles. Désormais, il faut aussi compter sur la multiplication de services de courtage en ligne. Parmi eux, il y a Robin Hood. Créée en 2013, la start-up a déjà réalisé une levée de fonds record de 66 millions de dollars et compte près de 2 millions d’utilisateurs. Pourquoi cet engouement ? Parce que la promesse est inégalée.

Une fois téléchargée, l’application permet à n’importe qui d’avoir accès aux marchés financiers et d’acheter librement des actions. Ce qui fait de Robin Hood la première app de spéculation financière. Si, pour le moment, elle n’est ouverte qu’aux résidents américains, on peut imaginer qu’elle s’ouvre à l’international bientôt.

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Robin Hood, le poids plume sur le ring des marchés

Sur les marchés financiers, chaque entrant doit payer une commission sur chaque opération réalisée à un intermédiaire. C’est ainsi qu’aux États-Unis, les concurrents de Robin Hood ponctionnent par exemple entre sept et dix dollars sur chaque transaction. La start-up a décidé de cultiver sa différence en visant les utilisateurs plus jeunes, digital natives et moins fortunés. Elle a donc supprimé ces barrières à l’entrée pour, d’une part, garantir une plus grande masse critique d’usagers, mais aussi parce qu’elle part du principe que la majorité de ses utilisateurs fera des plus petits placements. Ainsi, pour ne pas décourager ceux qui feraient des bénéfices avec des commissions intermédiaires trop importantes, la suppression des commissions s’est-elle imposée, explique le média spécialisé Tech Crunch en 2014. Robin Hood serait donc révolutionnaire dans le club des golden boys de la bourse? Oui. Et cela passe par un autre point saillant : le design de l’interface. Pas étonnant que la firme ait gagné en 2015 le prix Apple design, décerné aux applications de l’Apple store les mieux conçues. Par rapport aux compétiteurs historiques comme E*Trade, Robin Hood offre une expérience utilisateur unique : une action est achetée par un simple glissement de doigts. Et l’interface est composée d’un choix de couleurs pertinent, qui informe en un coup d’oeil l’utilisateur sur l’ouverture (un écran blanc) ou la fermeture (un écran noir) des marchés, mais aussi sur les actions dont le court a monté (vert) ou baissé (rouge). Et comme l’information est clé dans la prise de décision boursière, Robin Hood a également lancé un système de notifications paramétrable pour que l’utilisateur puisse automatiser rapidement les informations concernant l’évolution de son portfolio.

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Empowerment du spéculateur vs. assistance informée

Même si le héros Robin des Bois volait les riches pour donner aux pauvres, ne soyons pas naïfs non plus. Car dans le monde de la fintech, rien n’est gratuit. Vous vous demandez sans doute comment Robin Hood fait de l’argent ? La start-up a lancé en septembre 2016 son offre premium, appelée “Gold”. Pour 10 $ par mois, l’utilisateur a accès à une ligne de crédit à hauteur de 2500 $, qui lui permet d’emprunter pour dépenser et acheter des actions et bénéficie aussi d’un gain de temps pour accéder au marché — dont l’accès est strictement réglementé à certains horaires. Dans quelques années, alors que d’autres proposeront des services similaires ou améliorés, on peut parier que l’offre “gold” ajoutera des services encore plus personnalisés, voire se verra garnie d’une autre encore plus premium.

Reste à savoir si la version basique de l’application permet de réellement rendre la bourse accessible à tous. La philosophie de Robin Hood est de faire tomber les barrières à l’entrée sur les marchés financiers pour faire que le plus grand nombre puisse y accéder. Betterment, autre succès de la fintech outre-atlantique, oeuvre au même objectif, mais avec une approche différente. Elle propose au contraire aux petits porteurs de payer une petite somme tous les mois pour avoir accès à des conseillers financiers, responsable de leurs placements et investissements financiers. Car pour le fondateur de Betterment, l’information financière reste détenue par une partie d’experts, qui les rendent indispensables pour faire fructifier les placements efficacement et sur le long terme. Une approche différente qui alimente l’idée selon laquelle Robin Hood ne profiterait finalement qu’à des profils qui savent déjà naviguer dans les arcanes financières. En résumé, si Robin Hood facilite l’accès aux marchés financiers au plus grand nombre, elle ne garantit pas à ses deux millions d’utilisateurs qu’ils puissent faire fructifier de manière informée leurs placements financiers.

Démocratiser la finance, vraiment ?

La gestion du risque financier et la spécificité du marché financier rendent donc peut-être la tâche de démocratisation plus difficile qu’elle n’y paraît. De quoi douter que Robin Hood fasse vraiment comme son célèbre homonyme : prendre aux riches pour donner aux pauvres. L’un des grands mérites de la start-up est de changer la démographie des courtiers : l’âge moyen de l’utilisateur de Robin Hood est de 27 ans, contre 55 ans pour l’intermédiaire E*Trade. Mais le profil CSP, lui, en est-il véritablement transformé ? Rien n’est moins sûr. Robin Hood fait un pas certes vers la refonte de la place historique qu’est la bourse, mais son utilisation nécessite une connaissance accrue de l’information financière pour pouvoir réellement en bénéficier. Le jour où Robin Hood redistribuera la richesse n’est donc pas pour tout de suite, mais en attendant, les tous petits requins de la finance peuvent aller se faire les dents sur les marchés.

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LD
Ecrit par
Lilas D
Journaliste, chercheuse et consultante. Depuis Berlin, j'écris sur les enjeux sociétaux des technologies et questionne le futur que nous sommes en train de construire.
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