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Shanghai Valley, nouvel eldorado de la tech

LD
Lilas
18 octobre 2017

La Silicon Valley, un empire indétrônable ? Pas si sûr…. Shanghaï, Schenzen ou Pékin pourraient bien s’imposer comme de nouveaux El Dorado de la technologie dans les prochaines années.

C’est un rapport de la firme de consulting KPMG qui a affolé les titres de la presse tech en mars dernier : Shanghaï est en première position des hubs technologiques pour rivaliser avec la Silicon Valley. Ce résultat est le fruit d’un sondage déclaratif effectué auprès de 800 directeurs d’entreprises et experts de la tech à la fin de l’année 2016, devant nommer au moins trois villes capables de concurrencer la Silicon Valley.

Dans ce même top, on trouve en treizième position Shenzhen, la ville mère du géant du web chinois Tencent, mais aussi du fabricant hardware Huawei. Curieusement, le rapport de KPMG, lancé en mars, continue de faire parler de lui sur nos timelines, et ce après l’annonce des résultats financiers des grands du web chinois cet été (dont nous avons parlé ici). Dans la même étude, 26% des déclarants confient pourtant que la Silicon Valley américaine sera probablement le nid des innovations de rupture du futur. Alors la Chine va t-elle remplacer la Silicon Valley ? Sans se risquer à tenter une prophétie, on regarde ce qui rend prometteuse la prédiction.  

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Une concentration d’atouts

De l’intelligence artificielle à la fintech en passant par les VC, la Chine n’a plus rien à envier à l’expertise recherche et développement ou au capital risque américains. Ainsi, le magazine Challenges notait en mai 2017 que la Chine lançait “un plan de développement national de l’intelligence artificielle, visant à faire passer son poids économique de plus de 150 milliards de yuans (22,15 milliards de dollars) à l’horizon 2020 à 400 milliards de yuans (59,07 milliards de dollars) d’ici 2025, selon des chiffres du Conseil d’État (gouvernement).” Ces investissements publics ne sont pas les seuls à faire de la Chine un rival potentiel des États-Unis : les Venture Capitals, eux aussi, investissent massivement en Chine. Ainsi le Financial Times révèle-t-il que la trinité des BAT (Baidu, Alibaba et Tencent) ont à eux seuls investi dans près de 46 “licornes asiatiques”. Le nombre de start-ups soutenues par Tencent dépasse celui de celles financées par le fonds américain Sequoïa : 17 contre 13. Enfin, le cabinet iResearch rapporte dans Le Monde que les paiements en ligne ont atteint [en Chine ] 5 500 milliards de dollars en 2016, presque cinquante fois plus que les 112 milliards dépensés sur mobile aux États-Unis.” Tous ces chiffres semblent démontrer que le pays, présenté il y a plus de dix ans comme étant perpétuellement à la remorque des États-Unis, qu’il tentait de rattraper en les copiant (notamment des clones de eBay, Google et Facebook), a su créer ses propres spécificités. Quitte à être à son tour copié… par la Silicon Valley.

La fin du Copycat chinois

L’exemple le plus parlant du succès chinois est l’application de messagerie WeChat, qui embarque toute une série de fonctionnalités dont le micro-paiement. C’est le fleuron de Tencent, sa maison-mère : WeChat rassemble 963 millions d’utilisateurs dans le monde. Un succès qui lui vaut d’être copié par la Silicon Valley. Le 5 septembre, Sheryl Sandberg, vice-présidente de Facebook, partage sur son profil les success stories du service Whatsapp Business : la messagerie, rachetée par Facebook, permet dans certains pays à des petites et moyennes entreprises d’organiser leurs commandes et de recevoir des paiements. En Inde, c’est Google qui annonce le 17 septembre dernier le lancement de Tez, une app de micro-paiement pour le marché indien. Pour autant, les tentatives de WeChat de s’imposer en Europe sont restées lettre morte, renforçant l’idée que WeChat et les innovations chinoises, bien qu’en avant garde sur beaucoup de technologies, sont aussi faites pour un marché chinois qui est le véritable garant de leur succès.

Particularités culturelles et force de sa diaspora

Car ce sur quoi sont assis les hubs de technologie chinois, c’est le marché intérieur et ses habitudes de consommation. Le Monde cite Shaun Rein, consultant et auteur d’un livre sur l’innovation en Chine (The End of Copycat China, Wiley, 2014, non traduit): ”en Chine, il y a maintenant 900 millions de personnes qui disposent d’un téléphone mobile, et 70 % d’entre elles possèdent un smartphone. Aux États-Unis, c’est 40 %. En moyenne, les Chinois achètent désormais de meilleures technologies”. “Ensuite, beaucoup ont sauté l’étape des ordinateurs ou des téléphones fixes. Notamment parce que les mouvements de population sont très importants, ils n’ont jamais acheté d’ordinateurs, ils utilisent seulement leur téléphone. Ici, on passe vraiment sa vie sur son téléphone ! » explique-t-il. Cette diaspora a aussi essaimé sur le continent asiatique ainsi que dans le continent africain, garantissant la domination des technologies chinoises et sécurisant des relais de croissance. Par ailleurs, par rapport à leurs voisins occidentaux, « les consommateurs chinois sont prêts à essayer des nouveaux services s’ils peuvent leur apporter plus de confort. Quitte à céder des données sur leur vie privée. Ce n’est pas une notion forte ici », rapporte Duncan Clark, auteur d’Alibaba, l’incroyable histoire de Jack Ma, le milliardaire chinois (Éditions François Bourin, 2017) au Monde.

Des Silicon Valleys ?

Certains, comme l’auteur de cet article très étonné par le fait que l’on regarde son smartphone dans le métro en 2017, parient que Shanghaï sera la nouvelle Silicon Valley. Mais en réalité, il est difficile de tabler sur une ville en particulier. Comme le rappelle le South China Morning Post, il n’y a pas un hub technologique en Chine, mais plusieurs : Shanghai, Schenzen ou Pékin, les plus gros, qui se trouvent tout de même talonnés par Hanghzou ou encore la pénisule Shandong. Ce qui est certain, c’est que l’accélération de la concurrence chinoise risque de réveiller les consommateurs occidentaux dans les années à venir. À défaut de remplacer tout de go la Silicon Valley, ça fera bien suer quelques cols blancs à San Francisco ou Mountain View…


LD
Ecrit par
Lilas D
Journaliste, chercheuse et consultante. Depuis Berlin, j'écris sur les enjeux sociétaux des technologies et questionne le futur que nous sommes en train de construire.
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