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Shapr, le LinkedIn Killer ?

LD
Lilas
4 octobre 2017

Et si Shapr, nouveau service de rencontres professionnelles, remisait LinkedIn au placard ?

Créé en 2002, LinkedIn est devenu incontournable pour ceux que l’on nomme les knowledge workers. Le site est devenu l’étape obligatoire avant de se rendre à un événement de networking. En quelques clics ou quelques minutes sur l’app, vous pouvez gagner du temps en vous renseignant sur le parcours professionnel, les compétences de telle ou telle personne. Finies donc les rencontres à l’aveugle, LinkedIn vous permet de prioriser vos rencontres professionnelles et/ou mieux connaître vos futurs collaborateurs

Depuis son rachat par Microsoft, en 2016, le site revendique 500 millions d’utilisateurs et 10 millions d’offres d’emplois. Mais devenir incontournable ne veut pas dire irremplaçable : un outsider, lancé par des Français en 2015, tente de faire sa place pour réinventer le réseautage professionnel pour la génération Y : il s’agit de Shapr. Petite mais costaude, la start-up a fini un tour de financement de 9 millions d’euros en juin 2017 pour créer sa version payante. Est-ce que Shapr peut s’imposer comme la nouvelle app de networking ? Yellow Vision fait le bilan.

shapr-appli

Millennials toute !

Si LinkedIn s’impose dans les échanges professionnels, pour les millennials, comme le note Forbes dans un article de 2016, LinkedIn s’apparente à du “social media stalking”. En effet, sur LinkedIn, les visites ne sont pas anonymes (sauf pour certains utilisateurs qui paient pour le service). LinkendIn vous apprend qui sont les personnes qui ont visité votre profil avec le fameux module intitulé “Who’s viewed your profile”, ce qui vous permet de potentiellement les recontacter et créer une connection.

Mais pour Alexis Shaak, un expert interviewé par Forbes, “apparaître comme un stalker parce que vous êtes notifié n’est pas quelque chose de souhaitable”. Les millennials aspirent à des rencontres professionnelles sans avoir le poids de passer pour quelqu’un qui espionne une autre personne. Corollaire de cette crainte, la fonctionnalité “Who’s viewed your profile” implique pour vous, si vous êtes le “visiteur”, que vous ayez déjà rencontré la personne ou que vous alliez la rencontrer dans un futur proche — comme ça, pas de soupçon d’espionnage. Shapr entend combler ces lacunes sociales en adoptant une approche différente : c’est l’algorithme de l’application qui tous les jours vous propose 10 à 15 profils jugés intéressants pour votre carrière. Comme sur Tinder, à vous de swiper à droite si le profil présenté vous paraît pertinent. La suite est à l’avenant, puisque vous vous trouverez “matché” avec les professionnels qui, eux aussi, ont trouvé votre profil intéressant et swipé à droite. Faisant appel à une gestuelle bien connue de la génération Y, l’application mise donc sur une vision décomplexée du networking, qui s’apparente plus à une rencontre qu’à un évènement corporate collet-monté.

Le networking revisité

Quand vous vous inscrivez sur Shapr, vous remplissez votre profil professionnel (ou le site utilise votre profil Linkedin) auquel vous êtes invité à ajouter des donnés plus personnelles, comme vos centres d’intérêts. Vous n’êtes pas seulement un(e) développeur/euse web, mais vous aimez également le yoga et la méditation. L’app vous mettra donc en relation avec des professionnels travaillant dans les industries proches de votre secteur, mais qui partagent aussi les mêmes aspirations. Selon French Web, Shapr revendique 500 000 utilisateurs, avec une croissance de 60 000 utilisateurs par mois. Parmi eux,  60% proviennent des États-Unis, tandis que 25% viennent de France. Le parti pris de Shapr est de faire du networking une manière de socialiser proche des habitudes des millennials. C’est-à-dire une activité beaucoup moins solennelle et sérieuse, et beaucoup plus informelle et décontractée. Depuis le début de l’année, la start-up affirme avoir généré plus de 3 millions de “matches”. Et, comme Forbes le souligne, l’application souhaite prévenir toute dérive et permet aux utilisateurs de dénoncer toute attitude inappropriée.

L’app des digital nomads et travailleurs du futur

Shapr apparaît comme le challenger qui anticipe à quoi ressembleront les habitudes des futurs travailleurs. Car à mesure qu’entrepreneurs et free-lancers se multiplient, le networking change lui aussi. Les travailleurs sont plus mobiles, ne passent pas nécessairement huit heures au bureau, puisqu’ils travaillent de chez eux, et parfois dans une ville ou un pays différents. En l’absence de lieux physiques communs, comment permettre au travailleur de faire évoluer sa carrière ? Shapr semble vouloir combler ce vide : l’app s’adapte au rythme de vie et de travail des free-lancers. La version payante de son application, en projet, “donnera accès à ses utilisateurs à une sélection quotidienne de près de 50 profils et leur permettra de se géolocaliser pour anticiper un futur déplacement dans une ville”, rapporte French Web. Une aubaine pour celles et ceux qu’on appelle les digital nomads, qui ne sont attachés qu’à leur connexion internet et peuvent travailler où bon leur semble. À mesure que ces pratiques professionnelles se banalisent, ce genre de socialisation “on-the go” risque aussi de se diffuser… au détriment peut-être de ceux qui n’ont pas anticipé ces usages et ces modes de vie, comme LinkedIn. À moins que Microsoft ne décide de s’intéresser de plus près à Shapr, pour la faire entrer dans son escarcelle… En attendant, la dernière levée de fonds de la start-up devrait permettre à Shapr de doubler ses effectifs dans ses bureaux de Paris et New York au cours des douze prochains mois.


LD
Ecrit par
Lilas D
Journaliste, chercheuse et consultante. Depuis Berlin, j'écris sur les enjeux sociétaux des technologies et questionne le futur que nous sommes en train de construire.

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