Simplifiez-vous l'innovation

#astuce
catégories

#astuce
partage

#astuce
liens internes

Untitled-2

Votre smartphone peut-il être éthique ?

Philothée
Philothée
14 mai 2019

De l’obtention des matières premières à la fin de vie, nos smartphones, tablettes et ordinateurs ont un coût humain et environnemental déplorable. Bien sûr, ce n’est pas une fatalité. Mais il faudra beaucoup de volonté pour les rendre un peu plus éthiques.

En 2013, l’entreprise néerlandaise Fairphone lançait son premier smartphone, avec deux grandes ambitions : fabriquer un téléphone plus éthique (notamment en sourçant ses matières premières dans des régions exemptes de conflits armés) et durable (en luttant contre l’obsolescence programmée avec un appareil dont les composants peuvent facilement être remplacés). Presque six ans plus tard, le Fairphone n’a pas vraiment décollé : 200 000 appareils ont été vendus jusqu’ici, et l’objectif est d’en écouler 500 000 d’ici 2020, comme l’explique le responsable des ventes Luke James dans Les Numériques. Une goutte d’eau quand on considère que 1,7 milliards de smartphones ont été vendus durant la seule année 2017.

En cause, le prix élevé du dernier modèle en date, le Fairphone 2 (529€, toutefois ramené à 399€ depuis décembre 2018), pour des performances “d’entrée de gamme”, selon Les Numériques. Jusqu’ici, l’objet a donc plutôt été adopté par des écolos et humanistes convaincus, prêts à sacrifier un peu de confort numérique pour leurs principes. Mais au-delà de son cas précis, le Fairphone et sa difficulté à séduire montrent bien à quel point l’industrie est en retard sur des sujets désormais incontournables pour les autres secteurs : son impact social et environnemental.

Un Fairphone 2 démonté par The Verge

Changer de business model

Greenpeace le résume en une formule éloquente dans son rapport Greener Electronics, publié en 2017 : “Derrière cette technologie innovante du XXIe siècle se cachent une chaîne d’approvisionnement et des processus de fabrication fondés sur des sources d’énergie du XIXe siècle, des pratiques d’extraction dangereuses, des produits chimiques qui le sont tout autant et des produits mal conçus qui poussent à l’épuisement des ressources de la Terre.” En d’autres termes, il faut “changer de business model”.

Le tableau dressé par l’organisation n’est en effet pas très réjouissant : des 17 entreprises évaluées selon trois critères environnementaux (énergie, consommation de ressources et produits chimiques), aucune n’obtient la note de A. Sans surprise, le Fairphone (qui n’a jamais caché qu’il n’était pas à 100% éthique) arrive en tête avec un petit B, suivi par Apple (B-) et, ex-aequo sur la troisième marche du podium, hp et Dell avec un C+. Samsung, le plus gros vendeur de smartphones au monde, récolte un D-. Des données presque cruelles quand on lit que le géant coréen s’est récemment engagé à livrer certains de ses produits dans des emballages durables, en lieu et place du plastique : c’est bien, mais c’est très, très loin d’être assez.

L’obsolescence programmée, à la racine du mal

Lire le rapport en détail n’est pas très encourageant non plus : par exemple, Apple a plutôt une bonne note globale grâce à son engagement d’utiliser 100% énergies renouvelables, mais sur le front de l’obsolescence programmée, on ne peut pas dire que ce soit un bon élève. Or c’est justement la cadence de renouvellement des smartphones (tous les deux ans en moyenne), entretenue par des industriels vendant des produits difficiles ou impossibles à réparer, qui sous-tend tout le système : “Des milliards de produits électroniques sont fabriqués, vendus et jetés chaque année — un cycle qui génère des profits de court terme pour les fabricants d’électronique, mais à un coût bien trop élevé pour la planète que nous partageons tous”, souligne Greenpeace. Raison pour laquelle Fairphone précise toujours que “le téléphone le plus écologique est celui que vous possédez déjà.”

Une avalanche de téléphones portables dans une usine de recyclage dans l'Ohio, photographiée par Richard Barnes pour le New York Times

Que fait-on, alors ? Les 1,7 milliards de téléphones vendus chaque année ne peuvent de toutes manières pas être remplacés par des Fairphone. Dans son interview avec Les Numériques, Luke James se veut optimiste : “On ne sera peut-être pas un mastodonte de l’industrie, mais on veut être leader dans ce mouvement pour une électronique plus ‘verte’. (…) Plus on grandit, plus les autres acteurs de l’industrie vont regarder ce qu’on fait, et quand ils vont se rendre compte qu’il existe un marché de consommateurs demandeurs de smartphones plus éthiques, alors là il y aura du changement.” Greenpeace offre des pistes en recommandant aux fabricants de travailler sur trois points pour réinventer leur business model : prendre leurs responsabilités quant à l’impact de leur approvisionnement, concevoir des produits durables et agir sur la fin de vie de leurs produits. Et quand on est un simple consommateur, on peut réparer son téléphone autant que possible, acheter des appareils de seconde main, et puis exiger davantage de transparence et d’engagement : ça a marché dans d’autres domaines, alors pourquoi pas pour l’électronique ?


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
Partager
Commentaires (0)

Merci de poster votre commentaires

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

S’inscrire
à la newsletter