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Start-ups : au-delà des incubateurs

Philothée
Philothée
12 novembre 2018

Depuis les années 1990, les incubateurs de start-ups se multiplient partout dans le monde. D’un strict accompagnement avant la création d’entreprise, ils se sont diversifiés pour jouer aussi le rôle d’accélérateurs, voire de fonds d’investissement. Mais l’incubateur n’est pas le seul horizon pour une start-up qui veut se lancer.

Le tout premier incubateur a été créé en 1959 dans la ville américaine de Batavia, où un homme appelé Joe Mancuso cherchait désespérément des locataires pour une ancienne usine de plus de 9000 m2. Son idée : attirer plusieurs petits business plutôt qu’un gros, en leur offrant un certain nombre de services comme des loyers de courte durée, des équipements et matériels de bureau partagés, du conseil et des services de secrétariat.

Dans les années 1990 et surtout 2000, les incubateurs se sont multipliés dans les pays post-industrialisés. En France, comme le rappellent Les Cahiers de l’innovation, “la situation était simple (…) : il y avait des incubateurs et puis c’est tout ! Certains régions n’en avaient même qu’un seul, le plus souvent lié à la recherche académique et dûment estampillé par l’État.” Progressivement, les acteurs privés se sont intéressés aux incubateurs, ont commencé à y investir, voire à créer les leurs. Aujourd’hui, selon la National Business Incubator Association (NBIA) américaine, il y en aurait plus de 7000 dans le monde, avec une très forte concentration dans des villes européennes comme Paris, Londres et Berlin. Leur rôle a évidemment changé depuis 1959, et d’autres acteurs comme les accélérateurs et, plus récemment, les start-up studios complètent désormais leur offre. Yellow fait le point.

L'usine qui est devenue le premier incubateur du monde

Des incubateurs aux accélérateurs

Comme le retracent Les Cahiers de l’innovation, pendant longtemps, les incubateurs français se sont occupés d’une chose : accompagner des innovateurs jusqu’à la création de leur entreprise, après quoi ils se retrouvaient plus ou moins livrés à eux-mêmes. Les accélérateurs, qui eux ciblent les très jeunes entreprises déjà constituées, prenaient ensuite le relais, notamment pour les aider à trouver des financements. Mais cette dichotomie entre incubateur et accélérateur n’est plus réellement d’actualité. Les deux types de structures proposent des services qui se recouvrent et, selon les définitions, peuvent presque apparaître interchangeables — Les Cahiers de l’innovation en font un comparatif assez complet. Dans The Conversation, Sébastien Tran, directeur de l’École de management Léonard de Vinci, détaille : “On retrouve dans l’offre des incubateurs de 3e génération au moins quatre des cinq services suivants : l’accès à des ressources physiques, des services de ‘bureau’, l’accès à du capital, des services de formation et des services de networking.”

Résultat de la frénésie start-up, les incubateurs et accélérateurs doivent aujourd’hui se montrer compétitifs pour attirer les entrepreneurs. “Pour assurer leur pérennité et faire face à une certaine forme de concurrence (…), les incubateurs se sont considérablement modifiés et beaucoup ont commencé à adopter des stratégies de différenciation (spécialisation dans un secteur d’activité, à une étape du cycle entrepreneurial, etc.) ou de coopétition (…). Certaines études montrent ainsi que les porteurs de projets sont de plus en plus attentifs aux offres proposées et aux coûts à supporter durant la phase d’incubation (…).”

incubator

Créer des start-ups plutôt que les héberger

Mais les incubateurs et accélérateurs ont aussi à faire face à la concurrence de nouveaux types de structure, dont les start-up studios. Ces derniers n’hébergent pas des start-ups : ils les créent. Ce sont eux qui recrutent les équipes de fondateurs : “Les start-up studios ont généralement plusieurs projets dans les cartons et ils font le meilleur match possible avec les profils qu’ils rencontrent régulièrement”, explique un article de Forbes. Ils apportent ensuite à ces équipes un capital humain et financier, en s’appuyant sur une équipe multidisciplinaire et des ressources partagées. Comme le résume Welcome to the Jungle, “l’idée du start-up studio part d’un constat simple : les chances de succès des start-ups sont faibles à leur démarrage et les besoins les plus urgents lors de leur création sont identiques. D’où la volonté de ces acteurs de l’écosystème de paralléliser les efforts et mutualiser les ressources.”

Si le tout premier start-up studio, Idealab, est né en 1996, la date la plus souvent retenue comme coup d’envoi est 2007, année de création des géants Betaworks à New York et Rocket Internet à Berlin. L’un et l’autre ont de beaux succès à leur actif : le moteur de recherche de gifs Giphy pour le premier, le site de vente en ligne Zalando pour le second. En 2015, moins de 70 start-up studios étaient recensés dans le monde. Début 2018, Forbes affirmait qu’il en existait environ 200. En France, les plus connus sont EFounders, Sparkling Partners et Redpill.

Le Netflix de la start-up

Or ce concept se trouve lui aussi déjà disrupté, avec l’arrivée de certains acteurs comme All Turtles, déjà présent à San Francisco et Tokyo, et désormais à Station F à Paris. L’idée : carrément supprimer la création d’entreprise. “Quand on y réfléchit, le système actuel de la production des innovations marche sur la tête. Un entrepreneur qui a une idée géniale doit d’abord créer une start-up, puis aller chercher des financements d’amorçage, puis naviguer dans les complexités juridiques et fiscales, puis faire son produit, recruter, gérer sa croissance, sa R&D, puis lever des fonds, gérer l’hypercroissance… (…) Alors, je me suis dit : pourquoi s’infliger tout ça, pourquoi devoir monter une start-up pour créer un produit innovant ? Et si l’entrepreneur se concentrait uniquement sur le développement de son innovation, et laissait des experts s’occuper à sa place de tous les autres aspects ?”, explique Phil Libin, l’un des fondateurs de All Turtles, à La Tribune.

Résultat, chez All Turtles, il suffit de venir avec une idée (le studio de Paris est spécialisé en intelligence artificielle), et le studio met à disposition les fonctions supports et les compétences pour en faire un produit rapidement commercialisable, puis gérer sa distribution. Sans obligation de créer une entreprise. Phil Libin revendique s’être inspiré de studios de télévision comme Netflix, qui ont “remis le créateur au centre du processus”. De quoi décorréler l’innovation de la notion d’entreprise et la recentrer sur la création, quel que soit le cadre dans lequel elle advient.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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