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Theranos : le mythe brisé de la Silicon Valley

Sébastien Louradour
Sébastien
27 juillet 2016

En l’espace de 13 ans, Elizabeth Holmes, la jeune et charismatique CEO de Theranos, aura vu sa start-up atteindre les sommets et finalement s’écrouler, soupçonnée d’une gigantesque fraude.

Elle faisait la Une de tous les magazines des Etats-Unis, sa fortune était évaluée par Forbes à 4,5 milliards de dollars. A 31 ans, l’avenir d’Elisabeth Holmes était déjà tout tracé : devenir la future Steve Jobs et révolutionner le secteur de la santé.

John Carreyrou est un reporter qui n’a pas peur du scandale. Journaliste d’investigation au Wall Street Journal, deux foix prix Pulitzer, il a notamment été récompensé pour sa couverture sur l’affaire Jean-Marie Messier et Vivendi Universal. Autant dire qu’il n’est pas effrayé par l’idée de faucher en pleine course une licorne, métaphore empruntée par le monde de la tech pour désigner les start-ups ayant atteint une valorisation d’un milliard de dollars.

Theranos est pourtant un spécimen de licorne très recherché. Nous sommes alors en octobre 2015 et la start-up spécialisée dans le domaine des biotechnologies a pour ambition de révolutionner le domaine de la santé en rendant les tests sanguins accessibles à tous et permettant de dépister très en amont toute forme de maladie. Dans un pays où le coût des soins est exorbitant, la promesse est presque inespérée. La valeur de la société atteint alors les 9 milliards de dollars.

Pourtant, malgré tout cet enthousiasme, le reporter est sur le point de publier un article au vitriol en remettant en question la fiabilité des tests sanguins de Theranos, ou pour le dire autrement, la raison même de l’existence de la start-up.

Phobie des aiguilles

Elizabeth Holmes, avant d’intégrer Standford, l’université basée au cœur de la Silicon Valley, voulait devenir médecin. Mais voilà, la jeune Elisabeth avait horreur des aiguilles, si bien qu’elle préféra renoncer aux études médicales pour entamer des études d’ingénieur en chimie.

En 2003, sa peur des aiguilles ne s’est pas estompée, bien au contraire, elle est si vive, qu’elle décide d’en faire un business et quitte l’université sans même avoir obtenu son diplôme. Elle fonde alors Theranos, dont le but est de réaliser des tests sanguins sans la terrible prise de sang, qu’elle n’hésite pas à comparer à un acte de torture, mais juste une petite piqûre au bout du doigt.

Et la technologie créée est absolument spectaculaire : il suffit selon Theranos de quelques gouttes de sang pour analyser jusqu’à 70 marqueurs distincts et envoyer les résultats sur mobile. Et bien sûr, le tout pour un prix deux fois plus faible que le taux de remboursement de la sécurité sociale, forcément ça pique les laboratoires traditionnels avec leurs longues et effrayantes aiguilles.

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Elizabeth Holmes, à son apogée en 2014 ... Un succès qui n'aura pas duré !
Elizabeth Holmes, à son apogée en 2014 ... Un succès qui n'aura pas duré !

American dream

Le développement de Theranos est impressionnant. Disrupter l’industrie des tests sanguins semble même presque facile. Très vite, Theranos, avec sa machine secrète nommée Edison, va convaincre méthodiquement tous les grands acteurs du secteur de la santé de la pertinence de son modèle.

Elle arrive dans l’Etat de l’Arizona à être présente dans les pharmacies Walgreens, puis, toujours dans cet Etat, à co-écrire une loi permettant de commander ses propres tests sanguins sans passer par un médecin. Elle convainc la chaîne de supermarchés Safeway de signer un partenariat pour disposer d’une présence dans ses magasins.

Elle obtient également un agrément de la part de l’administration fédérale en charge de l’alimentation et des médicaments (l’U.S. Food and Drug Administration) pour utiliser les nanotainers, les capsules permettant de recueillir les petites gouttes de sang à analyser.

L’agrément en poche, Theranos se paye même le luxe de ne pas se soumettre à la revue de l’organisme qui approuve généralement les laboratoires d’analyses médicales, le Clinical Labs Improvement Amendments.

Ne pas vouloir se soumettre à la revue par les pairs dans un domaine aussi sensible que la santé, un peu curieux tout de même.

La chute

John Carreyrou est un sceptique, et le manque de transparence de la société sur ses méthodes scientifiques le pousse à enquêter pour comprendre le secret qui se cache derrière l’infatigable succès de Theranos. Et ce qu’il va découvrir a de quoi faire pâlir.

Selon des sources internes, Edison, la machine qui réalise les tests sanguins, est incapable de fournir des analyses correctes car la quantité de sang recueillie est trop faible. Et ce que découvre le journaliste va encore plus loin. Plutôt que de reconnaître l’incapacité d’Edison à réaliser les tests, Theranos va préférer diluer secrètement les gouttes de sang recueillies pour obtenir un volume suffisant et réaliser les analyses avec… une autre machine, celle utilisée par les ennuyeux laboratoires d’analyses médicales.

Aussi, lorsqu’en octobre 2015, l’article est publié en Une du Wall Street Journal, les investigations de John Carreyrou font l’effet d’une bombe et dès lors, les accusations à l’égard de la start-up ne vont cesser de tomber. Vont en effet prendre le relais du reporter les agences fédérales. La FDA (U.S. Food and Drug Administration) demande à Theranos de ne plus utiliser ses nanotainers, les instances de contrôle de la sécurité sociale américaine (Centers for Medicare and Medicaid Services) découvrent de nombreuses failles dans le fonctionnement du laboratoire Theranos de Newark en Californie, mettant en cause son agrément à recevoir des patients couverts par la sécurité sociale.

Côté industrie, Walgreens décide d’arrêter son contrat avec Theranos et ferme les 40 centres ouverts dans ses magasins en Arizona. Safeway, pour sa part, met tout simplement fin au contrat sans jamais avoir accueilli un seul centre.

Encore adulée par les médias quelques mois plus tôt, Theranos devient tout à coup la licorne à abattre et la presse toute entière se retourne subitement contre la start-up.

Bientôt le film

Vous avez aimé Leonard Di Caprio en loup de Wall Street ? Vous allez certainement adorer Jennifer Lawrence en Licorne de la Silicon Valley. Hollywood a en effet flairé la bonne affaire, et s’il n’y a pas encore de date de sortie, les droits viennent d’être acquis pour 3 millions de dollars.

En attendant, Elizabeth Holmes et sa société sont empêtrées dans une longue et complexe bataille juridique et la CEO a récemment été interdite de diriger tout laboratoire d’analyses médicales pour une période de deux ans.

Pour conclure, on peut considérer que deux fautes ont été commises pour que la vérité n’éclate pas plus tôt.

La première a été de croire au mythe du génie de la Silicon Valley. Tout l’écosystème (médias et investisseurs confondus) n’a cessé de vanter les mérites d’Elizabeth Holmes, jeune gourou des biotechs, voyant dans son départ précipité de Standford, le signe d’une intelligence et d’une vision hors norme pour cette brillante CEO qui avait mieux à faire que de s’ennuyer à suivre les cours de l’une des meilleures universités du monde… Résultat, aucun média ou investisseur n’a pris le temps de vérifier que les promesses de Theranos étaient réelles.

La seconde enfin, certainement la plus grave, est le manque flagrant de régulation, a priori, réalisée par les agences de santé des Etats-Unis. On peut en effet s’étonner que des tests sanguins ont été réalisés sans qu’aucune instance ne s’assure de la capacité de la start-up à les réaliser, entraînant un scandale sanitaire pour un grand nombre de patients.

Finalement, l’affaire Theranos aura suscité une douloureuse prise de conscience collective : même les licornes ne sont pas éternelles.

 

Pour aller plus loin, voici le lien vers l’article rédigé par Anaïs Moutot, correspondante à San Francisco pour le journal Les Echos.


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Sébastien Louradour
Ecrit par
Sébastien Louradour
Rédacteur en chef de Yellow Vision, je décrypte les dernières tendances, essaye d'écouter les signaux faibles et de rendre l'ensemble compréhensible pour tous. Contactez-moi, j'échangerai avec plaisir !
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Commentaires (2)

Les commentaires sont fermés.

  1. Arsenal dit :

    Very great post. thank you!

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