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Tour du monde des projets de revenu universel

Philothée
Philothée
30 avril 2018

Mi-avril, le futuriste Ray Kurzweil présidait que d’ici la fin des années 2030, le monde entier aurait adopté le revenu universel. Mais où en est vraiment cette utopie concrète ?

Si Benoît Hamon avait gagné la présidentielle, 19 millions de Français recevraient déjà depuis le mois de janvier un Revenu Universel d’Existence, première étape de la mise en place de cette ambitieuse promesse de campagne. Malgré son échec notable lors du premier tour, le sujet n’a pas disparu des radars, bien au contraire. Lors de la toute dernière conférence TED de Vancouver, Ray Kurzweil, le futuriste maison de Google, s’est fendu d’une prédiction sans nuances : “Au début des années 2030, nous aurons le revenu de base universel dans le monde développé, et dans le monde entier d’ici la fin des années 2030. On pourra vivre très bien de ça. Nos préoccupations principales deviendront le sens et la raison d’être.” Et il est vrai que, un peu partout, le revenu universel — ou revenu de base, ou revenu d’existence, selon les écoles — continue de gagner du terrain.

Rappelons d’abord que le revenu universel n’est pas plus de gauche que de droite. En France, il a été défendu, sous des formes il est vrai très diverses, par Benoît Hamon donc, mais aussi par Dominique de Villepin et Christine Boutin… Aux États-Unis, il compte parmi ses adeptes Bernie Sanders aussi bien que les millionnaires de la Silicon Valley (Mark Zuckerberg, Elon Musk). L’idée se fonde sur la projection selon laquelle l’automatisation croissante des activités humaines (manuelles puis intellectuelles) empêchera le retour du plein emploi et nous forcera à décorréler le revenu du travail. Kurzweil n’a d’ailleurs pas choisi la décennie 2030 par hasard : c’est à ce moment-là qu’il estime que l’intelligence artificielle passera le test de Turing, c’est-à-dire qu’intelligences humaine et artificielle deviendront indiscernables. Et, incidemment, que les métiers humains se trouveront sérieusement menacés. Pour anticiper cette situation, mais aussi réagir face au retour d’une grande pauvreté dans les pays développés, certains (États, régions, associations de citoyens, etc.) font passer l’idée du concept à la réalité. Petit tour d’horizon.

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La Finlande a lancé son test revenu universel en Janvier 2017

Les États

Il y a un an, la Finlande a fait grand bruit en lançant son test grandeur nature du revenu universel : 2000 chômeurs de 25 à 58 ans, choisis au hasard, allaient toucher 560€ mensuels sans contrepartie. Comme l’explique le Guardian, la mesure a été décidée par un gouvernement de centre-droit pro-austérité qui voulait voir si le revenu de base allait lui permettre de dépenser moins en sécurité sociale et de baisser le taux de chômage. “Le but est clair : voir si un revenu inconditionnel peut encourager les gens à travailler.” L’expérience est censée durer deux ans, et on attend une publication des résultats en 2019. Mais on sait déjà qu’elle ne sera pas prolongée au-delà de cette date. En avril 2018, le gouvernement finlandais a refusé de financer l’élargissement du dispositif à des personnes déjà salariées, et a annoncé l’arrêt complet des versements aux participants actuels en janvier 2019. Le gouvernement dit désormais vouloir explorer de nouvelles pistes pour lutter contre le chômage. Notons par ailleurs qu’aux États-Unis, l’Ontario est en train de recruter les bénéficiaires d’un test de revenu de base qui s’étalera sur trois ans.

Les collectivités locales

En France, 13 départements socialistes se sont rassemblés fin mars 2018 pour discuter des modalités d’une indemnité similaire. Un site permet ainsi de donner son avis sur l’âge des bénéficiaires, les minima sociaux à intégrer et le montant de l’indemnité (de 545 à 845 euros). Pour appuyer le développement de leur idée, les présidents de région prévoient de déposer un projet de loi pour faciliter l’aménagement de la fiscalité. C’est au niveau local que les expérimentations sont les plus nombreuses : plusieurs villes néerlandaises, Glasgow et Barcelone se sont déjà lancés dans l’aventure, tandis que l’intérêt pour un revenu universel distribué par les mairies grandit en Écosse, rapporte le Basic Income Network (BIEN).

Les associations et initiatives privées

L’ONG américaine GiveDirectly a lancé en novembre 2017 un test de douze ans dans 300 villages du Kenya : c’est le projet le plus ambitieux qu’ait répertorié le BIEN à ce stade. Certains résidents recevront 23€ par mois (la moitié du salaire moyen) pendant douze ans, d’autres pendant deux ans, et d’autres enfin un seul versement correspondant à deux ans de revenus. L’initiative coûtera 30 millions de dollars et a été financée par des donateurs privés. En Californie, l’entrepreneur Sam Altman, président de l’incubateur de start-up Y Combinator, est prêt à lancer un test qui concernera 3000 personnes à faibles revenus : 1000 d’entre elles recevront 1000 dollars par mois, et les 2000 autres feront office de groupe témoin. L’objectif d’Altman est d’observer les effets “individuels” (sur la santé, le bien-être, l’engagement social) du revenu universel. En France, l’association MonRevenuDeBase a lancé une campagne de financement participatif : à chaque fois que la cagnotte atteint 12000 euros, un volontaire est tiré au sort pour percevoir 1000€ par mois pendant un an. Trois bénéficiaires ont déjà commencé à percevoir leur revenu et racontent leur expérience au Monde. Si deux d’entre eux sont en situation de précarité, l’inscription pour le tirage au sort se fait sans conditions de revenus.

En résumé, les initiatives les plus ambitieuses (celles qui envisagent un revenu qui permette de vivre quasiment sans travailler, et sans conditions de revenus, et donc les plus proches de la vision de Ray Kurzweil) sont principalement portées par des associations ou des organisations privées. Les projets plus politiques, eux, ont pour préoccupation principale de lutter contre la pauvreté et le chômage, en “ciblant” les populations bénéficiaires d’un revenu d’existence qui n’est pas appelé à devenir universel. Mais leur développement ne témoigne pas moins d’un changement de paradigme, dans lequel on n’envisage plus le revenu comme conséquence du seul travail. C’est déjà une première étape dont Ray Kurzweil doit se réjouir.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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