Simplifiez-vous l'innovation

#astuce
catégories

#astuce
partage

#astuce
liens internes

galaxia
22 juillet 2019

Tout comprendre à l’architecture paramétrique

Philothée
Philothée

Lors du Lab Postal 2019, l’architecte Arthur Mamou-Mani nous a expliqué ce qu’est l’architecture paramétrique, comment la technologie nous ramène au temps des cathédrales et ce que les algorithmes et les robots font pour nous rapprocher de la nature.

Arthur Mamou-Mani est un architecte français basé à Londres. Passionné d’architecture paramétrique, de logiciels et de robots, engagé dans une démarche circulaire et écolo, ce jeune architecte repense la manière dont se conçoivent les bâtiments et la ville de demain. Lors du Lab Postal 2019, il nous a expliqué comment les technologies peuvent, collectivement, nous rapprocher de la nature. On vous résume.

Galaxia, le temple de Burning Man conçu par Arthur Mamou-Mani

L’architecture paramétrique, qu’est-ce que c’est ?

L’architecture paramétrique, c’est un “nouveau courant de pensée lié à la révolution numérique”, explique Arthur Mamou-Mani. L’idée, c’est de “laisser des architectures grandir dans son ordinateur à partir de paramètres liés à la structure, à l’environnement, aux matériaux, à la robotique, aux systèmes de fabrication” : grâce à un algorithme nourri de tous ces paramètres, le “bâtiment se conçoit de lui-même”, il grandit “comme une plante qui pousse”. En somme, il s’agit de “dessiner un mouvement plutôt qu’une forme finie”. Son exemple phare, c’est le temple qu’il a construit pour le festival Burning Man en 2018 : une construction en bois de 60 mètres de large et 20 mètres de haut, sans murs mais avec “vingt portes qui ouvrent sur le ciel”, inspirée par les rosaces de cathédrales et la suite de Fibonacci. L’algorithme a notamment permis d’optimiser l’utilisation du bois et des matériaux, et de concevoir des techniques d’assemblage très simples pour que tous les bénévoles non formés du festival puissent participer à sa construction.

Cette idée d’œuvre collective est très importante dans le travail de l’architecte, qui a d’ailleurs emmené ses étudiants de l’université de Westminster à Burning Man l’an dernier : “si on implique les étudiants, ils apprennent plus que quand on leur enseigne simplement”, défend-il. À Londres, où Arthur Mamou-Mani vit depuis plusieurs années, il a ouvert un FabPub, un fab lab à l’anglaise où “toute la communauté vient fabriquer ses trucs. C’est très important de ménager un espace qui permet aux autres de créer. Mes créations sont là pour aider les gens à se dire, ‘moi aussi je peux faire ça’.”

Le Fab Pub de Londres

Robots, code et cathédrales

Car s’il y a une chose qu’Arthur Mamou-Mani veut transmettre, c’est que la technologie en général (et les logiciels et les robots en particulier) peut nous reconnecter à notre environnement, nous donner le pouvoir d’agir sur les lieux où l’on vit. “On a peur des machines et du code quand on ne connaît pas, mais si les gens pouvaient programmer ils se rendraient compte que c’est fait de règles toutes simples faciles à comprendre. Pour moi, l’architecture est un moyen de rendre ces technologies plus accessibles et compréhensibles.” Ce passionné écrit d’ailleurs des logiciels pour l’impression 3D (G Code) et pour contrôler directement les machines (Silkworm). Il a aussi conçu un robot de construction suspendu qui permet de déplacer des pièces, baptisé Polibot.

Dans cette approche de l’architecture, tout ne se joue pas uniquement lors de la conception. L’image de la cathédrale revient souvent dans la bouche d’Arthur Mamou-Mani : “La technologie permet d’avoir une approche globale qui est au-delà d’une pensée ‘top-down’ : (…) les cathédrales marchent comme une sorte de système holistique, et la technologie permet de faire des bâtiments ‘en kit’, assemblés et désassemblés.” Le dialogue entre l’algorithme et le bâtiment final est permanent : “Comme pour la construction des cathédrales, il n’y a pas de séparation entre la conception et la construction. On ne peut pas être déconnectés de nos machines.” Pour le projet Conifera, une installation réalisée pour COS et installée dans un palazzo milanais en avril 2019, l’équipe a ainsi continué à écrire et envoyer du code pendant la période de production, afin d’améliorer constamment le projet sur place.

Design circulaire et ville qui bouge

Mais ce que l’architecture paramétrique a peut-être de plus enthousiasmant, c’est ce qu’elle permet en termes environnementaux. Cela peut sembler contre-intuitif : quand on pense au design circulaire ou à l’architecture écolo, ce sont des matériaux simples et des structures basiques qui viennent en tête, pas des algorithmes et des robots. Mais pour Arthur Mamou-Mani, c’est tout le contraire : il veut “comprendre l’impact des robots sur la construction, et comment ça peut aider à sauver la planète.” “La technologie ne sert à rien si on ne l’utilise pour aider la planète”, renchérit-il. L’architecture paramétrique, on l’a dit, permet d’optimiser l’usage des matériaux, de concevoir des bâtiments modulaires faciles à monter et démonter, de travailler aussi avec des matières premières nouvelles, en prenant en compte leurs paramètres physiques. Conifera a ainsi été construit en bois et en bioplastique (du PLA, un plastique en sucre fermenté que l’on peut composter) imprimé en 3D.

“8 % de toutes les émissions de gaz à effet de serre, c’est le béton, qui n’est pas recyclable. Je veux encourager les architectes et designers à réfléchir au cycle de vie des matériaux, d’où ils viennent et où ils vont”, explique ce convaincu du cradle to cradle. En filigrane se dessine aussi une nouvelle vision des villes et des immeubles qui la peuplent : Arthur Mamou-Mani observe que les bâtiments sont souvent conçus comme des constructions permanentes, alors qu’il faudrait revenir aux bâtiments qui se désassemblent, aux maisons à colombages dont certaines étaient démontables et transportables. “C’est une approche qu’on a un peu perdue avec le béton et le modernisme, le fonctionnel. Je pense que ça va revenir.” Pour le futur de nos villes, Arthur Mamou-Mani imagine donc une “architecture modulaire, qui peut disparaître, une ville qui bouge dans tous les sens et peut s’adapter à notre nouvelle vie.” Une manière de parachever le lien entre ce que nous construisons, et la nature grâce à laquelle nous pouvons le faire.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
Partager
Commentaires (0)
S’inscrire
à la newsletter