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Êtes vous prêts à travailler 4 heures par semaine ?

LD
Lilas
18 juin 2018

Entre injonction à la productivité et besoin de déconnecter, notre société balance. Pour nous aider à retrouver l’équilibre, certains “gourous” du travail nous invitent à reconsidérer notre rapport au travail et aux loisirs. Bientôt, la semaine de 4 heures ?

En 2016, la firme britannique Vouchercloud a interviewé 1989 salariés et leur a demandé combien d’heures ils passaient à travailler de “manière productive”. En moyenne, sur une journée de bureau de 8 heures, deux heures et cinquante trois minutes y étaient consacrées. Le reste du temps se concentre sur des activités comme regarder les réseaux sociaux, lire les nouvelles, parler à des amis, etc. La massification du travail de service et les avancées des technologies y sont pour beaucoup : le travail aujourd’hui se fait majoritairement devant un écran d’ordinateur, et il est plus difficile dans ce cas de ne pas être constamment interrompu ou de n’être pas être tenté de faire plusieurs choses à la fois…

Mais bien avant que les ordinateurs fassent leur entrée massive dans nos bureaux, en 1951, une étude de l’Université d’Illinois conduite par Raymond Van Zelst et Willard Kerr montrait que les scientifiques qui passaient 25 heures par semaine dans le laboratoire n’étaient pas plus productifs que ceux qui en passaient 5. Aujourd’hui, pour éviter la surchauffe au boulot, experts et entrepreneurs appellent à redéfinir la productivité.

L’approche Ferriss

Tim Ferriss est un entrepreneur américain chevronné. Il s’est surtout rendu célèbre en publiant en 2007 son livre, The 4-Hours workweek (“la semaine de travail de 4 heures”). À la manière d’un livre de coaching, chaque chapitre déroule une étape essentielle pour libérer son temps et réduire le nombre d’heures de sa semaine de travail. Le principe directeur du livre est d’optimiser sa productivité, en utilisant la loi de Pareto selon laquelle seules 20% de nos actions produisent 80% de nos résultats. Pour Ferriss, il s’agit d’utiliser cette loi dans tout ce que vous entreprenez. Il recommande quelques astuces : arrêter de s’informer, limiter les réseaux sociaux pour éviter de perdre du temps, monter une “muse”, c’est-à-dire une entreprise qui vous rapporte de l’argent, et externaliser les tâches qui peuvent l’être telles que les tâches d’exécution ou administratives. En faisant cela, votre travail ne consistera qu’à passer quelques heures par semaine à manager vos équipes. Évidemment, Ferriss vise avant tout ceux qu’il appelle les “digital nomads”, des freelances ou néo-entrepreneurs. Difficile donc de prendre à la lettre ses conseils lorsqu’on est salarié. Mais son ouvrage met le doigt sur deux constats. Le premier souligne que la capacité à être concentré rime souvent avec plus de productivité et à l’ère des écrans, ce n’est pas mince affaire… La seconde remarque à retenir est l’importance des loisirs et de ce qu’il appelle des “mini-retraites” : des pauses effectuées sous la forme de voyages ou de cours pour s’enrichir et apprendre de nouvelles compétences tout au long de sa vie.

Tim Ferriss lors d'une de ses nombreuses conférences TED en 2017.
Tim Ferriss lors d'une de ses nombreuses conférences TED en 2017.

La procrastination productive

C’est justement sur ce dernier point que le consultant Alex Pang a bâti son dernier livre : Rest, Why You Get More Done When You Work Less (“Pourquoi vous faites plus quand vous travaillez moins”). En s’appuyant sur des études scientifiques, Pang démonte le mythe selon lequel les résultats s’obtiennent au prix d’heures d’abnégation. Il a également étudié les routines de travail de personnalités accomplies (comme le théoricien de l’évolution Charles Darwin ou l’écrivain Stephen King). À contre-courant de l’exigence de productivité 24h sur 24 de notre époque, Pang, interviewé par Rest, Why You Get More Done When You Work Less , résume : “Toutes ces personnes profitaient de longues vacances et avaient des hobbies et leurs vies quotidiennes étaient beaucoup plus détendues que les nôtres.” Pour être plus productif, nous avons donc besoin de la procrastination. Oui mais pas n’importe laquelle, précise Pang. Ne cherchez pas à justifier vos heures passées sur Netflix : seule la procrastination “structurée” ou active, celle où vous ne débranchez pas votre cerveau, serait bénéfique. Dites oui donc à une balade, un verre avec des amis, le dessin ou l’écriture.

En 1859, Darwin publie "L'origine des espèces". Selon Pang, le scientifique travaillait d'arrache pied 3 à 4 heures dans la matinée avant de se promener le reste de sa journée et faire une sieste.
En 1859, Darwin publie "L'origine des espèces". Selon Pang, le scientifique travaillait d'arrache pied 3 à 4 heures dans la matinée avant de se promener le reste de sa journée et faire une sieste.

Et si vous ne savez pas par où commencer pour enfin moins travailler, suivez le conseil du physicien Alan Lightman, qui suggère dans son dernier livre “In Praise of Wasting Time” (soit Éloge du temps perdu) de s’accorder trente minutes par jour pour réapprendre à perdre son temps. Pendant cette demi-heure, ne faites rien, contemplez, méditez, laissez votre fil de pensée défiler et, pitié, abandonnez smartphones et ordinateurs. Ce n’est qu’en apprenant à décrocher que l’on peut réellement booster sa capacité de concentration et son aptitude à choisir de manière plus sensée ce qui est réellement important pour soi.


LD
Ecrit par
Lilas D
Journaliste, chercheuse et consultante. Depuis Berlin, j'écris sur les enjeux sociétaux des technologies et questionne le futur que nous sommes en train de construire.
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