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Uber lance ses premiers véhicules autonomes

Sébastien Louradour
Sébastien
24 août 2016

Dès septembre, à Pittsburgh aux Etats-Unis, Uber va proposer des véhicules autonomes à ses clients. Une première mondiale réussie par une entreprise âgée de tout juste 7 ans, qui a déjà profondément transformé le transport urbain.

Uber vient de doubler Google et Tesla sur le terrain de la voiture autonome. Un succès historique pour Uber ainsi que pour Volvo qui vont équiper la flotte de véhicules.

Réaliser des courses gratuites avec Uber ? Pour les habitants de Pittsburgh, dans l’Etat de Pennsylvanie, il sera possible de vivre ce privilège dès septembre en commandant un Uber et en voyant arriver, de manière aléatoire, un véhicule autonome pour réaliser sa course. Uber a en effet décidé d’offrir les trajets à tous les passagers de ces véhicules d’un nouveau genre, conçus pour se déplacer en parfaite autonomie grâce à la technologie développée par Volvo sur son modèle XC90 spécialement modifié pour l’occasion. Pour ne pas complètement effrayer les passagers, un chauffeur sera toujours présent au volant pour intervenir en cas de besoin ainsi qu’un co-pilote pour doubler la sécurité des véhicules. Cette annonce intervient le même jour que l’annonce d’un partenariat de 300 millions de dollars entre Uber et Volvo pour développer conjointement des modèles cross-over autonomes. Ceux-ci seront destinés à alimenter la flotte d’Uber et à être commercialisés auprès de particuliers par Volvo. A terme, 100 véhicules Volvo pourraient ainsi circuler dans la ville de Pittsburgh en complément des véhicules Ford déjà mis en circulation.

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Uber et Volvo, s'associent pour proposer au grand public le premier véhicule autonome

Un centre de recherche créé par Uber depuis moins de deux ans

En mai dernier, Uber annonçait déjà tester à Pittsburgh un prototype de véhicule autonome avec Ford. Le fait que cette ville ait été choisie par Uber pour expérimenter ses véhicules autonomes ne tient pas du hasard. L’aventure d’Uber dans ce secteur a effet démarré 2 ans plus tôt, fin 2014 dans cette ville de 300 000 habitants située à 6 heures de route de New York. Le CEO de la compagnie, Travis Kalanick, organisait alors une rencontre hautement stratégique avec un ancien responsable du département de robotique de l’université Carnegie Mellon de Pittsburgh.

Ce département forme en effet l’élite de la recherche en véhicules autonomes. En est notamment issu Sebastian Thrun, le fondateur du programme de véhicules autonomes de Google. Quelques temps après cette rencontre, le CEO d’Uber parvient à convaincre l’ancien directeur du laboratoire de prendre la tête d’une nouvelle entité de la société spécialement implantée à Pittsburgh dont l’objectif est simple : lancer le plus vite possible un véhicule autonome sur le marché et dépasser enfin le stade du prototypage.

La concurrence balayée

Car cela fait de nombreuses années que les véhicules autonomes sont au stade d’expérimentation. Google a par exemple lancé son programme de véhicule autonome depuis près de 7 ans et n’a toujours rien commercialisé. Ce dernier a pourtant annoncé en mai dernier un partenariat avec Chrysler pour concevoir 100 prototypes de mini vans, mais rien de plus à ce stade.

Il s’agit en effet d’un coup dur pour l’ensemble des concurrents lancés dans la même course. General Motors a par exemple investit dans Lyft, l’adversaire direct d’Uber, et racheté plus d’un milliard de dollars la start-up Cruise pour atteindre le même objectif. Elon Musk, le CEO de Tesla a également formulé cette promesse dans une récente mise à jour de la stratégie de la compagnie.

Reste désormais à vérifier que ces véhicules seront réellement autonomes dès le départ. Car bien qu’ils soient mis en circulation avec des clients, ce qui constitue une première, il n’en reste pas moins que ce projet reste toujours en phase de test. Et pour conserver son avance, Uber a choisi d’agrandir sa flotte de véhicules pour amplifier sa collecte de datas et ainsi alimenter son programme de recherche en parallèle de l’ouverture de ses véhicules au grand public.

Malgré 7 années de développement, la Google Car est toujours au stade de prototype

Les camions autonomes aussi

Puisque Uber aime voir les choses en grand, elle a également annoncé le même jour avoir racheté la startup Otto fondée il y a tout juste 7 mois et spécialisée dans les camions autonomes, pour un montant estimé à 680 millions de dollars. Avec cette acquisition, Uber met également la main sur Anthony Levandowski, l’autre fondateur du programme de véhicules autonomes de Google en en faisant le nouveau responsable de cette même unité chez Uber.

Car Uber n’a pas seulement vocation à réaliser du transport de personnes. La société a déjà lancé UberRUSH, un service de livraison à la demande et UberEATS, service de livraison de repas. En cela proposer une solution de camions autonomes pour étendre sa capacité de livraison répond à la stratégie de la start-up de développer une entreprise de transport de biens et de personnes.

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Les camions autonomes OTTO peuvent profondément rebattre les cartes du secteur de la logistique

C’est une disruption ? Non sire, c’est une révolution

Au final, l’annonce réalisée par Uber est historique à plusieurs titres.

Le premier est certainement qu’une start-up née il y a tout juste 7 ans soit capable de tant de changements, que ce soit dans le secteur du transport de personnes ou dans celui de l’industrie automobile. Cela renforce encore l’idée que les géants de la tech sont en mesure de se positionner consécutivement, et avec succès, dans différent cœurs de métiers à l’instar de l’empire fondé par Elon Musk.

Le second est que l’industrie automobile est en train de perdre la bataille de l’innovation. Pendant plus d’un siècle, le secteur automobile a été une pièce maîtresse de la révolution industrielle puis de l’émergence de la classe moyenne dans les pays industrialisés, avec des noms tels qu’Henri Ford, ou des concepts de production tels que le Toyotisme. On assiste depuis la crise de 2008 à un affaiblissement de cette filière et à un transfert de l’innovation automobile vers les acteurs de la tech à l’instar de Google, Tesla et Uber, ces derniers ayant notamment pris une avance considérable dans la recherche sur l’intelligence artificielle. On voit néanmoins les géants de l’automobile contre-attaquer depuis peu ouvrant ainsi la voie à une accélération de la bataille Detroit vs Silicon Valley.Le troisième et de loin le plus lourd : l’arrivée des véhicules autonomes eux-mêmes annonce la fin programmée des chauffeurs et de l’achat de véhicules. Le CEO d’Uber annonçait en 2014 à la conférence Code la chose suivante :

« Lorsqu’il n’y aura plus personne pour conduire nos véhicules, le coût d’une course en Uber deviendra plus faible que celui de détenir son propre véhicule. Donc la magie est là, vous diminuez le coût au dessous de celui de détenir sa propre voiture, et ensuite le principe même d’achat de sa voiture s’envole. »

Un commentaire qui permet de mieux saisir la stratégie d’Uber de ne pas recruter les 160 000 chauffeurs qui travaillent comme auto-entrepreneurs pour la compagnie. Mais un propos également réaliste face à l’évolution de la société accélérée par les derniers progrès technologiques qui nous font basculer dans une nouvelle ère industrielle.

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Le véhicule autonome pourrait en quelques décennies profondément changer nos modes de vie

Les voitures autonomes vont refaçonner nos modes de vie

En 2015, le cabinet de conseil en stratégie McKinsey a rédigé un rapport prévoyant l’impact du véhicule autonome dans les prochaines décennies.

En termes d’emplois, des millions de jobs de chauffeurs sont en jeu, du taxi au transport collectif sans oublier le transport de marchandises. Ces métiers sont condamnés à disparaître tôt ou tard avec des enjeux considérables en matière de reconversions et de formation.

Dans une économie du partage des véhicules généralisée, le nombre de voitures produites va chuter inexorablement, obligeant les industries automobile à repenser leurs modèles de production. Un ou deux véhicules par foyer n’aura en effet plus de sens, tant pour des raisons de coût d’acquisition (cf. le commentaire du CEO d’Uber) que pour des raisons de disponibilité permanente des véhicules sans conducteur.

Toujours selon le rapport prospectif du cabinet de conseil, en matière de santé, les véhicules autonomes auront la capacité de bien mieux gérer leurs déplacements diminuant ainsi embouteillages et congestion du trafic ce qui pourrait faire diminuer de 60% les émissions de CO2 produites. Le nombre d’accidents va également diminuer drastiquement, de l’ordre de 90% à terme, diminuant ainsi le coût de la santé et des assurances.

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Sébastien Louradour
Ecrit par
Sébastien Louradour
Analyste en stratégie pour Le Groupe La Poste à San Francisco, je suis et décrypte les dernières tendances dans la baie, du presse orange connecté à la dernière app de Google. Mes sujets du moment : intelligence artificielle, objets connectés et fintech. Mon défi à court terme : tester la Tesla model X.
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