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Vivre sans plastique, c’est fantastique

Philothée
Philothée
29 mai 2019

Alors que les plastiques s’accumulent sur terre et dans les océans, une chose devient certaine : recycler ne suffit plus. Il nous faut réduire notre dépendance au plastique, et les industriels ont un rôle primordial à jouer pour y parvenir.

Le 27 mars 2019, Konbini et France Inter se sont associés pour une journée spéciale baptisée “Le plastique, non merci”. Au programme : des articles, des vidéos, des interviews, des reportages, des enquêtes autour du plastique, “véritable fléau pour la nature et les océans”. En effet, les chiffres ne sont pas réjouissants. Depuis les années 1950, près de neuf milliards de tonnes ont été produites dans le monde, selon un rapport de l’ONU publié en 2018. Les océans sont infestés de 200 000 tonnes de déchets plastiques, dont une partie s’est agrégée en un “sixième continent” qui ferait trois fois la taille de la France. Et puis ça continue. Rien qu’en France, nous achetons et consommons cinq millions de tonnes de plastique tous les ans, rappelle France Inter.

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Au-delà du recyclage

Alors bien sûr, il y a des solutions pour se débarrasser de ces encombrants déchets. Pour venir à bout du continent de plastique, le jeune Néerlandais Boyan Slat a lancé le projet Ocean Cleanup : un système très ambitieux de nettoyage des océans, qui a notamment été critiqué car il ne permet de récupérer que les morceaux de plastique les plus grands, alors que ce sont les microplastiques qui font le plus de dégâts sur la faune océanique. Mais il faut bien commencer quelque part.

Sur terre, le plastique se recycle. Mais si les trois quarts des emballages ménagers sont bien collectés en France, seuls 26% sont recyclés, et 6% de ceux-là sont réemployés comme matière première dans la fabrication d’objets. Et puis, le recyclage n’est pas infini : au bout d’un moment, le plastique se désagrège en particules de plus en plus fines, qui ne peuvent pas être filtrées. Le problème se retrouve notamment avec les vêtements fabriqués à base de matières plastiques, comme le polyester : à chaque lavage, des microparticules sont envoyées vers les océans. Et ne parlons même pas des objets trop petits pour être recyclés, comme les pailles ou les coton-tiges. Enfin, il y a le coût économique du recyclage : aux États-Unis, depuis que la Chine a cessé d’acheter les déchets en 2018, certaines villes (dont Philadelphie) ont dû renoncer partiellement ou intégralement à leurs programmes de recyclage. “Pour continuer à recycler, il aurait fallu augmenter les impôts locaux, et dans des villes déjà assez pauvres, les responsables politiques ne voyaient pas cette option comme une solution viable. Les déchets se retrouvent donc dans des décharges ou sont incinérés”, explique Slate.

Lutter contre le plastique à usage unique

Bref, le recyclage, c’est nécessaire mais absolument pas suffisant. Et c’est un expert du sujet qui le dit : Tom Szaky, co-fondateur de l’entreprise de recyclage et d’upcycling Terracycle, spécialisée dans les produits difficiles à recycler. “Le recyclage est un symptôme du gaspillage, c’est une solution de court terme”, explique-t-il au magazine américain Fast Company. Pour lui, ce qu’il faut surtout faire, c’est radicalement réduire notre production et notre consommation de plastique. Tom Szaky a un coupable en ligne de mire : celui qui n’est utilisé qu’une fois, qu’il appelle le “péché originel des déchets”. Or, on estime que 70% des 9 milliards de tonnes de plastiques produits depuis les années 1950 n’ont été utilisés qu’une fois.

Sa solution à lui s’appelle Loop : une plateforme de vente en ligne qui sera lancée à New York et à Paris au printemps 2019, et qui proposera des produits de grande consommation (glaces Haägen-Dazs, shampooing Pantene, déodorant Dove, etc.) vendus dans des emballages conçus pour être réutilisés environ 100 fois. Le tout est censé être le plus facile possible pour les clients : les produits sont livrés à la maison, et Loop revient chercher les emballages vides pour qu’ils soient nettoyés et réutilisés. La marque de cosmétiques by Humankind a une approche similaire : les produits sont vendus la première fois dans des emballages réutilisables, pour que leurs clients n’achètent que des recharges les fois suivantes.

La responsabilité des industriels

Deux exemples qui montrent bien que, dans la lutte contre le plastique, les efforts doivent surtout venir de ceux qui les produisent. Comme l’autrice de ces lignes le soulignait dans un article pour Usbek & Rica, un consommateur qui veut embrasser le mode de vie “zero waste” se trouve bien limité quand les options n’existent pas, ou sont peu accessibles (en Allemagne, par exemple, même les supermarchés bio n’ont pas de rayon vrac, et tout est emballé dans du carton ou du plastique — ou les deux). D’un point de vue éthique, il est aussi gênant de voir que les campagnes pour l’environnement se concentrent souvent sur la culpabilité des particuliers, alors que les industriels ont une empreinte bien plus importante. En France, selon Criteo, seuls 20% des plastiques en circulation sont ménagers ; 20% sont des emballages industriels et commerciaux, et 20 % également sont utilisés dans le BTP.

L’annonce, en novembre 2018, que plus de 290 organisations (dont de très grosses entreprises comme Danone, Carrefour, Nestlé, Coca-Cola, Apple ou Unilever) étaient prêtes à faire leur part contre la production de plastique est donc plutôt une bonne nouvelle. À l’invitation de la fondation Ellen MacArthur, créée par la navigatrice pour promouvoir l’économie circulaire, ces organisations ont signé le New Plastics Economy Global Commitment, par lequel elles s’engagent à agir sur trois axes : éliminer les plastiques problématiques ou inutiles ; innover pour que 100% des emballages plastiques puissent être réutilisés, recyclés ou compostés d’ici 2015 ; et utiliser davantage de plastique recyclé dans leurs nouveaux packagings. Le 14 mars, pour la première fois, plusieurs de ces signataires ont rendu publiques des informations sur leur utilisation de plastique. On a ainsi appris que Coca-Cola produit 3 million de tonnes de plastique par an, soit 200 000 bouteilles par minute, comme le souligne Triple Pundit. Le magazine spécialisé se réjouit : publier ces chiffres, c’est le signe que les industriels sont prêts à laisser le greenwashing derrière eux, et à vraiment assumer leur impact environnemental. Pour que la lutte contre le plastique ne soit pas qu’une affaire de particuliers.


Philothée
Ecrit par
Philothée Gaymard
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