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ICO : le nouveau crowdfunding ?

LD
Lilas
12 septembre 2017

Les introductions en bourse et les plates-formes de crowdfunding sont-elles amenées à disparaître et à être remplacées par les Initial Coin Offerings (ICO)?

L’été 2017 restera sans doute dans les annales des traders de Bitcoins. En l’espace de quelques mois, la valeur de Bitcoin a quadruplé, passant de 1079 dollars début avril à 4442 à l’heure où s’écrit cet article. Sur les marchés, on estime qu’en juin 2017, la capitalisation des cryptomonnaies avoisinait les 100 milliards, alors qu’elle était de 25 milliards en avril la même année.

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Cette histoire à succès a passionné les médias spécialisés mais aussi les banques centrales et les gouvernements nationaux qui, pour certains, envisagent de la considérer comme moyen de paiement légal. Depuis sa naissance, Bitcoin a entraîné dans son sillage d’autres crypto monnaies ou alt-monnaies La blockchain ou la confiance redistribuée. On en compte désormais plus de 900. Cet essor des cryptomonnaies a non seulement fait le bonheur des portfolios Bitcoin, mais en cet été 2017, il a aussi contribué à populariser un terme : ICO, soit Initial Coin Offering. Si vous avez passé tout l’été en digital detox ou si vous avez raté le train des cryptomonnaies et de la blockchain, ne vous en faites pas, vous saurez vous rattraper, on vous explique tout ça.

ICO, quoi de nouveau ?

L’IPO (Initial Public Offering), ou l’introduction en bourse, représente un puissant levier de financement des entreprises et notamment des startups arrivées à maturité (voir notre article sur le modèle de financement des startups). L’entreprise met à disposition des marchés financiers une partie de son capital et des investisseurs deviennent actionnaires de l’entreprise en acceptant d’acheter des parts à un montant donné. Si l’ICO est souvent comparé à l’IPO, il y a quelques différences. D’abord, un petit hiatus temporel. Comme le rappelle Techcrunch, “l’ICO est un outil de financement permettant d’échanger de futures cryptomonnaies en échange de cryptomonnaies existantes — en l’occurence Bitcoin ou d’autres — garantes de liquidité immédiate”. D’autre part, l’IPO est souvent l’apanage des investisseurs chevronnés ou des institutions (quoique de moins en moins grâce à des plateformes comme RobinHood), tandis que l’ICO est entièrement publique et se rapproche en cela d’une campagne de financement participatif type Kickstarter. Enfin, et la nuance a son importance, l’ICO ne donne pas automatiquement des droits de propriétés (sous forme d’actions), la valeur donnée au token (la devise générée par la startup financée) varie selon les cas de figures.

Toqués des tokens

Un exemple ? Imaginons qu’une startup fictive (aka Yellowstart ) lance un service basé sur la blockchain ; après sa campagne de R&D, elle décide de financer le marketing avec une ICO. YellowStart va donc créer sa propre monnaie (également nommée token, jetons en français) : la Yellowcoin. Pour acquérir des Yellowcoins, les internautes devront envoyer des bitcoins à une adresse publique. Le Financial Times explique que la nature de ces tokens est décidée par l’entreprise : certains tokens, par exemple, peuvent être utilisés comme monnaie virtuelle dans un jeu vidéo, d’autres financent un produit spécifique de l’entreprise. Une fois l’ICO terminée, les Yellow Coins pourront être acquis sur un marché de changes.
Pour l’entreprise, la vente de Yellowcoins donne une masse de liquidité pour lancer son projet. Pour l’investisseur, il s’agit de miser sur une hausse de la valorisation des Yellowcoins en espérant des retours conséquents et rapides. Contrairement aux actions, ces Yellowcoins ne confèrent pas à leurs détenteurs de droits de propriété et de regard sur la start-up : seul l’appât du gain, lié au phénomène spéculatif de valeur ajoutée potentielle est le moteur. La principale valeur qui leur est attribuée est donc spéculative, ce qui a le don de rendre les marchés fous.

ICOs et SCAMs

Ainsi va la fièvre des ICOs. Chaque jour ou presque, une nouvelle ICO est annoncée. Parmi les projets prometteurs qui y ont eu recours, on compte CIVIC, une application d’identification basée sur la blockchain qui stocke vos informations personnelles de manière décentralisée et les partage à la demande avec des sites ou des applications tierces que vous avez préalablement autorisées. Ou encore FileCoin, un système d’archivage et de cloud décentralisé, lui aussi basé sur la blockchain. Mais les projets d’avenir ne sont pas nécessairement la majorité. Bien au contraire.
Car pour évaluer la crédibilité d’un projet, il faut certes identifier l’équipe et les capacités de l’entreprise, mais aussi en estimer la dimension technologique. Et pour cela, il faut pouvoir comprendre le code, c’est-à-dire les éléments de cryptographie blockchain. Or, selon Izabella Kaminska du Financial Times, il n’y a qu’une centaine de personnes dans le monde capables de décoder correctement ces lignes de code. Résultat : arnaques et projets fumeux profitent de cette asymétrie de l’information, voire de la crédulité des investisseurs, pour recevoir rapidement des cryptomonnaies. Il leur suffit de monter un site bidon présentant un projet bidon, avec un livre blanc, quelques formules mathématiques et une adresse publique de bitcoins. Évidemment, il y a peu de chances pour que le projet financé voie le jour.

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Et que dit la loi dans tout ça ?

C’est là où vous devez protester : mais que fait la protection du consommateur ? Eh bien, sachez que dans le monde des ICOs — et plus globalement celui des cryptomonnaies — tous les coups sont permis car il n’y a encore aucune régulation en place. D’ailleurs, la firme de consulting Smith + Crown rappelle que les projets ou entreprises ayant recours aux ICOs le déguisent de telle manière à ce que cela ne s’apparente pas directement à une levée de fonds. Et ce afin justement d’échapper à toute régulation : “Certains projets parlent de “crowdsale” (vente publique), d’autres de donation”. Une chose est sûre : l’absence de régulation garantit une plus grande rapidité du marché, mais cela peut aussi s’apparenter à une course au projet hype. Car pour grandir et devenir plus matures, les marchés devront sans doute attirer dans leurs filets des sources de capital financier plus importantes. C’est ce que FileCoin a fait en ayant recours à la plate-forme CoinList (du même groupe que Angel List) pour son ICO, n’autorisant l’accès à la vente qu’aux individus ayant plus de 100 000 dollars de capital.

Bulles, requins et moutons

La ruée vers les ICOs va très certainement ralentir. D’abord parce qu’il y a fort à parier que ces jeunes technologies ne seront pas épargnées par l’effet de bulle. Il faudra sans doute un peu de temps pour que la fièvre des ICOs s’estompe, laissant les projets matures percer tandis que ceux qui n’ont pas les reins solides disparaîtront, laissant beaucoup de portfolios désoeuvrés dans leur sillage. Il y a également fort à parier que le paysage de la régulation va aussi changer, avec l’arrivée croissante de nouveaux entrants institutionnels (firmes de VC, banques, etc.) qui laisseront peut-être les petits investisseurs moins libres d’investir sur les marchés. Mais malgré les risques encourus et l’asymétrie d’information, les comportements moutonniers semblent bel et bien s’être trouvés. Signe que les ICOs, comme levier de financement, se démocratisent : la semaine dernière c’est l’Estonie, le paradis des entrepreneurs e-résidents, qui a annoncé vouloir lancer sa propre ICO avec un token appelé “Estcoins”.


LD
Ecrit par
Lilas D
Journaliste, chercheuse et consultante. Depuis Berlin, j'écris sur les enjeux sociétaux des technologies et questionne le futur que nous sommes en train de construire.
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